Les salles Mélanie : savoir écouter les enfants

Accompagner dans les meilleures conditions possibles les enfants victimes de violences sexuelles, c’est l’objectif des « Salles Mélanie ». 16 ont déjà inaugurées sur tout le territoire, la dernière en date à Libourne, en Gironde.

Placer l’enfant dans les meilleures conditions pour pouvoir parler de ce qu’il a subi, c’est ce pourquoi ont été crées ces salles spécialisées. Avant, l’audition des enfants victimes de violences sexuelles se faisait dans un bureau, tout ce qu’il y a de plus classique, face à une webcam. Une situation qui ne mettait pas l’enfant en confiance, qui l’empêchait même de parler. « Il y a quelques années, j’ai accompagné un enfant de 7 ans qui avait subi des violences sexuelles à la gendarmerie,raconte Annie Gourgue, présidente-fondatrice de l’association « La Mouette ». Les conditions étaient très mauvaises, il s’est retrouvé sur un fauteuil, dans le bureau de l’assistante sociale. Il n’a pas dit un mot.» C’est à ce moment qu’Annie réalise qu’il faut faire quelque-chose, que l’on ne peut pas laisser les choses telles quelles. L’idée de la salle Mélanie est née. Mélanie, car c’est le prénom de la première petite fille qui leur a donné le sentiment qu’il fallait faire bouger les choses.

La présidente de l’association explique l’histoire et le fonctionnement de cette salle. « En avril 2017, deux femmes gendarme [de Libourne] ont interpellé l’association après avoir entendu parler de ces salles dans la presse. Elles m’ont fait part de leur souhait de travailler avec nous sur ce projet.» Sept mois plus tard, en novembre, le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb venait visiter la salle Mélanie, opérationnelle depuis une semaine.

Chaque détail à son importance

« C’est en fait une salle d’accueil avec des meubles adaptés, ajoute Annie Gourgue. La plupart du temps, l’enfant va être entendu près d’une heure, il peut alors se lever et se balader.» Sur le haut d’une étagère, on distingue une petite caméra, qu’il va vite oublier. C’est elle qui filme l’audition. Dans la salle d’à côté, les gendarmes peuvent écouter et regarder la discussion sans avoir à intervenir, sans la perturber.

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Grâce à une petite caméra en haut d’une étagère, les gendarmes vont pouvoir écouter l’enfant dans une pièce à côté, sans avoir à intervenir, et sans le perturber. (© Gaspard Flamand)

Dans ces salles, chaque détail à son importance. Il y a un canapé où l’enfant peut aller s’asseoir ou s’allonger pour changer de position ; une table transparente (pour pouvoir observer les gestes que l’enfant fait avec ses mains, et qui donnent de précieuses indications) ; et même des jouets. Au fond de la salle, il y a une maison de poupée. Elle peut aider les enfants à montrer des pièces, expliquer des situations qui se sont passées dans une maison. Un puzzle est également à leur disposition. Il représente un petit garçon ou une petite fille, où il peut retirer les vêtements et montrer des parties du corps. En cas de victime d’agression sexuelle, il peut préférer montrer plutôt que de raconter ce qu’il a vécu. « Redire, c’est revivre ». Il faut donc tout mettre en œuvre pour que ce soit le moins difficile possible.

« Si l’enfant est reconnu victime, il peut se reconstruire, conclut la présidente de l’association lors de son discours. L’enfance est notre avenir, et celui de l’humanité. »

 

Gaspard Flamand