[FIPA] Critique de Over the Limit, de Marta Prus

Un travail physique, acharné, pour un sport esthétique. « Over the limit », diffusé au FIPA de Biarritz dans le cadre de la section « documentaire international », suit la préparation de Margarita Mamun, athlète russe de gymnastique rythmique et sportive, avant les Jeux olympiques de Rio en 2016. Pendant une heure et quart, la réalisatrice Marta Prus s’immisce dans l’intimité de la jeune femme, des entraînements sportifs à sa vie de famille, de ses doutes à ses réussites.

« Over the limit » est incontestablement un documentaire saisissant. Il nous plonge dans le système russe d’entraînement des athlètes de haut niveau et de ses méthodes particulières, voire déroutantes. Sous la houlette d’Irina Viner, présidente de la Fédération de Russie de GRS, aux allures et au comportement de Merryl Streep dans « Le diable s’habille en Prada », Margarita Mamun est bousculée, parfois insultée. Son entraîneuse, Amina Zaripova, semble tiraillée entre acquiescer aux techniques d’Irina Viner et aider son athlète en lui apportant toute son affection. « Tu n’es pas un humain, tu es une athlète », lui dit-elle à un moment où Margarita semble vouloir abandonner puisqu’épuisée.

Réalité ou communication ?

Le documentaire pousse à s’interroger sur les frontières entre réalité et fiction. Avec un cadre équilibré, une lumière travaillée et une réalisation technique léchée, le film est incontestablement bien construit. Mais il l’est peut-être trop. Le montage fluide nous amène à penser que plusieurs caméras suivaient l’athlète, ce qui dénature la notion d’« intime ». Plans larges, serrés, d’ensemble… Les scènes, extrêmement bien pensées et montées, peuvent être remises en question. La recherche de la spontanéité semble être réalisée dans le cadre d’une volonté de communication de la Fédération de Russie. En témoigne la mise en scène des performances de l’athlète : excepté une fois, nous la voyons en difficulté à pratiquement chaque concours. Or, il s’avère que dans les compétitions montrées à l’écran, et sans que cela soit mentionné, Margarita Mamun a toujours terminé première ou deuxième. Elle n’est donc pas la « loser » voulue, finalement galvanisée par un système, mais bien une championne constante dont la Fédération exige toujours plus. Or, c’est bien ce décalage entre la construction narrative du documentaire et la réalité qui peut, au final, agacer. D’autant qu’en toutes connaissances de cause, nous pouvons poser un tout autre regard sur son parcours. Son titre de championne olympique en main, cette technique est-elle réellement efficace ? Ou est-ce la maladie de son père, mentionnée dans le film et utilisée par Irina Viner, qui l’aurait motivée ?

Au final, « Over the limit » aborde, notamment, le thème des sacrifices réalisés par les athlètes pour arriver à gagner le titre suprême. Le documentaire insiste sur la notion de patriotisme (Dieu et la Russie) qui conduit ces jeunes filles à renoncer à leur jeunesse et à une vie familiale, et édulcore d’autres questions : que fait le pays pour les athlètes quand ils ne réussissent pas ? Que deviennent-ils après leur carrière ?

« Que vas-tu faire ensuite ? » demande plusieurs fois Amina Zaripova à sa protégée. Une question suivie, dans tous les cas, d’un long silence. Une fois son titre en poche, Margarita Mamun renoncera à la pratique de ce sport.

« Over the limit » reste un documentaire à savourer. Un regard sur le sport qui dépayse mais qui fait prendre conscience de la difficulté pour ces athlètes à obtenir un sacre international. Il soulève aussi un doute : la réalisatrice polonaise, Marta Prus, ne sert-elle finalement pas une forme de propagande moderne ?

Romain Hugues

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