George Weah brille toujours !

Mardi 26 décembre, les citoyens du Liberia étaient invités à se rendre aux urnes afin d’y élire leur nouveau président. Le grand gagnant de l’élection est un visage connu puisque ce n’est autre que George Weah, ancien footballeur de renom.

Entre les alliances de ses adversaires à son encontre et les critiques à propos de son inexpérience, Weah l’emporte au terme d’une élection très discutée. Il va donc diriger le pays qu’il a su faire briller balle au pied. Le Liberia sort donc une nouvelle fois de l’ordinaire. Après avoir été le premier pays africain indépendant en 1847, puis le premier pays africain à élire une femme à la présidence en 2005, le Liberia devient donc le premier pays à élire un ancien footballeur. Weah prend les rênes du onzième IDH le plus faible du monde, alors que le pays est encore meurtri par la guerre civile des années 1990. Un grand défi attend donc ce compétiteur hors pair.

George Weah n’a pas perdu sa culture de la gagne…

Trois titres de meilleur joueur africain, un Ballon d’or et une présidentielle : voici les trois grandes victoires de George Weah. La star libérienne a toujours eu cette habitude d’atteindre ses objectifs sportifs. Après des premières gloires footballistiques au Liberia et au Cameroun, George Weah continue son ascension en Europe. Il arrive à 22 ans du côté de l’AS Monaco où il remporte sa première coupe de France. S’ensuit un titre de champion de France et deux coupes de France avec le Paris SG, deux championnats d’Italie avec l’AC Milan et une coupe d’Angleterre avec Chelsea. Un palmarès collectif impressionnant pour ce jeune Africain issu des bidonvilles de Monrovia, la capitale du Liberia. Le footballeur n’est pas en reste individuellement avec 193 buts en 478 matchs sur la scène européenne. Ce qui vaudra de nombreuses récompenses individuelles à cet attaquant à la fois technique et physique. Il remporte notamment le Ballon d’Or, devenant ainsi le meilleur joueur du monde en 1995 !

George Weah et son Ballon d’Or en 1995. (Crédit photo : Press Association Image)

En 2005, deux années après la fin de sa carrière footballistique, Mister George se lance en politique. Fort d’une estime très grande dans son pays, il se présente à la présidentielle de 2005. Mais malgré sa popularité, il perd face à Ellen Johnson-Sirleaf, qui devient la première femme chef d’Etat en Afrique. Ne perdant pas son objectif de diriger un jour son pays, George Weah continue alors sa vie politique sous la bannière du Congrès pour le Changement Démocratique. Il se représente aux élections de 2011, cette fois-ci en tant que vice-président du candidat Winston Tubman. Mais là aussi, l’ancien sportif échoue face à la présidente sortante, devenue prix Nobel de la paix entre temps. A force d’abnégation, Weah remporte enfin une élection en 2014, lors des sénatoriales. Il s’impose dans le comté de la capitale en écrasant le fils de la présidente, avec plus de 70 % des suffrages.

La consécration arrive donc en cette fin d’année 2017 pour Weah. Il s’impose au terme d’un second tour retardé de plusieurs semaines. Ses adversaires principaux, dont le candidat étant arrivé troisième au premier tour, soupçonnaient en effet des fraudes durant l’élection. L’ancien du PSG et de l’OM est élu avec 61,8 % des suffrages face au vice-président de Johnson-Sirleaf, Joseph Boakai.

George Weah est encore précurseur !

Tout au long de sa vie sportive, George Weah a été vecteur de nouveauté. Cette particularité tend à se répéter dans son parcours politique. L’homme doit beaucoup à la France où il est même naturalisé. Mais il reste fidèle au Liberia tout au long de sa carrière, apportant les premières réussites sportives à ce petit pays de l’Ouest africain. Avec 22 buts en 60 sélections, il reste encore aujourd’hui le plus grand joueur que le football libérien n’ait jamais connu. Il apporte d’ailleurs les deux seules qualifications de l’histoire du pays en Coupe d’Afrique des Nations, lors des éditions de 1996 et de 2002. Néanmoins, il échoue de peu à emmener son pays au mondial de 2002. Individuellement, il est le premier joueur non-européen à remporter le mythique Ballon d’Or. Il devance ainsi les Brésiliens Ronaldo, Rivaldo, Ronaldinho, Kaka et l’Argentin Messi. A ce jour, il reste également le seul Africain à avoir intégré le podium du Ballon d’Or, malgré près de 70 éditions.

Weah durant sa campagne présidentielle. (Crédit photo : Agence France Presse)

Avec son élection au poste de président, George Weah apporte également un réel chamboulement dans le paysage politique libérien. Grâce à cette élection historique, l’alternance politique est de retour au Liberia. Un Etat dirigé depuis près de 30 ans par les Américano-Libériens, politiques issus de classes sociales aisées et proches de la culture américaine. Weah, lui, représente les « Natives ». Cette classe constitue la majeure partie du peuple libérien, une population qui vit dans la plus grande précarité, depuis des décennies. Le footballeur étant de ceux-là, sa réussite est perçue comme un exemple pour ces habitants. La popularité de Weah repose donc en grande partie sur la fierté des « Natives » à voir l’un des leurs réussir d’une façon si brillante. Une gloire que le nouveau président a toujours mise au service du peuple. En témoignent les nombreux dons qu’il effectuait, avec par exemple des avions spécialement affrétés par Weah pour apporter des chaussures aux Libériens. Il aidait également l’ambassade du Liberia en France, afin de payer les salaires des fonctionnaires.

Au cours de sa vie, le nouveau président a toujours visé très haut, pour lui et pour son pays. L’homme est adoré par le peuple, beaucoup moins par les politiques libériens. Ces derniers voient en lui une star inexpérimentée face au combat qui s’annonce. Celui de redresser un pays ravagé, par une guerre civile puis le virus Ebola.

Bastien Blandin

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