Infophoto #2 : A Vintimille, la présence des bénévoles au service des migrants

Dans la ville de Vintimille, à la frontière franco-italienne, le flux de migrants est très important. Ils sont des centaines à essayer de passer en France, même si ce n’est pas toujours leur destination finale. Vivant dans des conditions souvent indignes, les migrants comptent beaucoup sur le travail fait par les différentes associations présentes.

Quand les migrants arrivent à Vintimille, leur point de chute est la Caritas. C’est leur premier repas de la journée”, nous explique Manuella, bénévole pour l’association Caritas, confédération internationale d’associations à but caritatif. À quelques pas de la gare, dissimulés derrière un chantier, les bénévoles accueillent tous les matins plus de 150 migrants. Des tables posées au centre d’une cour autour desquelles se massent des hommes et quelques femmes, ainsi que des enfants. Au fond, un bénévole sert de la soupe et des morceaux de pain. Pendant ce temps, Manuella essaie de trouver des chaussures, pantalons ou manteaux à ceux qui en demandent. En cette période hivernale, avec le vent et le froid, les bénévoles font de leur mieux pour aider les personnes dans le besoin. “Je n’ai pas de chaussures à donner à tout le monde. Il y en a qui sont sans chaussures depuis des semaines et des semaines”. Tous sont loin d’avoir des chaussures fermées. Beaucoup sont en claquettes ou en sandales. “Les aides qu’on a ce sont surtout les associations françaises qui nous amènent une tonne d’affaires, que ce soit au niveau de la nourriture, au niveau du vestiaire, n’importe quoi”. De nombreux migrants arrivent également en mauvaise santé. Parmi les maladies récurrentes : la gale. Habituellement sans conséquence, sa guérison est rendue beaucoup plus difficile par les très mauvaises conditions d’hygiènes.

On est à une vingtaine de mort sur la frontière

Le franchissement de la frontière française est une étape clé pour les migrants. “Pour la plupart, la destination finale est l’Angleterre. Il y a très peu de personnes qui veulent s’arrêter en France ”, insiste Manuella. Les migrants choisissent en général, soit de monter dans le train, voire sur son toit pour rejoindre la France, soit de passer par la montagne. Les deux méthodes sont très dangereuses, parfois même mortelles. “ On est à une vingtaine de mort sur la frontière”. Malheureusement, rien ne dissuade les demandeurs d’asile de la franchir. Ils sont prêts à payer un passeur pour traverser les deux pays, souvent, c’est une arnaque.. Ils prennent l’argent, et indiquent juste le train. “ Tu montes dedans, tu te fais prendre, tu es descendu et tu as perdu 150€ ”. Mais le choix de partir en montagne est tout aussi rude. Manuella nous rappelle que les migrants ne connaissent pas les routes en montagne et se perdent souvent. Tout en se rappelant que pour certains, ils n’ont pas de chaussures, ou alors, des chaussures en toile. “ C’est l’hiver, ils se perdent en montagne, il fait froid, il y a de la neige.” Aucune des conditions n’est idéale pour les migrants, mais leur envie de quitter cette ville est bien trop forte pour les arrêter. Ce n’est pas parce qu’ils arrivent en France qu’ils sont à l’abri. La politique du blanc est un obstacle énorme. En arrivant par bateau en Italie, on prend leurs empreintes. “ Une fois qu’ils font leur demande d’asile en France, ils ont déjà été identifié en Italie, donc c’est la procédure du blanc, ils sont renvoyés vers le premier pays d’accueil. Donc tout le monde est renvoyé en Italie.

Différentes associations, différents rôles

Les associations ont un rôle primordial pour la défense des migrants. L’aide que les bénévoles leur offrent est très importante pour chaque demandeur d’asile. Plusieurs associations œuvrent à leur porter secours. ADN, Caritas, La Croix Rouge, et bien d’autres. Teresa Maffeis, fondatrice d’ADN, souligne également le fait que les associations françaises travaillent en collaboration avec les associations italiennes. “ Nous sommes beaucoup en contact avec les associations italiennes”. Elles sont également présentes pour sensibiliser la population à la crise des migrants. “ ADN a produit une exposition qui tourne beaucoup ici et en France, qui raconte la condition terrible des migrants depuis 2015, dans le but de sensibiliser la population ”. Caritas, quand à elle, offre une présence sur place, en récoltant des vêtements ou de la nourriture. L’entraide des associations est essentielle pour un travail efficace. Elles organisent également quelques événements pour mettre un peu de bonheur dans la vie des migrants. En décembre, les associations ont organisé un goûter solidaire pour Noël.

La vie de bénévole présente cependant certains risques. Le procès de Martine Landry, qui avait aidé des migrants à traverser la frontière, a lieu à Nice. Une affaire qui rappelle Cédric Herrou, condamné à 3000€ d’amende avec sursis, pour le même chef d’accusation. Mais rien n’effraie les bénévoles. Teresa Maffeis avoue être “ inculpée en Italie ”. Mais c’est une situation qui ne leur fait pas peur. Pour les associations et leurs membres, ce n’est qu’une “ manière de nous faire taire ”.

Une lutte pour l’insertion

Un des objectifs principaux des associations est l’insertion. L’Info point, à quelques mètres du pont de Vintimille, apporte sa pierre à l’édifice. En entrant, on peut trouver sur la gauche des ordinateurs, qui leur permettent aux migrants d’effectuer des recherches Internet, ou de contacter leurs proches. Pour que la langue ne soit pas une barrière de plus, des solutions ont été trouvées. Sur un panneau accroché au mur, des symboles sont associés à des numéros. Ainsi, un “2” pour demander une paire de chaussettes, ou un “4” pour un bonnet. Toujours par rapport à la langue, deux bénévoles, Nina et Faro, donnent des cours de français. En partant avec un petit tableau blanc, ils se dirigent sous le pont. Un enfant court vers eux, heureux de continuer l’apprentissage du français. Au départ tout seul, il est rejoint par quatre autres personnes. En peu de temps, ils ont appris à dire “bonjour”, “salut” ou encore “bonne nuit”.

« Tu es contrôlé parce que tu es noir »

La lutte des associations est aussi d’ordre politique et judiciaire. A Vintimille, il n’est pas rare de voir de nombreux CRS à l’intérieur et en dehors de la gare. Les migrants qui tentent de passer la frontière en montant dans le train, sont toujours contrôlés : “ à Menton Garavan, la première gare après la frontière, vous aurez systématiquement une douzaine de CRS qui vont fouiller chaque wagon et jeter dehors quiconque n’est pas en mesure de présenter ses papiers. Le contrôle se fait exclusivement au faciès. Tu es contrôlé parce que tu es noir”. Les migrants sortis du train seront ensuite reconduits en Italie, à Rome ou plus au Sud en Calabre. La plupart tenteront de nouveau leur chance et échoueront une fois de plus à Vintimille. Un cercle sans fin qui symbolise bien une situation que l’absence de volonté et de réflexion  politique, tant au niveau national qu’européen, a rendu absurde et pathétique.

Gwenaëlle Souyri

Guillaume Laclôtre

Gaspard Flamand

Lou Florentin

Adrian Remy

Ulysse Goldman

Philémon Stinès