Les tontons du rap sont de retour !

L’album 93 Empire, qui réunit beaucoup de rappeurs de Seine-Saint-Denis, a été l’occasion pour le groupe Suprême NTM de revenir sur le devant de la scène. Ce n’est pas un cas isolé, en ce début d’année scolaire, les anciens du rap sont de sortie. Ils s’adaptent tant bien que mal à l’évolution de leur genre musical.

Le single « Sur le drapeau », de Suprême NTM et Fianso, tutoie les sommets des charts. Cela faisait 10 ans que Joey Starr et Kool Shen, les rappeurs de Saint-Denis n’avaient pas sorti de nouveau titre en duo. Le retour du groupe phare des années 90 était réclamé par de nombreux fans et nostalgiques. Malgré leurs carrières solo dans le rap, les deux membres du groupe avaient un peu délaissé les scènes, Joey Starr préférant le grand écran et Kool Shen, le poker de haut niveau. Leur retour peut être considéré comme une adaptation réussie aux nouveautés du rap, car l’album 93 Empire auquel ils ont participé, séduit un jeune public.

 

 

Le groupe Sniper est lui aussi ressorti de l’ombre, en sortant son 5ème album début octobre, Personnalité Suspecte Vol. 1. Après 7 ans de pause, le trio n’a vendu que 4000 exemplaires de leur album, pour sa première semaine. Les membres du groupe ont fait savoir leur déception sur les réseaux sociaux, et ont annoncé la fin de leur carrière collective après leurs derniers concerts, de ce qui sera donc une tournée d’adieu. Leur projet n’a pas connu un succès retentissant, mais ils ont eu le mérite d’avoir adopté les nouvelles sonorités du rap, avec des instrumentales similaires à celles des tubes rap actuels (trap, chill, RNB). Les thématiques qu’ils abordent ont aussi évolué, autrefois très remontés contre le racisme notamment, le seul titre polémique de leur album aborde l’affaire Adama, sans pour autant dénoncer des politiciens ou appeler à la révolte. Leurs quotidiens de célébrité leur a-t-il fait oublier certains problèmes de société, qui les obsédaient auparavant ?

 

 

Rim’k, le caméléon

Le rappeur Rim’K, ancien membre du groupe 113 a diffusé son 7ème album solo en 15 ans de carrière. On l’appelle « Tonton » tant il a marqué l’histoire du rap français. Son album Mutant, résume bien son personnage : un artiste qui sait s’adapter et qui semble immortel. Rim’K contrairement à ses confrères, n’a presque jamais lâché son micro. Après avoir écrit l’histoire du rap français avec le 113 pendant les années 2000, il sort des albums et fait des tournées en solo depuis 2014. Son dernier album a connu un petit succès, en s’écoulant à 11 000 exemplaires dès la première semaine. Contrairement à ses contemporains de Sniper, Rim’K produit plutôt un « rap de soirée », qui n’a pas vocation à dénoncer des problèmes de société. Ce qui peut expliquer son adaptation réussie. Dans ses derniers albums, il signe des featurings avec de nombreux rappeurs de la nouvelle génération (Ninho, Vald, Sch, S.Pri Noir, etc.). Ces collaborations semblent être une des clés de sa fraicheur musicale. Il a aussi collaboré avec Alonzo de Psy4 de la Rime, un ancien rappeur marseillais. Il fait la passerelle entre ces deux générations bien différentes, mais qui ne sont pas irréconciliables.

 

 

Les retours discrets de certains

Les rappeurs des années 1990 n’ont pas tous fait des retours aussi tonitruants que celui de NTM. En 2017, le poète de la rue, MC Solaar a sorti un nouvel album : Géopoétique. Celui qui avait fait de la qualité de sa plume sa marque de fabrique, s’est lui aussi essayé aux nouveaux sous-genres du rap. Il a notamment fait de la trap, ce qui n’a convaincu ni ses fans qui cherchaient à écouter le MC Solaar d’avant, ni les nouveaux adeptes du rap, auprès de qui l’album est passé inaperçu. La sortie de l’album avait pourtant été relayée par des médias traditionnels, dont Le Figaro.

 

 

En plus de son projet solo, il a participé à L’âge d’or du rap français, une tournée de concerts qui réunissait plein de rappeurs des années 90. D’Ärsenik aux Sages poètes de la rue, les vétérans ne se sont pas contentés de remplir les salles, ils ont également sorti une compilation de leurs anciens tubes dans un album. Ils ont alors gardé leurs flows et leurs textes intacts. Cette tournée a fait salle comble, preuve que les amateurs de rap, à l’instar de ceux de variété, peuvent être empreints de nostalgie. Ce qui doit expliquer cette vague de come-backs dans les bacs.

Lounès El Mahouti