[Play Azur Interview] Cyrus North, brain-entertainer

Vidéaste specialisé dans l’explication de notions philosophiques, Cyrus North est loin de l’archétype du prof barbant : style hipster, la vanne facile et accompagné de son bras droit de toujours, Tom Aguilar. Nous l’avons rencontré dans le cadre du Play Azur, festival niçois de Youtubeurs ce week-end.

Comment définirais-tu ta chaîne en 3 mots clés ? Es-tu « youtubeur », vulgarisateur, philosophe… ?

Compréhension. Divertissement. Folie. Je me considère youtubeur, je n’ai pas la prétention d’être philosophe. Ce n’est pas parce que je réfléchis à des choses et que je connais des concepts que je peux dire que je suis philosophe ou vulgarisateur, car je ne fais pas que ça. Mais c’est une case qui me flatte, et ça me fait plaisir qu’on m’y mette. Mais je considère que certaines de mes vidéos ne sont pas de la vulgarisation (Cyborg, Népal). On touche à des sujets, mais ce n’est pas le but. On raconte des histoires.

Depuis quelques temps, tu as la série Cyrusly, très inspiré des late shows américains. Est-ce que cela laisse présager une reconversion vers la télévision ?

Tout à fait pour l’inspiration. C’est même mis en description de la première vidéo de Cyrusly. J’ai aucun problème avec la télévision. Je sais qu’il y a des youtubeurs qui ont une aversion pour la télé. Tout à l’heure, je t’ai dit youtubeur car dans les mots que tu m’as donné il y avait youtubeur, si tu m’avais dit créateur vidéo, ou raconteur d’histoires, ou passeur d’information, je t’aurai dit ça. Je n’ai pas l’impression d’être intrinsèquement lié à YouTube mais je n’ai aucune raison de partir. C’est une plateforme que je continue d’apprécier.

Fais-tu partie d’un groupe de youtubeurs ? On a l’impression que tous les youtubeurs se connaissent…

Beaucoup de youtubeurs se connaissent et j’en connais beaucoup, mais je n’ai pas l’impression de faire partie d’un groupe de youtubeurs. J’ai plutôt la sensation de faire partie de plusieurs groupes de youtubeurs. Cela a toujours été comme ça. Même au collège, au lycée, en prépa. Il y avait toujours des groupes d’amis, des « crews », et moi je n’ai jamais eu vraiment de groupe d’amis. J’étais toujours un peu l’électron libre. Je traîne souvent avec le groupe d’amis de Tom [son co-auteur/réalisateur] mais je n’ai pas vraiment de groupe d’amis. 

Récemment, YouTube a connu la polémique liée à Logan Paul. Qu’est-ce que tu condamnes sur YouTube ? Est-ce qu’il y a des tendances qui te font peur ?

Bien sûr. Certains pranks, certains types de vidéos, qui te déplaisent car tu te dis « ça risque d’inspirer les jeunes, d’avoir une mauvaise influence ». Un mec comme Logan Paul a 15 millions d’abonnés. Après, tu vois le retour de bâton a été très rapide, c’est aussi ça le revers de la médaille. Ça va dans les deux sens. On est très rapide pour dire : « ça, c’est un problème, ça, ça ne va pas ». Le problème aussi est que YouTube a du mal à s’impliquer dedans et peut devenir une sorte de police des mœurs. Parce que pour eux c’est très compliqué aussi. Donc qu’est-ce que YouTube a le droit de faire ? Qu’est-ce que YouTube n’a pas le droit de faire ? C’est hyper compliqué comme question. C’est aussi aux gens de se responsabiliser (et ils le font déjà), de dire « ça, c’est mal ». Ce sont des sujets qu’on aura de plus en plus. Ce n’est pas propre à YouTube, mais la plateforme met en avant ce symptôme. Le problème, c’est que le web donne la parole à n’importe qui, n’importe qui peut avoir une grosse audience d’un coup, et la personne fait ce qu’elle veut avec cette audience. YouTube en est le reflet.

Quelle formation as-tu suivie ?

J’ai fait la formation d’un certain youtubeur qui a fait un bad buzz… (rires) Non, j’ai fait un bac S puis une prépa HEC et une école de commerce, ce qui n’a rien à voir avec ce que je fais maintenant. Mais je faisais de la philo en prépa HEC et en école de commerce, je me suis remis à la vidéo pour faire tous les petits teasers de soirée au « pôle communication ».

Beaucoup de jeunes ont eu un gros coup de pouce au bac grâce à tes vidéos. Quel retour tu as de ce côté-là de la part de lycéens ou d’anciens lycéens ?

Tout le temps. Même-là, au Play Azur, j’étais en séance de dédicaces et un mec est venu me faire dédicacer son relevé de notes du bac. Souvent, un des premiers messages que je reçois, c’est « Merci pour le bac de philo ». C’est un message que je reçois très, très souvent, et ça fait vachement plaisir.

Propos recueillis par Lounès El Mahouti, Roberto Garçon, Yeelen Tanche

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