« La remise en perspective de l’Histoire, c’est très important »

Marc Dugain, écrivain et réalisateur, était présent aux Rencontres Cinématographiques de Cannes pour animer une masterclass et projeter deux de ses longs-métrages. Rencontre avec un cinéaste passionné d’actualités et d’histoire.

Quel est votre rapport avec les événements historiques que vous adaptez ?

Ce qui est intéressant dans la littérature et le cinéma, c’est de se plonger sur des événements qui font partie du passé. L’histoire, c’est autant ce qui s’est passé il y a 3 ans, 100 ans. C’est une vraie matière, ce sont des racines. Ce clivage entre histoire et modernité ne m’intéresse pas. Un artiste qui fait des choses extrêmement modernes, ça ne sera plus moderne dans 1 an parce que la problématique aura été complètement dépassée.

Pour écrire vos livres et vos films, vous faites face à une énorme documentation. C’est la vérité que vous cherchez ?

Tout le monde cherche la vérité mais personne ne l’atteint jamais. Avec le temps, on est obligé de démonter les choses, de les examiner sous un autre angle. C’est le travail des historiens, de certains artistes, de réexaminer des périodes de l’histoire de France. Il faut avoir assez de temps pour l’investigation pour comprendre, réfléchir. La remise en perspective de l’histoire, c’est très important.

Vous présentez demain votre nouveau film, L’échange des princesses. Pourquoi avoir adapté le livre de Chantal Thomas ?

Le livre parle de sujets qui m’intéressent, ce qui concerne le rapport à l’enfance et au pouvoir au XVIIIe siècle. On a souvent l’habitude de parler des monarques de cette époque mais jamais vraiment du rôle des enfants, qui ont eu une importance capitale dans les liens diplomatiques.

Quel message voulez-vous transmettre ?

C’est un long-métrage qui parle de la précarité au XVIIIe siècle, où beaucoup de gens mourraient des conséquences de la pauvreté. Il y a la place de la mort dans la société : comment était-elle perçue ? Quelle réflexion avait-on sur la vie et la mort il y a plus de 200 ans ? Ce sont ces questions que j’ai voulu aborder.

Est-ce plus difficile d’adapter son propre livre ou le livre de quelqu’un d’autre ?

C’est plus difficile d’adapter son propre livre. On se pense un peu enchaîné par des choses qu’on a mis dans l’écriture. Il faut partir dans une liberté essentiellement visuelle. J’aime bien adapter les livres des autres parce que ça me donne une autre liberté.

En quoi votre film fait écho au thème de cette année, « Libertés » ?

Je n’en sais rien, faut demander à ceux qui l’ont sélectionné (rires). Il fait référence à une certaine forme d’asservissement, où l’aristocratie s’est octroyé tous les pouvoirs au 18ème siècle. Mais ils étaient pris par l’étiquette, des conventions entre eux, par la religion. Mon film, c’est plutôt un film sur l’absence de libertés.

Nicolas Pineau

Louis Verdoux

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