À Vif (2/2) : Kery James : un artiste fidèle à lui-même, du rap au théâtre

Figure de proue du rap politique depuis plus de 20 ans, Kery James s’essaie depuis près d’un an à l’écriture théâtrale et au jeu d’acteur. Dans le cadre d’une tournée nationale, Kery James est venu interpréter sa pièce A Vif, ce jeudi 22 mars au Théâtre National de Nice. De nombreuses similitudes entre le rap et le théâtre de Kery James se font ressentir.

Après avoir exprimé ses idées très engagées dans une quinzaine d’albums de rap, en groupe ou en solo, Alix Mathurin – alias Kery James – a décidé d’exporter sa parole au théâtre. L’occasion pour ce banlieusard de présenter son discours engagé, à un nouveau public, par le biais de la pièce « A Vif », qu’il a écrit et joué.

Menant un combat en faveur des banlieues depuis l’âge de 13 ans, le quadragénaire se glisse ici dans la peau d’un jeune avocat participant au concours d’éloquence du barreau de Paris. Le sujet de ce concours n’est autre que la situation des banlieues. Son discours est sensiblement le même, du rap au théâtre, tout comme sa personnalité sur scène.

Une prestance sur toutes les scènes

Que ce soit dans un théâtre ou dans une salle de concert, Kery James marque le public par une présence très imposante sur scène. Dans son domaine de prédilection, le rap, Kery James a toujours eu l’habitude de créer une atmosphère très chaude avec son public. En témoigne, ses nombreuses entrées sur l’estrade en tenue de boxeur, pour marquer sa présence d’un coup puissant. Très dynamique, le rappeur a toujours occupé la totalité du plateau par de nombreux mouvements. Ses chansons aux messages forts ont toujours été mises en valeur grâce à un timbre de voix porteur et perçant.

C’est sur ses cordes vocales que Kery James s’appuie, au théâtre, pour divulguer ses idées. Contrairement à un concert, dans la pièce l’homme reste fixe derrière son pupitre ou assis sur une chaise. Afin de captiver son auditoire, Kery James utilise sa voix très porteuse et un langage corporel très appuyé par de grands gestes. Il s’impose naturellement sur la scène théâtrale, grâce à un charisme acquis au fil d’une longue carrière dans le hip-hop. Avec cette aisance oratoire, Kery James convainc plus facilement. Un atout dans le rôle qu’il joue dans sa pièce, celui de Souleymaan Traoré, un jeune avocat qui participe à la finale du concours d’éloquence du barreau de Paris.

Un discours similaire

Au théâtre, Kery James a fait du… Kery James. Le rappeur est resté fidèle aux nombreuses idées revendicatrices qu’il a avancé, tout au long de sa carrière dans ses musiques. Son discours a toujours évoqué la difficulté des banlieues et de ses habitants, souvent issus de l’immigration. C’est pourquoi, le sujet de sa pièce concerne les banlieues. En mettant en scène deux jeunes avocats dans un concours d’éloquence, il met au cœur du débat la question suivante : «  L’état est-il seul responsable de la situation actuelle des banlieues ? »

Pour y répondre, le guadeloupéen d’origine haïtienne a fait le choix de donner deux visions bien différentes aux deux seuls personnages de sa pièce. Yann Jaraudière, interprété par Yannick Landrein, défend l’idée que seul l’état est responsable de la situation des banlieues. Souleymaan Traoré, interprété par Kery James, défend l’idée que les banlieues sont également responsables de leur propre situation. Ses deux idéaux très distincts sont en réalité les deux sujets qui composent deux des plus grands titres de Kery James : Constat Amer et Lettre à la République. Dans la première musique, Alix Mathurin critique les banlieusards et leur volonté de rester dans la situation précaire, sans essayer de s’en sortir. Dans le second titre, le rappeur évoque le mépris de l’état envers les banlieues. Les idéaux de ces deux chansons sont défendus par Souleymaan Traoré et Yann Jaraudière durant la mise en scène. Si bien, que ce sont les deux seules musiques que Kery James reprendra dans la pièce. Scellant le lien entre son théâtre et son rap.

Bastien Blandin