L’innovation au service de la performance sportive

Le sport permet une grande exposition de l’innovation, et est en cela un acteur privilégié de l’évolution et des transformations du monde. En mettant au profit des athlètes, des entraîneurs et des clubs ce qui se fait de mieux en matière de technologie, l’innovation s’offre une grande vitrine… aux dépens parfois des valeurs du sport.

La course a lieu sur le circuit automobile de Monza, en Italie, en mai dernier. Pas de spectateurs, seulement quelques journalistes. Là-bas, le Kenyan Eliud Kipchoge va tenter de battre plus qu’un record : courir le marathon en moins de deux heures. L’événement est en réalité une grande opération de la marque Nike. Cette course contre-la-montre, le fruit de trois ans de recherches de la firme américaine. Tout a en effet été optimisé pour passer cette barre symbolique : pas de perturbation extérieure, comme le bruit des supporters, un circuit plat, des « lièvres », qui entourent le coureur pour que le vent ne le gêne pas.

Kipchoge Nike

Le marathonien Eliud Kipchoge franchissant la ligne d’arrivée à Monza, en mai dernier (© IAAF)

Mais surtout, une paire de chaussures constituée de plaques de carbone, qui font gagner de précieuses secondes. L’innovation au service de la performance donc, mais peut-être contre l’éthique sportive, selon Geoffroy Berthelot, chercheur à l’Institut de Recherche Biomédicale et d’Epidémiologie du Sport, dans une interview accordée à Stade 2 : « On a choisi de le faire courir avec des chaussures technologiquement très avancées, et ça va forcément l’aider. Éthiquement parlant, ça pose la question de savoir où est la performance humaine, et où est-ce qu’elle est devenue une performance augmentée. » Cette aide extérieure considérée comme « trop forte » selon les dirigeants de l’IAAF, la Fédération Internationale d’Athlétisme, a d’ailleurs conduit à la non-homologation du record, et à l’interdiction d’utiliser de telles chaussures en compétition officielle. Pour la petite histoire, la barre des deux heures n’a pas été battue par le Kényan, mais il a couvert les 42 kilomètres en 2 heures et 25 secondes… soit 2 minutes 30 de mieux que le record officiel.

« Les performances sportives n’avaient plus aucun sens »

La question s’était déjà posée après les Jeux olympiques de Pékin, en 2008, mais dans une autre discipline. La natation, et ses combinaisons en polyuréthane avaient en effet été pointées du doigt par la Fédération Internationale de la Natation. La cause ? Depuis les Jeux, plus de 100 records du monde étaient tombés… en à peine deux ans, et 94% des médailles d’or remportées à Pékin l’avaient été avec ces combinaisons. À titre d’exemple, le record du monde du 50 mètres nage libre masculin, la compétition reine en natation, a autant évolué entre février et août 2008, qu’entre 1988 et 2008. La Fédération avait alors fait le choix d’interdire plus de 200 combinaisons, à compter de l’année 2010. L’ex-nageur Alain Bernard, double médaillé d’or olympique, et qui avait battu trois records du monde avec une combinaison intégrale, avait déclaré après cette décision que « même s’il avait toujours été favorable à l’innovation, l’arrêt de l’utilisation de la combinaison était compréhensible. Les performances sportives n’avaient presque plus aucun sens, c’était surtout à celui qui avait la meilleure combinaison ».

L’innovation pour développer ses capacités

L’utilisation de l’innovation n’est toutefois pas objet de réglementations à chaque fois. Comme pour l’utilisation de machines dédiées à la récupération, avec l’exemple de la cryothérapie, les grandes structures n’hésitent pas à faire appel à des tiers pour améliorer leurs performances. Ce fut le cas par exemple avec l’équipe cycliste de la Française des Jeux, qui se rendait régulièrement à Magny-Cours [Nièvre]. Une entreprise de soufflerie a en effet pris ses quartiers là-bas, et la FDJ pouvait alors y organiser régulièrement des mini-stages, pour améliorer les performances du cycliste en course, sa position sur le vélo, sa résistance aux éléments extérieurs (vent notamment).

Jérémy Roy Soufflerie

Jérémy Roy, coureur dans l’équipe FDJ, passe par la case soufflerie (© fdj.fr)

L’innovation a donc ce rôle d’aider les coureurs à améliorer leurs performances, et ce même si cela pose la question de l’équité dans le sport. Une des bases éthiques du sport étant « que tout le monde doit partir sur un pied d’égalité », voilà ce principe totalement remis en question depuis quelques années. Et même si certains athlètes ou certaines équipes se servent de ces équipements hors courses, pour améliorer leurs performances une fois sur le terrain, c’est désormais à ceux qui seront les mieux équipés que reviendront sans doute les premières places.

Hugo Girard