Xavier Ladjointe : «  Cette quête historique est devenue une quête identitaire. »

Après un drame, Dégonflé, et Ma vie avec Attac 06, un documentaire engagé sur l’altermondialisme, Xavier Ladjointe revient sur le grand écran avec un documentaire très personnel. Le jeune réalisateur cannois retrace ses origines sur fond de Guerre d’Espagne.

Vous habitez à Cannes depuis 20 ans, y a-t-il une saveur particulière à présenter votre film dans votre ville ?

Oui, car même avec les nombreux festivals comme le Festival de Cannes ou les Rencontres Cinématographiques, on y voit peu de choses locales.  J’avais déjà postulé auparavant mais cette année, ils ont eu le coup de cœur pour mon film et l’ont sélectionné. Cannes reçoit beaucoup de manifestations prestigieuses avec des gens de l’extérieur.  Mais finalement les gens arrivent, font le festival et repartent. Moi je ne vais pas repartir.  Même si je dois faire des allers-retours sur Paris, je suis plutôt dans cette veine de construire quelque chose à Cannes. J’ai un projet de série tournée à Cannes sur ses habitants pour essayer de montrer une autre image que le bling bling.

Votre film, Armonia, Franco et Mon grand-père, c’est avant tout une histoire personnelle ?

C’est l’histoire avec un grand H car elle raconte la guerre d’Espagne, l’exil qui s’en est suivi. Je n’ai pas voulu raconter cette histoire de façon purement documentaire mais plutôt par l’introspection. C’est lié à ma famille car ça raconte le pourquoi et le comment ils sont arrivés en France, ce qui au début du film est encore un secret gardé par ma mère. C’était le désir de raconter la grande histoire au travers de la petite qui appartient à mon histoire familiale mais aussi celle de beaucoup d’exils et de guerres. En plus en ce moment, ça tombe en plein dans l’actualité.

Vous étiez familier de l’aspect historique de la guerre d’Espagne ?

Non pas du tout. C’était un peu un tabou dans ma famille. Le film a mis cinq ans à se faire. En amont, j’ai eu pas mal de phases de documentation, pour essayer de comprendre ce qui s’est passé et pourquoi. Mais cela reste écrit et mis en scène. Les personnages ne jouent pas, ils sont simplement mis dans des situations et ils réagissent à mes questions. Il y a aussi des images d’archives.

Vous vous occupez donc du scénario mais aussi de l’image et du son. C’était une volonté de votre part ?

Ils ont un peu exagéré [dans le dossier de presse]. Celui qui m’a aidé est Stéphane Coda qui a été mon monteur et cadreur. Je suis parti avec ma mère voir la partie de ma famille restée en Espagne. Je voulais les interviewer pour savoir pourquoi mes grands-parents étaient partis de là-bas. Je voyais très bien qu’avec un cameraman et un ingénieur, ça ne passerait pas, je n’aurais pas eu de dialogue aussi vivant et vrai que ce que j’ai. Pour la partie française, j’ai été accompagné, car au bout d’un moment je rentre dans le cadre et je suis filmé. Cette quête historique est devenue identitaire.

Est-ce que vous vous sentez en lien avec le thème du festival de cette année : Liberté(s) ?

Je raconte l’histoire des Espagnols qui se sont battus pour leur liberté. Ce qui est montré dans le film c’est qu’ils ont fait leur révolution à Barcelone, ils créent leur propre monde. Il n’y avait plus de police, plus de gouvernement : les anarchistes et communistes espagnols ont constitué des comités d’ouvriers qui s’occupaient des transports, de l’alimentation, de la production. Ils ont géré pendant neuf mois la vie.

 

Arsène Chapuis

Roberto Garçon

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