Zack Snyder, Victor Flemming, Bryan Singer : Ces réalisateurs déboutés de leurs œuvres

Raisons créatives ? Mésentente sur le tournage ? De nombreuses raisons peuvent motiver le départ ou le licenciement d’un réalisateur. Sur les blockbusters, les enjeux financiers sont si élevés que le studio préfère ne prendre aucun risque en cas de conflit. Nous avons répertorié huit cas dont les auteurs derrière des projets ont claqué la porte ou se sont faits débouter en cours de tournage, voire même de montage. Des exemples parfois récents, parfois anciens, qui prouvent que ces guerres internes ne sont pas une tendance exclusive à notre époque.

Réaliser un film, c’est un long processus créatif nécessitant de la rigueur et un commun accord entre les réalisateurs et les producteurs. Du script à l’écran, ce sont des années voire des décennies avant que la vision d’un auteur soit pleinement atteinte. La plupart du temps, et ce, malgré quelques désaccords, les long-métrages arrivent à voir le jour sans trop de difficultés. Pourtant, il arrive quelquefois que les studios et les cinéastes se déchirent dans un conflit qui mêle art et financement. Ces réalisateurs peuvent quitter le navire avant le tournage ou même pendant, suite à des conflits d’intérêts, qui ont parfois coûté au long-métrage un succès en salles.

Phil Lord et Chris Miller remplacés par Ron Howard, pour Solo : A Star Wars Story, en 2017

Après le succès de Star Wars VII : Le réveil de la force, Lucasfilm, maintenant possédé par Disney, décide de lancer un spin-off sur le personnage de Han Solo dans ses jeunes années. Phill Lord et Chris Miller, réalisateurs du film Lego et des deux Jump Street, sont engagés pour réaliser le film. Le tournage du film commence en février 2017 et le duo oriente le film vers une comédie plutôt que vers l’aspect space-opera que voulait le studio. Les acteurs encouragent fortement l’improvisation des acteurs tout en s’éloignant du script écrit par Lawrence Kasdan. Après plusieurs discussions avec Kathleen Kennedy, patronne de Lucasfilms, le duo décide de perpétuer leur vision quitte à bousculer totalement le ton de scènes cruciales. Les deux réalisateurs sont alors virés du tournage. Réalisateur d’Un homme d’exception et Apollo 13, Ron Howard a remplacé le duo. Selon Première, Ron Howard ne devait tourner que pour quelques semaines mais a finalement retourné plus de 80 % du film. Solo : A Star Wars Story sortira dans nos salles le 23 mai 2018.

Bryan Singer remplacé par Dexter Fletcher, pour Bohemian Rhapsody, en 2017

Le développement du biopic Bohemian Rhapsody, consacré au groupe Queen, a été un véritable enfer. Sacha Baron Cohen a été rattaché au projet pendant des années pour incarner Freddie Mercury mais a finalement claqué la porte en désaccord avec les musiciens restants de Queen. Le projet est passé de mains en mains à Hollywood. Il semblait que tout allait mieux depuis que le tournage avait commencé sous la réalisation de Bryan Singer et avec Rami Malek dans le rôle de Freddie Mercury. Cependant depuis le 23 novembre, Bryan Singer n’était plus présent sur le tournage pour « une question de santé personnelle », selon son porte-parole. Quelques jours plus tard, la 20th Century Fox vire Bryan Singer du tournage. A l’origine, non des questions de santé mais des tensions apparues sur le plateau entre le réalisateur et Rami Malek. L’acteur aurait reproché au cinéaste ses absences et son manque de professionnalisme. Le studio avait annoncé qu’en cas de conflit sur le tournage, il privilégierait l’acteur principal du film et non son réalisateur. Dexter Fletcher, réalisateur de Eddie the Eagle, a remplacé Bryan Singer et poursuit actuellement le tournage du film.

