Les présidentielles algériennes, symbole d’une démocratie euthanasiée

À six mois des élections présidentielles en Algérie, la scène politique commence à s’animer. Pourtant personne ne se fait d’illusion sur le résultat d’un scrutin qui met en avant les limites évidentes d’une démocratie essoufflée.

Abdelaziz Bouteflika Algérie

Abdelaziz Bouteflika, symbole d’une Algérie qui n’avance plus (© AFP)

Depuis son accession au pouvoir en 1999, Abdelaziz Bouteflika tient les rennes de l’Algérie. Réélu en 2004, 2009 et 2014, à chaque fois avec des pourcentages écrasants, le président se présente avec un statut de grand favori pour les prochaines élections d’avril 2019.

Le Front de libération national (FLN), parti du pouvoir, a tardé à confirmer la candidature du chef de l’état à sa propre succession. Le doute s’est installé, notamment concernant les soucis de santé récurrents du président ainsi que sur sa capacité à gouverner son pays. Victime d’un grave accident cardio-vasculaire en 2013, Abdelaziz Bouteflika n’apparaît plus que très rarement en public et renvoie l’image d’un homme très diminué, plus en capacité de gouverner un état. Aujourd’hui, l’Algérie n’est plus aux mains du président, mais bien de son entourage qui, dans l’ombre, tire les ficelles.

Fin octobre, le secrétaire général du FLN, Djamel Ould Abbes a mis fin à toutes les spéculations en affirmant « que le candidat du FLN pour l’élection présidentielle de 2019 serait bien Abdelaziz Bouteflika ». Cette annonce tue le suspense et l’élection semble jouée d’avance.

Les maux de la démocratie algérienne

Avec une économie ultra-dépendante de l’exportation d’hydrocarbures et un système politique rongé par la corruption et le clientélisme, l’Algérie avance au ralenti. Après l’échec du printemps arabe, la population semble résignée face à la direction que prend le pays, en témoigne les forts taux d’abstention (taux de participation de 38,25% aux  élections législatives de 2017).

Face à un Abdelaziz Bouteflika amorphe, l’opposition traditionnelle semble impuissante. Son principal adversaire, et ancien allié au FLN, Ali Benfils ne fait plus illusion après avoir subi des revers cuisants lors des deux derniers scrutins. Aucune alternative crédible au régime actuel n’est proposé au peuple algérien.

Dans cette période de campagne électorale, certains médias tentent de faire entendre leur voix pour s’opposer à un cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika. Pour faire face, l’État a mis en place une sévère politique de répression. Depuis la fin du mois d’octobre, pas moins de cinq journalistes ont été emprisonnés, notamment pour leur opposition et leurs critiques à l’égard d’un cinquième mandat du président Bouteflika. La situation est critique dans un pays qui pointe à la 136e position du classement mondial de la liberté de la presse de Reporter sans frontières.

Les élections présidentielles semblent plus que jamais actées dans une Algérie où toute l’opposition est muselée, à la merci du régime imposé par le FLN. Le pays s’enlise et ne pourra pas éternellement se réfugier derrière les hydrocarbures pour sauver son économie. Un changement de cap est inéluctable pour l’État algérien, sans quoi le peuple pourrait commencer à se lever.

Khémiss ANTONY