Le tournoi de football inter-écoles de journalisme est-il vraiment sexiste ?

Chaque année depuis 2008, les étudiants des 14 écoles de journalisme françaises reconnues par la profession se rencontrent lors d’une compétition de foot. Pour la première fois cette année il y aura un tournoi féminin.

Samedi dernier avait lieu à Strasbourg le onzième tournoi de football inter-écoles de journalisme, couramment appelé Tfiej.  C’était l’occasion d’assister à la première édition du tournoi féminin, alors que la compétition est critiquée, par des participants mais aussi par des professeurs, pour son manque de mixité.

 

« Cette année, on a décidé d’intégrer un tournoi féminin, parce qu’on avait eu pas mal de retours des filles de notre école qui ne voulaient pas jouer avec les mecs », confie Margaux Tertre, vice-présidente du BDE de Strasbourg et organisatrice du tournoi. « Elles trouvaient qu’ils étaient un peu trop brutes ». Elle ne « pense pas » que le Tfiej soit sexiste pour autant, même si « c’est un retour qu’[ils ont] eu ».

 

Même ressenti pour Waldemar de Laage, chef des supporters de l’IUT de Lannion : « je ne comprends pas que l’on puisse critiquer. Il faut juste comprendre que les équipes viennent pour remporter le tournoi et qu’il y a moins de “footeuses” que de “footeux”. Il n’y a qu’à voir le nombre de licenciés de football en France. La proportion des filles dans les équipes est assez représentative pour moi, il n’y a rien de sexiste. » Son école a d’ailleurs refusé de faire participer une équipe de filles, estimant que « les filles devraient pouvoir participer à égal avec les hommes dans le tournoi mixte », rapporte Margaux Tertre.

 

« J’aurais aimé être le premier à envoyer une équipe féminine de Cannes »

 

Même avis pour Antoine Medeiros, entraîneur de l’IUT de Cannes. « On nous a offert la possibilité de participer au tournoi féminin, j’ai envoyé dix messages sur Facebook, personne n’a voulu le faire ». Il rappelle que « C’est un tournoi mixte, tu prends en compte les qualités de chaque personne, ça veut dire que tu prends les meilleurs à chaque poste. Avoir dix femmes et dix hommes, d’accord, mais si tu dois avoir vingt hommes parce qu’ils sont les meilleurs, soit. Je suis désolé, en termes de qualité, en termes de physique – malheureusement le Tfiej c’est très physique – c’est comme ça. Je l’ai dit et je le répète, j’aurais aimé être le premier à envoyer une équipe féminine de Cannes. »

 

équipe de football mixte cannoise entraînement

L’équipe mixte de Cannes… uniquement composée de garçons (© Xavier Bertrand)

 

« On voudrait vraiment que ça soit instauré, une année les mecs, une autre année les filles »

 

La tradition veut que l’école organisatrice du Tfiej soit le vainqueur de l’année précédente. Comme c’est la première année qu’il y a deux tournois en parallèle, les organisateurs de cette édition ont dû prendre une décision. « Pourquoi est-ce que le tournoi masculin aurait plus d’importance que le tournoi féminin ? Donc on s’est dit, ”cette année c’est les vainqueurs des filles qui l’emporte” » nous relate Margaux Tertre en tant que vice-présidente de l’association des étudiants en journalisme de Strasbourg.

 

Cette décision n’est pas consensuelle. L’organisatrice le regrette, « On aurait dû l’annoncer avant. Quand on l’a dit à Grenoble (vainqueur du tournoi mixte) en fin de journée, ils ont fait la gueule. Pour eux, c’est toujours eux qui l’organisent. Il va falloir discuter pour essayer de voir ce qu’on peut faire. Ce ne sera peut-être pas à Marseille (vainqueur du tournoi féminin) l’année prochaine mais on va essayer de faire en sorte que Grenoble promette que ce soit le vainqueur du tournoi féminin qui l’organise l’année d’après. On voudrait vraiment que ce soit instauré, une année les mecs, une autre année les filles. »

 

Lounès El Mahouti