Sophia, Terminator des temps modernes

C’était le 25 octobre 2017. L’Arabie Saoudite a accordé, pour la première fois dans l’Histoire, la citoyenneté à Sophia, robot humanoïde de la Hanson Robotics.

Elle parle, elle réfléchit à la réponse, elle analyse de façon méticuleuse les questions, voici les capacités incroyables dont est dotée Sophia, nouvelle star mondiale. Sophia a vu le jour en mars 2016, où elle a été présentée au public pour la première fois par son créateur David Hanson. Elle est censée ressembler à l’actrice mondialement connue, Audrey Hepburn.

Des débuts terrifiants

On a pu la découvrir, tout d’abord, dans une vidéo de novembre 2016 publié par Hanson Robotics. Dans cette vidéo, le dialogue peut paraître terrifiant tellement il paraît réel. De façon spontanée, elle répond question par question à son interlocuteur. Récemment, elle s’est également retrouvée dans l’émission de Jimmy Fallon, The Tonight Show. Dialogue encore une fois totalement irréel, où Jimmy Fallon semble également très surpris de la façon dont Sophia lui répond. Elle a également tenu une conférence sur l’avenir du monde en présence des robots, s’exprimant toujours de façon très humoristique. Le plus marquant sans doute, c’est son interview sur la CNBC, où elle disait : « Je vais détruire les humains ». Mais son créateur est très clair sur le sujet, Sophia est programmée, grâce à des techniques de storytelling, à répondre de telle ou telle manière à son interlocuteur. Même les rictus sur son visage sont créés de telle sorte que tout la rende plus humaine, plus spontanée. Il semblerait en outre que notre robot humanoïde soit capable d’apprendre de nouvelles choses, de s’instruire.

 

Citoyenne comme une autre

Le plus surprenant finalement, c’est que Sophia a reçu la citoyenneté récemment, dans un pays qui fait beaucoup parler de lui ces derniers temps : l’Arabie Saoudite. Alors que les droits de la femme y sont considérés comme restreints, Sophia, femme non humaine, a le droit à beaucoup de droits. Cela a donc créé une forte polémique. Dans ce pays où les femmes n’ont le droit de conduire que depuis 2 mois maintenant, où les employés n’ont le droit de se loger qu’avec l’accord de leurs employeurs, on a offert la citoyenneté pour la première fois à une robot. Cette décision pour le moins surprenante n’est pas sans porter son lot de questions. Par exemple, si quelqu’un porte atteinte à Sophia, la personne sera-t-elle poursuivie comme si elle avait porté atteinte à un être humain ? Même si Sophia n’est pas humaine, elle a aujourd’hui la même place dans la société que vous et moi. Alors, devons-nous craindre cette arrivée des robots dans notre univers, ou partons-nous vers un remake bien moins divertissant que Terminator ? Ou alors, est-ce un simple coup de com’ de la part des dirigeants de l’Arabie Saoudite ? Pour faire en sorte que leur pays soit le pionner de l’acceptation d’une telle intelligence artificielle et pour montrer également que ce pays se réorganise de manière importante ? La féministe saoudienne Moudi Aljohani ironise sur le fait de savoir si Sophia peut quitter le pays sans l’accord de son « gardien », et si elle est obligée de porter le voile intégral. Une polémique qui gêne les femmes en Arabie Saoudite, mais plus globalement dans le monde entier.

Tweet de Moudi Aljohani, féministe saoudienne, ironisant sur le cas de Sophia, femme saoudienne.

 

Des craintes naissantes et florissantes…

La peur commence à grandir face à la naissance de tels robots dans le monde. Si le Centre de la Communication Internationale (CCI) se félicite que « l’Arabie Saoudite [soit] le premier pays au monde à accorder la nationalité à un robot », tout le monde n’est pas aussi optimiste face à de telles nouveautés. Elon Musk, l’ingénieur milliardaire, lance l’alerte face à cet essor des robots, qui selon lui va « entraîner une troisième Guerre Mondiale ». Dans le même registre, l’astrophysicien Stephen Hawking se veut aussi méfiant, voire même alarmant, craignant notamment que les robots humanoïdes « could spell the end of the human race ». Selon S. Hawking toujours, l’intelligence artificielle, donc les robots, pourrait être à même de « surpasser l’Homme ». Que faut-il donc envisager quand des grands noms de la science et de l’industrie commencent à s’alarmer de la place que les robots sont en train de prendre dans notre monde ? Pourtant, ces grands noms n’ont pas vraiment de lien direct avec la robotique. Sophia, ce n’est que le commencement d’une longue lignée d’expériences et de créations, qui conduiront peut-être un jour vers un monde où « on ne différenciera pas les robots des hommes » comme le dit David Hanson. Et n’est-il pas à craindre que ces robots soient un jour capables de nous surpasser, nous autres les humains et qu’ils puissent en prendre conscience ? Ne serait-ce pas quelque chose de dangereux pour l’Homme ?

… Et des avis moins pessimistes.

Mais dans ce climat anxiogène, il est important de ne pas oublier que la robotique dans notre monde peut avoir des aspects bien moins effrayants. On peut d’ores et déjà constater que l’arrivée des robots dans notre société va pouvoir aider dans le domaine de la médecine par exemple, et permettre alors de faire des avancées importantes. Même si David Hanson se veut particulièrement optimiste pour ses créations, il n’est rien de moins sûr que les robots soient un jour prêts à nous surpasser. Parmi les plus confiants, certains, comme par exemple Laurence Devillers, professeure à la Sorbonne considèrent que l’initiation à la robotique devrait débuter dès le primaire. Quoi qu’il en soit des robots pas forcément humanoïdes et pas forcément intelligents mais à coup sûr très efficaces vont avoir un réel impact sur notre société dans le domaine du travail par exemple. Selon le forum économique mondial, 65% des élèves de primaires exerceront des métiers qui n’existent pas encore, car la robotisation de la société risque de créer un très grand nombre de nouveaux emplois. Mais elle risque aussi d’en détruire beaucoup, toujours d’après l’étude du forum économique mondial, qui estime que d’ici 2020, environ 5 millions d’emplois seront supprimés à cause de la technologie. Ils considèrent alors que le nombre d’emplois supprimés sera compensé par la création de nouveaux emplois.

Gwenaelle Souyri

 

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