Le compte Twitter qui déplait aux marcheurs

Sur Twitter, les comptes parodiques se comptent par milliers. Certains arrivent tout de même à se démarquer. C’est le cas du Journal de l’Elysée. Les attaques de plusieurs députés macronistes dans les médias lui ont permis de passer le cap des 30000 abonnés, un exemple parfait de l’effet Streisand.

François de Rugy, nouveau ministre de la transition écologique et solidaire, qui déclare, suite aux marches pour le climat ayant eu lieu le week-end dernier : « Je tiens apporter mon soutien à ces initiatives populaires et je veux que les français sachent que je suis pleinement dans l’action, j’ai d’ores et déjà fait totalement interdire les pailles en plastique à l’Elysée. ». Une déclaration parodique, que l’on peut trouver sur un compte qui l’est tout autant : Le Journal de l’Elysée.

Ce compte a été créé fin août par un jeune homme d’une vingtaine d’années, qui a tenu à rester anonyme, mais que nous appellerons Jean. Son objectif, c’est de tourner en ridicule les éléments de langage de La République en Marche. « Je m’intéresse à l’actualité et aux déclarations du gouvernement, et j’ai forcément remarqué tous les éléments de langage qu’ils utilisent, explique le créateur du compte. Je n’avais pas de moyen de les dénoncer de façon « classique ». J’ai choisi une autre manière, le compte parodique, en passant donc par l’humour. » On s’en doute, le compte Twitter est surtout suivi par les opposants politique de LREM. Les partisans du parti présidentiel n’en sont pas les plus grands fans, malgré quelques exceptions. « Comme je tourne LREM en dérision, j’ai dans mes abonnés aussi bien des militants du Rassemblement National que des militants du Parti Communiste, ou même du Nouveau Parti Anticapitaliste, constate-t-il. Mais j’ai été étonné de voir que même des députés de la majorité avaient aimé certains de mes tweets », dit Jean en rigolant.

Des députés à l’origine du succès, malgré eux

Le destin du Journal de l’Elysée bascule le 21 septembre, suite à la réaction d’Aurore Bergé sur Twitter.


La député des Yvelines s’indigne, et n’hésite pas à utiliser le terme « polluer », suivi d’un « Stop » qui laisse… perplexe. Mais elle n’est pas la seule. Amélie de Montchalin y est aussi allée de son tweet « anti fakenews ».

 

Plus récemment encore, le 12 octobre, une autre député du nom d’Anne-Christine Lang, s’est insurgée et a demandé de « démasquer » le compte.

Les réactions d’internautes ne se sont pas faites attendre. Ils sont nombreux à avoir apporté leur soutien au compte parodique, qui est passé en seulement quelques heures de 500 followers à plus de 3000 suite au tweet d’Aurore Bergé. Car il semble difficile de crier aux fakenews quand, dans la biographie du compte en question, il est écrit « Découvrez ici toutes les dernières actualités de l’Elysée. Compte TRÈS parodique. »

De nombreux politiques ont déjà repris des déclarations de comptes parodiques, préférant récupérer les informations qui les arrangent plutôt que de les vérifier. Christine Boutin en étant le plus bel exemple, quand invitée sur le plateau de BFMTV en 2014, cite avec conviction un titre du Gorafi, mettant également le site parodique sur le devant de la scène médiatique. Un cap semble ici avoir été franchi. Celui de vouloir faire fermer un compte Twitter, qui se revendique très clairement de la parodie.

« J’ai trouvé ça inquiétant, que des élus de la République en appellent à stopper un compte qui ne leur plaît pas, ça peut être assimilé à de la censure, dénonce Jean. C’est une erreur de communication, qu’ils ont mise en avant, ce n’est pas très malin. » Mis d’un coup sous la lumière des projecteurs, il s’est senti un peu dépassé par les événements. « Je me suis un peu inquiété avec l’ampleur que ça a pris, des élus n’étaient vraiment pas contents. Ce sont des gens du pouvoir qui ont le bras long, je ne sais pas ce qu’ils peuvent faire. Tenter une action judiciaire ? Fermer le compte ? Je préfère rester vigilant. » Des marcheurs qui mettraient des bâtons dans les roues ?

« Tant que j’ai de l’inspiration, je continue »

Questionné sur ses sources d’inspiration, Jean répond en s’amusant que certains marcheurs font le plus gros du travail à sa place. Il raconte que certains sont connus pour ne pas être spécialement adroits. Quand une déclaration le fait réagir, il n’hésite alors pas à partager sa version parodique sur la plateforme du petit oiseau bleu. En novembre, le député Damien Adam avait dénoncé les chômeurs « qui partent en vacances aux Bahamas grâce à l’assurance chômage. » « Dans des cas comme celui-ci, le réel se rapproche de la parodie, conclut le créateur du compte. Je n’ai plus grand chose à faire ».

Depuis ces épisodes qui lui ont permis une couverture médiatique importante, Le Journal de l’Elysée est suivi par plus de 30 000 personnes. Chaque jour, de nouvelles déclarations parodiques y sont publiées, au réalisme souvent troublant, pour continuer de titiller ces élus de La République en Marche, qui voudraient bien qu’elle n’aille que dans un seul sens.

Gaspard Flamand