[FIPA] Silent War, le cri d’alerte des femmes syriennes

Présenté dans la sélection « documentaire national » au FIPA, Silent War est un film choc sur le viol comme arme de répression du régime syrien de Bachar el-Assad. Un véritable tabou, traité avec justesse par sa réalisatrice et journaliste Manon Loizeau.

En mars 2011, sous l’impulsion du printemps Arabe, la Syrie s’embrase. Mais la répression violente du régime de Bachar el-Assad achève les espoirs pour un pays plus juste et libertaire. Si beaucoup gardent en tête les images d’opposants syriens luttant face à une armée syrienne répressive, le point de vue féminin est passé complétement inaperçu. C’est précisément de cette envie de mettre en lumière ce combat qu’est né le documentaire Syrie : le cri étouffé (Silent War en version internationale), réalisé par la journaliste franco-britannique Manon Loizeau. Après avoir couvert le début des tensions en 2011 en tant que reporter, elle décide d’y consacrer en 2017 un film, avec une thématique plus spécifique sur le conflit : le viol des femmes syriennes par les soldats du régime.

Une des femmes syriennes qui témoigne dans le film. (photo DR)

 

Sujet tabou dans le pays, ces violences physiques sont utilisées par le gouvernement d’el-Assad en tant que moyen de répression. « Le destin des femmes syriennes reste tragique car elles sont persécutées pour avoir mis à mal leurs hommes, qui les rejettent une fois libérées », explique Manon Loizeau aux spectateurs après la projection. Dans ce long-métrage, quatre femmes syriennes ont décidé de raconter leur souffrance, lançant un cri d’alarme à la communauté internationale. Considérées par la société syrienne comme coupables de leur viol, trois d’entre elles ont accepté de parler à visage découvert, n’ayant plus rien à perdre. Un long-métrage poignant, dont les spectateurs du FIPA ne sont pas sortis indemnes.

 

 

Silent War peut rebuter sur sa forme, étant une succession de témoignages entrecoupés d’images morbides de la guerre civile, mais touche au cœur de par sa thématique inédite. Les témoignages glaçants ne semblent jamais exagérés et la réalisatrice y apporte un recul aussi bienveillant que nécessaire. « Ces femmes ne sortent jamais et restent enfermées chez elles. J’ai voulu montrer cet enfermement en filmant des plans de coupe dans des espaces confinés ou vidés de toute présence humaine », raconte Manon Loizeau. Les images d’illustration sont marquées par des couleurs chatoyantes, grâce à une photographie qui laisse place aux couleurs chaudes et arides du Moyen-Orient. Même s’il peut souffrir d’un problème de rythme pour certains, Silent War se distingue par un discours assez critique sur l’Occident et la communauté internationale, qui les ont tout bonnement abandonnées. Des propos qui ont troublé certains spectateurs, touchés par un monologue du film qui dénonçait l’hypocrisie d’un public occidental peu concerné.

 

Diffusé le 12 décembre sur France 2, le film n’a pas manqué de faire du bruit sur la scène française et internationale. Le régime syrien a fait savoir sa colère vis-à-vis du documentaire qui reste très bien accueilli dans le reste du monde. Il a d’ailleurs remporté le prix de l’Organisation mondiale contre la torture au Festival du film et forum international sur les Droits Humains. Une belle récompense pour la journaliste Manon Loizeau, qui doit finir le montage de son prochain film axé sur la Biélorussie, dernière dictature d’Europe.

Guillaume Truillet

Louis Verdoux

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