A Toulon, le marché aux fruits et légumes n’a pas dit son dernier mot

10h, centre-ville de Toulon. Un dimanche ensoleillé sur la rade. Le célèbre cours Lafayette est bondé. C’est jour de marché. Toulon est d’ailleurs particulièrement célèbre pour son marché provençal. Il propose tous les classiques : fruits, légumes de saison, mais également spécialités locales telles que la cade, la tapenade, l’anchoïade ou le chichi fregi…

Le marché provençal de Toulon s’étend sur près d’un kilomètre. Un kilomètre où tous les sens sont sollicités. Les odeurs d’épices fraiches, la traditionnelle bousculade pour se frayer un chemin, les cris des maraîchers : « Allez allez, venez goûter les bons produits, ça vient d’ici ! ». Ces couleurs, ces poivrons, ces tomates, ces bananes, et ces prix qui font parfois froncer les sourcils. Car oui, en un simple coup d’œil tout consommateur lambda qui fréquente les grandes surfaces peut trouver ces tarifs assez chers comparé aux prix d’une grande enseigne, dont le logo trône à cent mètres d’ici. De plus le marché est assez contraignant. Il faut se lever tôt le matin, s’armer de patience, et surtout ne pas avoir peur du contact. En somme, il est aujourd’hui plus simple de faire ses courses au supermarché. Avec leurs grands parkings, leurs horaires d’ouverture (toute la journée), et leurs promotions en tout genre… Mais alors pourquoi le marché attire-t-il encore les foules ?

« On sait d’où viennent les produits »

Des petites ardoises en craie sont sur tous les étals. La révolution des écrans digitaux n’a pas encore touché le marché. Sur ces ardoises sont écrits à la craie le prix, mais également l’origine. La plupart des produits sont locaux. Et c’est justement l’une des raisons qui expliquent ce succès. Christophe, 45 ans, vient tout juste de finir son footing dominical. Il flâne dans les allées du marché en tenue de sport flashy, pour lui la provenance des produits est primordiale : « Le marché ça me fait une sortie, et puis au moins on sait d’où viennent les produits », dit-il avec un sourire. Pour certains clients, faire ses courses au marché revêt également un caractère solidaire. De l’argent qui va dans la poche du producteur, plutôt que dans l’énorme portefeuille du mastodonte de la grande distribution. « Ce n’est pas moins cher [que dans les supermarchés, ndlr] mais c’est plus frais, et l’argent va directement chez l’agriculteur », affirme une touriste entre deux photos.

« Pour moi le marché c’est la mixité, la convivialité et les échanges humains »

Aujourd’hui le centre-ville est digne des récits de Marcel Pagnol. Un folklore typique de la vie en Provence. Accordéon, soleil, échanges très vivants entre les primeurs et les clients, « Oh René, putain ça fait longtemps ! », gueule un maraîcher. Très cliché. Très français. Mais c’est pour cela aussi que le marché attire les foules. C’est avant tout une ambiance, un lieu de rencontre, d’échanges. Au loin dans le port, un immense paquebot vient « déposer » des touristes sur le centre-ville. Tous ont l’air envoûtés. Une atmosphère à la française que les touristes en mal de « French Touch » recherchent vivement. Une symphonie de clics d’appareil photo s’organise en contrebas du marché. Finalement, Paul définit assez bien cet endroit : « Pour moi le marché c’est la mixité, la convivialité et les échanges humains. ». Et il n’a pas tort. En arpentant le cours Lafayette, on peut rapidement se perdre dans les conversations. Que ce soit avec les producteurs ou les clients, le contact semble très facile. Comme si le marché exerçait un pouvoir de désinhibition. Finalement, pour certains, faire ses courses devient secondaire. « Je viens tous les dimanches, et je fais à chaque fois de nouvelles rencontres, le marché me fait sortir », annonce Denis tirant son caddie, avec ses bottes de coriandre qui dépassent.

Et même si certains producteurs restent impuissants face à la suprématie de la grande distribution, le marché semble avoir encore de beaux jours devant lui. Car les enjeux de ce dernier vont au-delà du fait d’acheter ses fruits et légumes. C’est une institution, un symbole à la française, qui est condamné à vivre.

Mohamed Benmaazouz

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