« Je devais refouler Matty pour laisser exister Matthieu » : portrait d’une jeune transgenre

Matty, 24 ans, sous traitement hormonal depuis quatre ans, raconte le chemin parcouru pour arriver à s’assumer en tant que femme, après une vie dans le mauvais corps.

Petit short et collants noirs, pull en laine bleu et cheveux bruns lâchés jusqu’aux hanches, Matty se tient bien droite sur sa chaise, son chocolat chaud entre les mains. Matty, avant, c’était Matt. Une lettre en plus, pour laquelle elle doit se battre au quotidien : la lettre Y, le chromosome que, paradoxalement, elle tente de rayer de sa vie. Matty a fêté ses 24 ans il y a quelques jours, et ce mois de février 2018 marque ses quatre ans sous traitement hormonal.

Sa famille fait partie de la classe moyenne. La mère DRH, stricte, le père agent immobilier, souvent absent, et deux frères dont elle n’est pas très proche. Elle a grandi dans une maison de campagne entourée de champs, et son rapport à la nature guidera de nombreux choix dans sa vie d’adulte. Vegan, amoureuse des animaux, elle a récemment adopté deux chats malades pour leur sauver la vie. Photographe professionnelle, elle exprime sa poésie en sublimant les personnes et les paysages qu’elle rencontre, même s’il lui est difficile de payer les factures avec un métier qui se meurt.

Matty photo

A 24 ans, Matty commence tout juste à s’assumer en tant que femme. (crédit photo : Matty Nvt)

Depuis peu, ses parents acceptent son changement de genre. Elle n’aurait jamais pu imaginer cela il y a quelques années. « Petite, je me faisais engueuler par mes parents quand je disais que je voulais les cheveux longs ou des Barbies pour Noël. A chaque fois c’était la même réponse : «  Non, c’est pour les filles ! » J’ai dû attendre mes vingt ans pour pouvoir en parler avec eux… Même si maintenant tout va très bien et que je me sens comprise, j’ai une petite rancœur car j’aurais pu commencer mon traitement beaucoup plus tôt et il aurait été plus efficace. Mais quelque part je les comprends, on manque cruellement d’information sur la transidentité et les médias nous présentent souvent de façon caricaturale… »

A la base de nature sociable et fêtarde, Matty s’est renfermée sur elle-même au fil des années, jusqu’à devenir timide et solitaire. Mais cette idéaliste espère bien, un jour, remédier à ça. « Avant ma transition, je pensais beaucoup au suicide, mais maintenant plus du tout. Ma raison de vivre, c’est l’espoir que le mal-être que j’ai vécu pendant des années aboutisse à une fin heureuse. Aujourd’hui je vis pour moi, en transitionnant c’est comme si j’avais percé une bulle et la différence c’est que maintenant, j’ai de l’espoir en la vie. »

« Au collège on m’insultait, souvent »

Jusqu’à ses vingt ans, Matty avait une apparence androgyne : un visage aux traits féminins et des vêtements d’homme. Mais son attitude laissait supposer un autre genre que celui auquel elle essayait de se conformer : « Au collège on m’appelait Vincent Mac Doom, alors que je ne lui ressemble pas du tout… Je ne savais même pas encore que je voulais devenir une femme. On m’insultait, souvent, de pédale par exemple. A mes 14 ans, ma tante m’a fait lire un article sur un homme qui avait changé de sexe. Tout ce dont elle expliquait souffrir, je le ressentais aussi. C’est là que j’ai compris ce que je devais faire, mais impossible d’en parler à mon entourage ! J’avais l’impression que je devais refouler Matty pour laisser exister Matthieu, et ça juste pour ne pas décevoir. Alors j’ai essayé de vivre comme un garçon androgyne… »

Matty avant traitement hormonal

Matty, 19 ans, avant de débuter son traitement hormonal (crédit photo : Matty Nvt)

Seule face à cette souffrance, cette conviction de ne pas être dans le bon corps, l’adolescente vivra une longue descente aux enfers. Un mètre 78 pour 45 kilos, la drogue comme échappatoire, la jeune photographe essaiera de fuir sa réalité aussi longtemps qu’elle le peut. Jusqu’à ce que l’amour la mène dans une nouvelle vie : « Il y a quatre ans, j’ai rencontré un transgenre sur un forum, il était homme dans un corps de femme. On est tombés amoureux, et je suis partie vivre à Paris avec lui, loin de tout le monde. C’est là que j’ai réellement commencé mon traitement hormonal, que j’ai changé ma garde-robe, et que j’ai pu être présentée à toute mes nouvelles connaissances en tant que femme. Il m’a aidé à transitionner socialement… L’amour m’a donné de la force. Avant, ma vie amoureuse a toujours été chaotique. »

Son prochain combat : le changement d’identité civile

Actuellement en colocation dans une petite maison en banlieue parisienne, le couple vit son histoire au grand jour, même si dans la rue, régulièrement, des curieux les interpellent pour qu’ils clarifient leur situation. « Ça m’énerve les gens qui m’interrogent sur des sujets aussi personnels, je dois toujours répondre à un tas de questions indiscrètes. Moi ça ne me viendrait pas à l’idée de faire ça. »

L’opération de réattribution sexuelle, le changement de sexe, Matty y pense, mais ce n’est pas sa priorité. « Je ne sais même pas si je me sentirais plus femme en faisant ça. On peut être transgenre sans changer de sexe, ce qui définit un homme ou une femme c’est comment il se sent, indépendamment de son sexe. » Pour le moment, elle préfère se concentrer sur ses épilations laser et son changement d’identité civile, en reprenant, au fil du temps, goût à la vie.

Elisa Montagnat

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