Migrants : Eric Valmir porte son regard sur les insulaires de Lampedusa

Lors d’un café littéraire du festival de Mouans-Sartoux, l’auteur Eric Valmir présente son dernier livre Pêcheurs d’hommes, où l’insularité de l’île italienne de Lampedusa est racontée.

« C’est une scène de guerre, avec son lot de cadavres, à terre, et de silhouettes qui slaloment entre les victimes. Les insulaires et les flics s’agitent dans tous les sens. Autant le principe d’une fourmilière obéit à une discipline, autant ici tout parait désordonné. » Ainsi résonnent les premières phrases du livre d’Eric Valmir, lues lors d’un café littéraire au festival du livre de Mouans-Sartoux. Le journaliste, dirigeant du service reportages de France Inter, est venu présenter son livre, Pêcheurs d’hommes. Un roman sur l’île de Lampedusa et les insulaires qui la peuplent.

Un hommage que porte l’auteur aux 5000 habitants de l’île, qu’il a rencontrés lors de reportages à Lampedusa. « Parmi eux, des pêcheurs, qui, dès les premières vagues de migrants, alors que personne ne les aidait, ramassaient dans leurs filets les cadavres des africains, explique Eric Valmir, et cette violence-là, personne n’en parlait. »

L’écrivain n’a pas voulu écrire un énième livre sur la thématique des migrants : « ce qui m’intéressait, dit-il, c’est l’envers. Lampedusa est connue pour être l’île aux migrants, or c’est avant tout une île avec des insulaires. »

 

330 morts cette nuit-là

 

Eric Valmir n’avait jamais pensé à écrire sur les insulaires de Lampedusa, jusqu’au fameux drame du 3 octobre 2013. Cette nuit-là, « j’étais sur l’île quand un bateau coule à quelques mètres de la terre-ferme », raconte-t-il. Le puissant témoignage de l’auteur laisse place au silence dans le public. « Vous essayez de les attraper. Le problème c’est que les embarcations et donc les corps sont recouverts de fioul. Et vous essayez d’attraper celui qui vous tend la main, mais le bras glisse. Et tout est dans le regard, quand vous essayez d’attraper la main, et que vous voyez la terreur dans les yeux, explique-t-il, et puis on n’y arrive pas, et il y a la résignation de celui qui coule, tout en vous regardant dans les yeux dans une sorte de « tant pis, merci quand même« »

330 morts cette nuit-là. « Eh bien à partir de ce moment-là j’ai dit que ça suffisait pour les insulaires de Lampedusa. », conclut Eric Valmir.

 

LENA COUFFIN