Comment le Brexit pourrait impacter la Premier League

Ce mercredi 14 novembre, l’Union Européenne a trouvé un accord avec le gouvernement britannique concernant le Brexit. Peu de temps après, la fédération anglaise de football a annoncé vouloir imposer des quotas de joueurs étrangers aux clubs de Premier League

Le Royaume-Uni quittera l’Union Européenne le 29 mars. Pour l’instant, impossible de savoir si la Grande-Bretagne bénéficiera d’un statut spécial concernant la circulation des flux économiques et humains. Mais selon le Times, la fédération anglaise de football (FA), a préféré anticiper la mise en place de règles strictes concernant la circulation des travailleurs étrangers en Europe. Les instances du football anglais voudraient en effet imposer des quotas de joueurs étrangers aux clubs professionnels, notamment pour privilégier les jeunes joueurs anglais évoluant en Premier League. Le Brexit pourrait donc compliquer la tache des clubs anglais en terme de recrutement.

Actuellement, un club anglais a le droit de compter 17 étrangers sur un effectif de 25 joueurs. La Football Association veut tenter de réduire ce nombre à 12 joueurs. Avec l’instauration de cette règle, les cadors du championnat – Manchester United, Manchester City, Chelsea, Tottenham et Arsenal – seraient tous au-dessus de cette limite. Ces grands noms du football européen pourraient être pénalisés par une telle mesure. En effet, le championnat anglais est, de loin, le championnat le plus dépensier sur le marché des transferts. Les clubs, qui vont devoir mettre l’accent sur la formation de jeunes joueurs anglais devront opérer un changement drastique de politique sportive.

Une opportunité pour les jeunes anglais ?

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Phil Foden (Manchester City), Marcus Rashford (Manchester United), et Jadon Sancho (Borussia Dortmund). 3 joueurs qui représentent la jeunesse dorée anglaise. Source : The Telegraph.

Point positif de cette potentielle mesure : des jeunes joueurs anglais prometteurs pourraient évoluer dans leur club formateur, et éclore (ou non) dans le futur. Il existe des centaines d’exemples de pépites anglaises formées dans les meilleurs clubs du pays, mais qui ne parviennent pas à gagner leur place parmi les titulaires. Jadon Sancho, jeune milieu de terrain anglais de 18 ans formé à Manchester City a explosé en ce début de saison. Prêté au Borussia Dortmund, il compte déjà 4 buts et 6 passes décisives en 11 matchs de Bundesliga. Élu meilleur joueur du championnat pour le mois d’octobre, ses performances de haut niveau lui ont permis d’attirer les convoitises d’autres grands clubs européens.

On peut alors penser qu’un joueur comme Jadon Sancho retournera à Manchester City à la fin de son prêt pour devenir un élément important de l’effectif, si les quotas sont mis en place. Autre grand espoir du football anglais : Phil Foden, son ancien coéquipier dans l’équipe U19 de Manchester City. Il est considéré comme l’un des plus grands espoirs du football anglais. Barré par la concurrence de grands internationaux comme Kevin De Bruyne, David Silva ou Ilkay Gundogan, Phil Foden doit se contenter d’un temps de jeu très faible. Une législation plus stricte sur le recrutement de joueurs étrangers pourrait donc profiter à ce type de jeunes joueurs.

Une mesure qui fait débat

L’idée d’une mise en place de restrictions du nombre de joueurs étrangers dans les clubs de Premier League fait déjà grincer des dents. Les effets du Brexit pourraient être néfastes pour le championnat anglais, considéré comme le meilleur du monde. Pour certains observateurs, ces « quotas post-Brexit » pourraient pénaliser les grands clubs anglais par rapport à la concurrence européenne, notamment en Ligue des Champions. En réalité, les autres grands championnats européens comme l’Espagne ou l’Italie fixent un nombre d’étrangers extra-communautaires par effectif à 3 joueurs, ce qui est bien inférieur aux limites imposées par la FA. (Un joueur est considéré comme extra-communautaire s’il n’est pas ressortissant de l’Union Européenne ou d’un pays de l’EEE (UE + Islande, Liechtenstein, Norvège, Suisse).

De plus, pour abaisser la limite des joueurs étrangers, la fédération anglaise se doit de revoir les modalités d’attributions des visas et des permis de travail. En effet, actuellement, un joueur né hors Union Européenne doit respecter un certains nombres de critères pour pouvoir évoluer dans le championnat anglais. Le joueur doit avoir participé à au moins 75% des matches avec sa sélection nationale en deux ans, et celle-ci doit figurer parmi les 50 meilleures nations au classement FIFA. La situation deviendrait alors critique pour les clubs anglais qui verraient leurs politiques de recrutement totalement chamboulées. Autre point de débat de cette potentielle mesure : selon les nouveaux critères proposés par la FA, un joueur pourra être considéré comme « anglais » si il a passé au moins 3 ans dans un club anglais ou gallois entre 16 et 21 ans.

 

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Romelu Lukaku et Paul Pogba, deux joueurs formés en Angleterre qui ne seront plus considérés comme étrangers. Source : TheSportsman

Avec ce système, les internationaux français et belges évoluant à Manchester United, Paul Pogba et Romelu Lukaku seraient considérés comme « anglais ». En effet, le français a été formé à Manchester United, alors que le belge a évolué dans les équipes de jeunes à Chelsea, à partir de ses 18 ans. Une situation paradoxale, alors que l’international anglais Eric Dier, milieu de terrain de Tottenham, sera considéré comme étranger, ayant été formé au Sporting Portugal. De plus, selon le Times, avec les effectifs actuels, seuls 3 clubs seraient réellement impactés par ces mesures : Watford, Manchester United et Manchester City. Ce qui pousse les clubs de Premier League à refuser massivement la mise en place des quotas « post-Brexit ». Glyn Evans, directeur des opérations du Watford Football Club, habitué à avoir un nombre d’extra-communautaires important, rejette la proposition de la FA : « Nous voulons maintenir le statu quo, nous voulons que les règles (sur les joueurs étrangers) restent inchangées ».

Avec une opposition affichée des clubs professionnels, la FA aura certainement du mal à imposer ses quotas, et va entrer dans une période de « transition » jusqu’à 2020.

 

Arno Tarrini