Le pouvoir diplomatique du panda

Le 15 janvier 2012, la Chine décide de prêter deux pandas géants à la France, Huan Huan et Yuan Zi. En 2017, la famille est agrandi avec la naissance de Yuan Meng. Ce geste est signe d’amitié et de respect entre les deux nations, suite à un accord commercial entre la Chine et la France de 20 milliards d’euros concernant la fourniture du pays en uranium. Retour sur le pouvoir diplomatique du panda.

Se voir accorder un panda, espèce en voie de disparition, est signe d’amitié et de respect de la Chine envers une nation, et ce, depuis la nuit des temps. Sous la dynastie Tang qui a eu lieu entre 618 et 907, le panda avait déjà un pouvoir diplomatique énorme. Un panda, ou plus généralement un couple de pandas, était offert, et il était inconcevable de refuser ce présent, si précieux. Seul Taïwan en 2005 avait refusé le prêt de pandas. Au VIIème siècle, les empereurs chinois se servaient de cette pratique pour sceller un accord de paix ou de relations en tous genres avec des pays voisins ou étrangers. L’impératrice Wu Zetian fut l’une des premières à accorder un panda à un pays voisin, et l’avait donné à l’Empire japonais. Depuis, cette tradition perdure dans le temps et est devenue un moyen d’étendre le « soft power » chinois. En 1984, la pratique est interdite, grâce aux mouvements d’écologistes, à cause de la menace pesante de la disparition des pandas géants. Depuis la création de la République Populaire de Chine, la tradition revient au goût du jour, remastérisé, et le terme « diplomatie du panda » voit le jour. Aujourd’hui, le don de panda s’est transformé en un prêt à long terme, entre 10 et 15 ans.

Un prêt sous haute sécurité et haute responsabilité
De part le caractère symbolique du panda, et sa qualité d’espèce en voie de disparition, les autorités chinoises sont très précautionneuses quant à la sécurité et la santé du panda. Quand un prêt est accordé, le couple de pandas est alors mis dans un avion privé, direction le zoo qui va l’accueillir. L’avion est digne des plus haut chefs d’états. Ils arrivent dans un zoo avec des installations ultra-modernes, qui permettent le bien-être de l’animal, mais également, une visibilité parfaite des visiteurs de l’ursidé comme l’explique Anne Dubois*, ancienne soigneuse de Beauval : « Chaque panda a un enclos a lui tout seul à l’extérieur et à l’intérieur, car ce sont des animaux solitaires. Ils peuvent se déplacer librement entre les enclos qui leurs sont destinés. A l’extérieur, on essaye de créer des cascades et des ruisseaux naturels, pour reproduire leur milieu naturel. On a également mis en place un effet de brume, qui s’active plusieurs fois dans la journée est permet de les rafraîchir ». Tout doit être mis en place pour que le panda se sente dans leur milieu naturel. Sa surveillance se doit d’être continue. « Niveau sécurité, le zoo a mis des caméras de partout dans les enclos, extérieurs et intérieurs. Il y a toujours les soigneurs qui sont sur place, et la nuit, il y a des rondes en voiture de nuit », comme l’explique Anne Dubois.

Le précieux bébé panda

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Yuan Meng, un mois après sa naissance. (Crédit Photo : Gwenaelle Souyri)

En 2017, la mise à bas de Huan Huan, le panda du zoo de Beauval, a été un des plus gros faits du zoo. Enceinte de deux bébés, une équipe de soigneurs chinois et français se sont aidés pour cette mise à bas extrêmement dangereuse. Malheureusement, un des deux petits n’a pas survécu. La tristesse avait parcouru le corps médical du zoo après la perte du petit. Toutefois, avec l’arrivée du nouveau panda, tout a été mis en œuvre pour que rien ne lui arrive : « Quand Yuan Meng est né, il est resté quasiment 1 mois, 1 mois et demi en couveuse. Il était mis avec sa mère quelques fois dans la journée pour téter et que la mère s’habitue à lui. Deux soigneuses chinoises sont restées trois mois à nos côtés. On évite également tous risques d’accidents dans l’enclos. On a mis des rampes, enlever des rochers. Quand il a eu accès à l’extérieur, il a été accompagné par sa soigneuse ». Ce fut d’autant plus dommageable que la mort d’un panda peut avoir de lourdes conséquences.

Un moyen de pression
Le panda est sacré en Chine, et ce, depuis bien des siècles. Alors, si un des animaux prêtés à un pays décède, cela pourrait avoir des conséquences qu’il ne faudra pas négliger. Le pays qui aurait eu la garde du panda se verrait sanctionner d’une amende pouvant aller jusqu’à 500 000 €. Mais ce qui est le plus risqué, c’est de fragiliser l’entente entre les deux pays. La perte d’un de ces ursidés peut créer un climat de tension entre la Chine et le pays bénéficiaires, encore plus si les deux pays avaient déjà une relation friables. La confiance et l’amitié se transforment alors en méfiance et en suspicion. Pour exemple, en 1973, la France accueille un couple de pandas durant le mandat du président de l’époque, Georges Pompidou qui lui ont été offerts en cadeau, et non pas en prêt. Le dernier des deux, Yen Yen, meurt en 2000 au zoo de Vincennes. Heureusement pour les deux pays, les relations internationales n’en furent pas impactées.

La France et les pandas
Même si cette expérience est une réussite, la France aurait pu ne pas obtenir Huan Huan et Yuan Zi, pourtant dans les tuyaux depuis un moment, à cause de certaines paroles de Nicolas Sarkozy. Débutées en 2006, les négociations avaient été perturbées par une rencontre entre Carla Bruni et le dalaï-lama en 2008 ainsi que les critiques de l’ancien président sur la répression chinoise sur le Tibet. La Chine avait alors fait tarder l’accord du prêt, à cause du climat de tension entre les deux nations. L’arrivée de Yuan Meng en 2017 a égayé les autorités chinoises, mais aussi les françaises. Brigitte Macron en est d’ailleurs devenue la marraine. Mais tout cela a un coût. La « location » de pandas a coûté 750 000€ à la France, pour une durée de dix ans. Déjà six ans que les pandas ont rejoint la France, et aujourd’hui, ils vivent des jours paisibles au zoo de Beauval.

* : Le prénom a été modifié pour permettre l’anonymat de la personne.

Le pouvoir diplomatique du panda

Gwenaëlle Souyri
Yeelen Tanche