Zack Snyder remplacé par Joss Whedon pour Justice League, en 2017

Zack Snyder n’a pas été proprement viré de Justice League car il reste crédité en tant que réalisateur du long-métrage. Après avoir réalisé Man of Steel (2013) et Batman V Superman (2016), deux longs-métrages consacrés aux aventures des superhéros DC, Zack Snyder devait se concentrer sur un dernier opus : Justice League. Cependant, après les retours mitigés jugeant Batman V Superman trop sombre, le studio Warner, producteur du film, voulait déjà l’évincer du projet. La décision ne pouvait être prise pour des raisons financières, la pré-production étant déjà sérieusement entamée. Se poursuit pendant la production et le tournage un bras de fer musclé entre la vision plus sombre et réaliste de Zack Snyder et l’envie du studio de faire un film plus familial. Le réalisateur Joss Whedon, papa de Avengers 1 et 2, arrive sur le projet pour donner un coup de main et apporter une touche plus joyeuse au film. Suite au suicide de sa fille pendant le tournage, Zack Snyder peine à travailler efficacement. Sous les pressions du studio et de la collaboration avec Joss Whedon, il quitte le projet et Joss Whedon le remplace pour le tournage additionnel. Justice League sort sur les écrans le 16 novembre retourné à 60 %. En résulte un film dichotomique et brouillon qui peinera à convaincre les spectateurs. Une pétition sur Internet a été lancée pour que le public puisse voir la version de Snyder. Elle compte déjà plus de 150 000 signataires.

 

Edgar Wright remplacé par Peyton Reed pour Ant-Man, en 2015

Avant le titan Avengers (2012) devant réunir les super-héros Marvel pour la première fois sur le grand écran, Marvel Studios avait pour projet de consacrer un film à Ant-Man, l’homme fourmi. Mais le film ne sortira qu’en 2015. Attaché au projet depuis 2006, le réalisateur Edgar Wright (Shaun of the dead, Baby Driver, Scott Pilgrim) quitte officiellement le film en mai 2014. Pendant des semaines, Wright et Marvel Studios se sont battus car divisés pour des raisons créatives. Le tournage devait débuter le 2 juin 2014 mais Edgar Wright apprend par la tête du studio que le tournage est décalé au 28 juillet. Quand il reçoit la dernière version de son scénario, il y lit des modifications du studio inscrites sans son consentement. Sous la pression de Marvel Studios de se conformer à sa vision des choses, il claque la porte. Edgar Wright déclarera en juin 2017 : « Je pense que la réponse la plus diplomatique est que je voulais faire un film Marvel, mais je ne pense pas qu’eux voulaient un film d’Edgar Wright. » Il est remplacé au pied levé par Peyton Reed, réalisateur de Yes Man. Le film est sorti sur les écrans le 17 juillet 2015.

 

Steven Soderbergh remplacé par Benett Miller pour Le stratège, en 2011

Si on parle avant tout des réalisateurs éjectés de blockbusters, c’est parce que la médiatisation rattrape souvent la production. Pourtant, ce ne sont pas forcément les gros films hollywoodiens qui sont touchés par le renvoi de leur auteur en plein tournage. Steven Soderbergh (la trilogie des Ocean) en a d’ailleurs fait les frais sur le tournage de Le stratège, sorti en 2011 avec Brad Pitt dans le rôle principal. Le film raconte l’histoire vraie de Billy Beane, arrivant comme directeur général de l’équipe de baseball des Athletics d’Oakland. Avec son adjoint, il utilise une approche statistique pour constituer une équipe peu onéreuse et remporter la ligue. Soderbergh prévoyait un long-métrage social et réaliste, où les vrais sportifs incarneraient leur rôle respectif. Après des désaccords profonds sur la manière d’aborder cette histoire, le réalisateur est tout bonnement viré par Sony Pictures Studio. Ce dernier embauche alors Bennett Miller, l’auteur du film oscarisé Truman Capote. L’histoire s’est finalement bien terminée, Le stratège ayant été un succès critique et public, nommé à six Oscars dont celui de meilleur film.

