L’abstention continue de gagner du terrain

Véritable phénomène de ces dernières élections, l’abstention est devenue un enjeu pour les différents partis politiques français. A l’échelle régionale, le « non-vote » a également gagné en importance depuis le début des années 2000. Mais comment expliquer cette forte hausse, qui atteint parfois des chiffres record dans certains départements de la Région Sud ?

Les abstentionnistes sont de plus en plus nombreux élection après élection, année après année. En 2017, la présidentielle a connu une abstention record au second tour. Même constat pour les élections législatives, organisées en juin.

« On a décidé de laisser tomber, de ne pas jouer le jeu »

Un taux d’abstention qui grimpe année après année. (Source : Ministère de l’Intérieur)

Comme le montrent les infographies ci-dessus, l’abstention progresse d’année en année. En 2017, elle atteint plus de 57% des inscrits sur les listes électorales aux législatives, et 25% aux présidentielles, pourtant élection préférée des Français. Un rejet des urnes qui s’explique en partie par la décision du parti de la France Insoumise de prôner l’abstention au second tour de l’élection. Un choix justifié, comme le dit Nikou Tridon, responsable des Insoumis dans le bassin cannois : « Il y avait une manifestation de dégoût de notre côté, on nous proposait n’importe quoi –le duel Macron – Le Pen- et on a donc décidé de laisser tomber, et de ne pas jouer le jeu. C’était un acte totalement réfléchi, qui représentait ce que l’on pensait vraiment » assure-t-elle.

Les Bouches-du-Rhône, symbole de ce désintérêt

L’abstention grimpe année après année dans tous les départements de la région PACA. Ici, les valeurs de 2002. (Source : Ministère de l’Interieur).

La région Provence-Alpes Côte d’Azur est représentative de la tendance nationale, mais certains départements présentent de nombreuses disparités. C’est le cas des Bouches-du-Rhône par exemple. Au sein du département, partagé en 16 circonscriptions, on assiste parfois à un grand écart.

D’importants écarts au sein du même département… et parfois même au sein de la même ville. En l’occurence, Marseille. (Source : Ministère de l’Intérieur)

Avec 54% d’abstention, la 15ème circonscription est celle qui a le plus voté du département lors des dernières élections législatives. À l’inverse, la 7ème circonscription –celle des quartiers Nord de Marseille- et son taux d’abstention de 72% font pâle figure. La cité phocéenne s’est d’ailleurs distinguée lors de ces dernières élections, puisque les cinq circonscriptions dans lesquelles on a le moins voté dans la région… sont dans les Bouches-du-Rhône.

« Ce sont les jeunes et les pauvres qui se sur-abstiennent« 

Des écarts significatifs au sein d’une même région, voire du même département. Selon Thomas Guénolé, politologue français, ces différences sont dues à des raisons sociologiques : « Les deux catégories de population qui se sur-abstiennent par rapport aux autres, ce sont les jeunes et les pauvres. Plus votre circonscription a ces deux critères, plus l’abstention est spectaculaire, comme en Seine Saint-Denis par exemple, un des départements les plus jeunes mais aussi les plus pauvres de France ». À Marseille, où la pauvreté est présente dans certains quartiers, un écart se crée forcément avec les autres circonscriptions du département, souvent plus aisées.

Dans tous les cas, dans les Bouches-du-Rhône comme partout ailleurs en PACA, l’abstention grimpe élection après élection. Nikou Tridon l’explique assez simplement : « Les gens sont désespérés, dégoûtés. Aujourd’hui, on n’a plus l’impression d’avoir un vrai choix, que notre voix n’est pas entendue » déplore-t-elle.

Les jeunes et les plus âgés, principaux abstentionnistes

L’abstention est un phénomène qui concerne majoritairement les plus jeunes (18-24 ans), et les plus âgés (+ de 80 ans). (Source : INSEE)

Et si l’abstention augmente année après année, c’est en grande partie dû à l’implication politique de deux catégories d’âge : les 18-24 ans, et les plus de 80 ans. Ces deux extrêmes sont celles qui se déplacent le moins aux isoloirs. D’après Thomas Guénolé, « il y a de plus en plus de désintérêt des jeunes avec la politique, qui semblent presque perdus. Eux préfèrent rester avec leurs amis, voire ne rien faire, plutôt que d’aller voter. Ils participent à une vie citoyenne secondaire. Pour les personnes âgées, il y a également de plus en plus de désintérêt pour la vie politique« . De l’autre côté, si les plus de 80 ans se rendent moins aux urnes, c’est dû à la perte d’autonomie, auquel cas la participation à la vie politique devient véritablement secondaire. Le rajeunissement de la population ne permet pas d’envisager une inversion de la courbe.

Loris Biondi
Hugo Girard
Romain Hugues

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