Buzzles Rewind #1 : L’accord de paix en Colombie

Buzzles Rewind est un nouveau format sur Buzzles.org, il consiste en revenir sur un événement majeur de l’actualité de l’année précédente grâce à une infographie et un article. Il a pour but de rappeler un événement qui a marqué l’année passée. Il permet également de prendre du recul sur la situation et de voir si des changements ont eu lieu. Le premier épisode porte sur la crise des FARCs en Colombie. Il y a quinze mois, un accord de paix a été signé. Buzzles vous présente la situation depuis cet accord de paix.

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Une paix lointaine

Le 26 novembre 2016 était signé l’accord de paix entre les FARCs et le gouvernement colombien, mettant fin à plus de 50 ans de guerre. Un an plus tard, les promesses du traité semblent loin d’être accomplies.

L’accord de paix semblait tourner la page d’une période sombre pour la Colombie. Pendant et après sa signature, les violences ont baissé dans le pays. Des changements ont eu lieu, comme le passage en politique des FARCs et la mise en place de zones de réincorporation pour les guérilleros ayant rendu les armes. Depuis, la politique de paix piétine. Le gouvernement fait face au manque de confiance des citoyens auprès des ex-membres des FARCs. Il fait également face à un nombre d’assassinats et de menaces de mort qui augmente en flèche.

De la guérilla à la politique

L’accord de paix a permis aux FARCs de passer d’un groupe rebelle à un parti politique. Rodrigo Londono, un des anciens leaders de la guérilla, plus connu sous le pseudonyme de Timochenko, dirige le parti. Il a commencé sa campagne pour les élections présidentielles de mai le 27 janvier. Le groupe garde son acronyme FARC, mais il signifie désormais « Force Alternative Révolutionnaire Commune » et non plus « Force Révolutionnaire Armée de Colombie ». Ses membres ont été formes à l’usage des médias pour l’avenir politique du parti. Leur entrée dans ce domaine ne fait pas l’unanimité dans la population. « Les gens n’en reviennent pas » s’exprime Andrea, ancienne Colombienne désormais citoyenne américaine, « on ne peut pas laisser le pays à des individus qui en ont tué des milliers il y a quelques années ». Le parti obtiendrait au mieux 2,1% des intentions de votes à ce stade, selon le quotidien colombien El Tiempo. Il n’a cependant pas de réelle envie de gouverner, même si le leader Timochenko montre sa motivation pour occuper le siège de président. L’objectif serait plutôt de changer l’image que la population a des FARCs. Selon le sondage le plus optimiste, 17% de la population a une opinion plutôt favorable des anciens guérilleros. Les autres sondages ne dépassent pas les 5% d’opinions favorables. Néanmoins, face à l’insécurité des candidats FARCs, le parti a récemment suspendu ses campagnes pour les élections à venir.

Plus de 7000 combattants des FARCs ont rendu les armes et se sont rendus dans des camps de réinsertion. Ils seraient plus de 8000 selon Jean Arnault, chef de la mission des Nations Unies pour la paix en Colombie. Ceux-ci touchent 90% du salaire minimum et sont censés être affiliés au système de santé publique, beaucoup doivent apprendre à lire. La seule éducation qu’ils ont eu auparavant était celle du maniement des armes et des explosifs. Encore une fois, la manière dont ils sont réinsérés laisse des opinions négatives dans la population. Un referendum ayant eu lieu au sujet de l’accord a reçu 52% de voix défavorables. « Ceux qui sont contre la paix avec les FARCs le sont en partie car ils ont perdu des proches à cause des guérilleros et doivent maintenant leur donner de l’argent pour les aider », ajoute Andrea.

Un gouvernement presque passif

Les gens ont moins peur de sortir de chez eux. Certains n’étaient déjà pas effrayés à la base, n’ayant jamais vu d’attentats des guérilleros et s’étant toujours senti en sécurité. Les actions du groupuscule n’avaient lieu que dans certaines régions de la Colombie. Ariel Avila, chercheur à la fondation Paz y Reconciliación, rapporte que l’accord de paix à permis de réduire le nombre de morts par an de près de 3000 colombiens. Entre 2012 et 2017, le nombre de déplacés par la violence a baissé de 250 000 à 30 000 et celui des victimes de mines antipersonnel de 770 à 58.

Cependant, la politique agraire du gouvernement se fait attendre. L’Etat ne fournit toujours pas les financements nécessaires pour les paysans. Les cultures de coca et les assassinats sont toujours présents. Les territoires abandonnés par les FARCs ont été repris par les narcotrafiquants, l’ELN ou d’autres guérillas. Près de 3600 ex-guérilleros ont abandonné les espaces de réincorporation dans lesquels ils étaient allés après avoir rendu les armes. Selon Jean Arnault, parmi les 8000 combattants regroupés dans les zones de désarmement, 45 % sont dans des camps de réintégration. La plupart seraient probablement retournés auprès de leur famille. Mais cela montre une perte de confiance des anciens combattants envers le gouvernement, notamment sur la politique de mise en place de la paix. Environ 800 dissidents des FARCs auraient même repris une activité criminelle, mais pas forcément avec leur ancien groupe. L’Etat colombien a du mal à gérer les camps. Ceux-ci font face au manque d’hygiène et de confort. Ils sont pour l’instant financés par les anciens combattants et par les universitaires, le financement de l’Etat se faisant toujours attendre. Rien n’est encore prévu pour faciliter l’accès à l’agriculture aux ex-rebelles. Et pourtant, 80 % d’entre eux sont d’origine paysanne.

Parmi les 27 lois nécessaires pour que la paix devienne réelle, seules huit ont été votées. L’observatoire de suivi de la mise en place des accords de paix (OIAP) a établi à seulement 22,7 % la réussite de l’instauration normative du système intégral de sécurité, accorde entre les FARCs et le gouvernement lors de la discussion sur la fin du conflit. Le pays voit aussi une remontée de l’insécurité. Un « leader social » est assassiné tous les quatre jours, près de 70 personnes sont décédées depuis début 2017, contre 51 en 2016. De plus, une centaine de responsables associatifs ont été assassines. Une liste à laquelle il faut ajouter 33 ex-membres des FARCs, qui sont décédés depuis la signature de l’accord de paix le 24 novembre 2016. A la fin du mois d’octobre, le président Juan Manuel Santos a annoncé 47 crimes, les ONG dénoncent le double. « Les chiffres varient selon la méthodologie employée, mais toutes les sources concordent pour dire que la violence a augmenté », apporte Diana Sánchez, de l’association Somos Defensores. Elle dénonce 81 assassinats de militants des droits humains depuis le début de l’année. En plus des assassinats, 335 leaders et défenseurs des droits de l’homme ont été menaces de mort entre janvier et juin 2017.

Une situation, encore très loin d’être réglée, et qui ne s’arrange pas à l’approche des élections législatives de mars et des élections présidentielles de mai. Trois postes de police au nord de la Colombie ont subi des attaques. L’ELN a revendiqué le plus meurtrier d’entre eux, où cinq policiers sont morts. Au total, ces attentats ont ôté la vie à sept policiers, et des dizaines d’autres ont été blessés. La paix colombienne ne semble avoir été qu’un rêve de courte durée.

 

Bastien Blandin

Mathieu Obringer

Valentin Rivollier

Elliott Sentenac

Arno Tarrini