 

Dick Richards remplacé par Steven Spielberg pour Les dents de la mer, en 1975

Considéré à ce jour comme le premier véritable blockbuster, littéralement un film qui doit casser le box-office et attirer les foules en masse, Les dents de la mer est le long-métrage qui a fait de Steven Spielberg une star d’Hollywood. Pourtant, si le célèbre film sorti en 1976 en France a connu un succès monstre et est souvent cité parmi les meilleurs films de tous les temps, il n’est pas issu de l’imagination de son réalisateur. C’est en effet Dick Richards, réalisateur encore inconnu à l’époque, qui était à la barre du projet. L’histoire est d’ailleurs plutôt loufoque, puisque le cinéaste a été renvoyé car il ne cessait d’appeler le monstre, « la baleine ». Les studios Universal, agacés par la méconnaissance de Richards sur le sujet, ont remercié le réalisateur, lui préférant donc le visionnaire Steven Spielberg. La suite, tout le monde la connait : Les dents de la mer est un film culte, un succès critique et commercial à l’international et Spielberg est devenu l’un des plus grands réalisateurs de l’histoire. Peut-être qu’aujourd’hui, s’il n’avait pas paru si inculte à l’époque, Richards serait devenu une star à la place de Spielberg.

 

George Cukor remplacé par Victor Fleming pour Autant en emporte le vent, en 1939

Malgré son départ du Magicien d’Oz et des années de pré-production, George Cukor a été renvoyé du projet Autant en emporte le vent après seulement trois semaines de tournage. Tout est parti d’un conflit d’intérêts entre le réalisateur et le producteur David O. Selznick, pour déterminer qui serait en charge de la post-production. Selznick a prévenu Cukor dès le premier jour qu’il voulait le dernier mot pour ce qu’on appelle le « final cut », c’est-à-dire la version finale du film. Il a aussi demandé au réalisateur de l’informer de tout changement de scénario sur le tournage, ce que George Cukor n’a pas supporté. C’est l’intervention de Clark Gable, qui tient le premier rôle du film, qui finira de clôturer l’expérience de Cukor sur le tournage. Le réalisateur savait que Gable avait un passé dans des clubs gays secrets d’Hollywood, ce qui a inquiété l’acteur, demandant alors le remplacement du cinéaste. Victor Fleming, tout juste sorti d’une expérience en demi-teinte sur Le Magicien d’Oz, finit à lui tout seul ce long-métrage culte, restant à ce jour le film ayant généré le plus d’argent aux Etats-Unis, en prenant en compte l’inflation du prix du ticket de cinéma.

 

Norman Taurog et Richard Thorpe remplacés par George Cukor, Victor Fleming, King Vidor pour Le Magicien d’Oz, en 1939

Tout comme les petites productions peuvent être touchées par ce genre d’événement, les licenciements de réalisateurs ne sont pas non plus une tendance récente. Norman Taurog et Richard Thorpe peuvent en témoigner, après que leur projet d’adaptation du Magicien d’Oz ait été avorté en cours de production. L’histoire est quelque peu complexe pour ce cas et les témoignages manquent parfois de précisions mais un fil conducteur a pu être établi. Taurog était supposé réaliser seul le film mais Thorpe est venu pour aider à la direction artistique et au travail du cadre. Le studio MGM, pas vraiment satisfait par le travail du premier, l’a congédié avant même le début du tournage. Le second a quant à lui tenu deux semaines, avant d’être remplacé par le producteur Mervyn LeRoy et George Cukor (qui réalisera en 1963 My Fair Lady). Sauf que LeRoy est incompétent sur le tournage, ce qui agace Cukor, qui décide de laisser tomber et de partir réaliser Autant en emporte le vent. Au final, Victor Fleming et King Vidor se partagent la réalisation. Le monde coloré et enchanté est du fait de Fleming quand la partie noir/sépia au Kansas est le travail de Vidor. Au générique, seul Victor Fleming apparaît. Ce qui n’empêchera pas le film d’être un succès interplanétaire.

Roberto Garçon

Louis Verdoux

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