Yann Lerat, un acteur engagé à Cannes

À l’occasion de la 30e édition des Rencontres Cinématographiques de Cannes, rencontre avec Yann Lerat, un acteur méconnu mais engagé dans sa profession

Acteur inconnu du grand public, Yann Lerat a quitté sa vie de nordiste pour devenir un acteur engagé pour la cause de sa profession. Avec ses aires de gentleman, le parisien de naissance est issu d’une famille nombreuse et modeste, avec qui il noue une relation très proche. Il s’échappe de ce milieu parisien, s’installant en Alsace tout près de Strasbourg, avec sa famille. « J’étais entouré par mes frères et sœurs, tous bien plus âgés que moi, ça m’a construit une maturité dans mes relations avec les autres ». De ce lien affectif fort né sa passion pour le théâtre, « l’art des grands, l’art des hommes célèbres qui ont fait l’histoire et notre culture », s’emploie-t-il à scander. Et même si tout semble théâtral chez lui, de son fasciés à sa posture contrôlée, Yann Lerat est avant tout un passionné, nourri par ses ainés. Une quasi-obsession qui le construira et qui l’amènera vers le rêve de toute une vie : devenir acteur.

Yann quitte donc le froid alsacien pour mieux apprécier la chaleur vénusienne du bassin cannois. « C’est surtout sentimental, j’ai suivi mon compagnon qui m’a presque emmené dans cette aventure incroyable ». Malgré son envie, il doit faire face aux nombreuses contraires de la profession : beaucoup de déplacements, pas sûr d’avoir assez d’argents pour payer le loyer, une concurrence lourde. « Tout cela m’angoissait, c’est pour ça que je ne pourrais pas vivre à Paris, ça serait trop difficile », déclare-t-il avec émotion. Après un diplôme au conservatoire national et un voyage au Canada, ce qui va le propulser définitivement en tant que comédien professionnel, c’est un passage à la Royal Drama School de Londres. L’établissement forme les plus grands, Yann est coaché « par les mêmes ayant formé les interprètes de James Bond ».

Acteur exigeant et militant

Une fierté qui lui apprend à se perfectionner, mais qui le transforme également. D’acteurs modestes, il devient professionnel exigeant. Les films sous l’impulsion d’amateurs, il « s’en fout totalement », et préfère choisir des rôles encadrés par des spécialistes. « En même temps, quand on a donné autant d’années de sa vie à prendre des cours, à partir à l’étranger, je ne vois pas trop l’intérêt d’être dirigé par un amateur », une conception assez marquée du métier d’acteur. Un mélange d’exigence et de perfectionnisme. Pourtant, c’est l’intention d’être « comme les autres » qui le poussent à s’installer définitivement sur la Côte d’Azur. Métro, boulot, dodo, ce rythme effréné comme un rituel pour des millions de français, c’est ce dont Yann Lerat rêve.

Pour cela, il lui vient une idée qui pourrait satisfaire à la fois son rêve de tapis rouge et sa conception très traditionnel du style de vie. Il créé alors l’association Les Acteurs de Cannes, une vitrine permettant aux professionnels de la ville d’être mis en avant. « L’objectif, c’est vraiment de les propulser » explique-t-il fièrement, tout en rappelant que le nombre de productions a été décuplé ses dernières années dans la région PACA. L’association regroupe déjà treize acteurs après trois ans d’existences, une belle réussite qui le pousse à continuer à Cannes. Présent durant les Rencontres cinématographiques de Cannes pour le tournage de la masterclasse de Pierre-William Glenn, Yann Lerat fait désormais partie intégrante de l’environnement culturel azuréen. Dans le futur, il sera à l’affiche de Jusqu’à la lie, un film de Christian Le Hemonet. À 41 ans, Yann Lerat a réalisé son rêve et en affiche un nouveau : ne jamais se réveiller.

Louis Verdoux

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