Dina Amin, l’Égyptienne qui élève le bricolage au rang d’art

Dina Amin est une adepte du « tinkering ». En anglais, le mot a deux sens : bricoler et jouer avec. Un terme idéal pour résumer la passion de cette étonnante artiste égyptienne. En effet, la jeune femme de 27 ans récupère des objets du quotidien et les transforme grâce à ses outils. Le résultat ? D’amusants petits personnages qui prennent vie dans des vidéos publiées sur les réseaux sociaux. Direction Le Caire, où Dina Amin dévoile quelques-uns de ses secrets depuis son atelier…

Le fer à souder est encore chaud sur un coin du plan du travail. À quelques centimètres de l’outil brûlant, se bousculent une paire de ciseaux, un pot de colle et des crayons de papier. Dans le studio de Dina Amin, l’attirail du parfait bricoleur côtoie des objets en tout genre. Avec elle, aspirateur, sèche-cheveux, ampoule ou encore horloge bénéficient d’une seconde vie. « J’ai commencé avec une flopée d’objets cassés que ma famille et moi avions abandonnés ou laissés au fond d’un tiroir », se souvient l’artiste. Gadgets fichus en main, la jeune égyptienne de 27 ans se terre dans son atelier du Caire pour finement démanteler son butin. 

« Je sépare tout, je regarde ce qu’il y a dedans, comment ça marchait, pourquoi ça ne fonctionne plus », décrit Dina Amin. Après plusieurs heures de travail et de bricolage acharné, l’alliage de matériaux récupérés et de composants découpés prend vie. Sur le réseau social Instagram, la reine du « tinkering » révèle les étapes de la gestation de ses « petites créatures » dans des vidéos réalisées en « stop-motion » (animation image par image créant un mouvement). Ainsi, devant le smartphone de l’artiste, une minuscule lampe-torche peut se transformer en poisson abyssal, un radio-réveil se muer en habile cambrioleur ou encore une caméra de poche devenir un talentueux footballeur.

 

 

« Ce n’est pas commun de voir une fille faire ça »

Même quand le fer à souder fait des étincelles, la main reste ferme et le visage concentré derrière le masque de protection. Dans son regard comme dans ses gestes, Dina Amin dégage une réelle force de caractère. Une aptitude essentielle dans un pays où « il n’est pas commun de voir une fille s’intéresser à la technologie ou utiliser des outils, et encore moins de vouloir vivre grâce à ça », témoigne la bricoleuse. « Au départ, mes amis et ma famille ont trouvé ça étrange. Surtout le fait que je quitte mon ancien travail pour commencer à bricoler sans aucune idée d’où ça me mènerait, continue la jeune Egyptienne. Maintenant qu’ils voient toutes les possibilités qui me sont offertes, ils sont derrière moi et me soutiennent dans mes décisions. »

Le regard des autres ? Dina Amin se concentre uniquement sur ce qu’elle aime et ce qu’elle sait faire. Après avoir essayé plusieurs jobs et « sans aucune idée » de ce qui la passionnait réellement, l’adepte du pole dance et des séances de stretching improvisées sur un terrain de football prend une décision : « utiliser mon temps pour faire quelque chose que j’adore ». Passée par la Malaisie afin d’étudier le design industriel, l’artiste a parcouru un long chemin depuis ses premières publications Instagram en 2014. « Je fais des stop-motion pour des entreprises et j’ai récemment accepté un poste de professeur en conception de produits à l’université allemande du Caire », confie la jeune femme. Bien loin de ses débuts et des photos postées « pour son propre amusement », c’est désormais à son tour de livrer ses conseils aux débutants. À l’image de ses automates, petit à petit, les rêves de Dina Amin commencent à prendre vie.

Guillaume Truillet

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