Hong Kong, une terre chinoise ?

Avec son statut de Région Administrative Spéciale (RAS), Hong Kong jouit de libertés exclusives pour un territoire chinois. Néanmoins, le pouvoir de Pékin semble imposer ses idées depuis quelques années. Et pour cause, en 2047, Hong Kong perdra son statut de RAS et deviendra un territoire chinois à part entière.

Historiquement, Hong Kong a été un territoire chinois avant même qu’un certain Jésus Christ voit le jour. Mais sous la dynastie de l’empire de Qin, le territoire d’Hong Kong a toujours été écarté des affaires chinoises. Si bien qu’au 16ème siècle, ce sont les Portuguais qui ont imposé leur influence sur cette péninsule du sud de la Chine. Les marchands lusitaniens avaient trouvé un grand intérêt dans ce port à la localisation stratégique. Deux cents ans plus tard, ce sont les anglais qui avaient repéré le potentiel de ce territoire. Arrivé pour combattre dans la guerre de l’opium, le royaume britannique   s’était à son tour installé sur ce port. Après sa victoire dans le conflit, la Chine a cédé Hong Kong aux Anglais. Un pacte est signé 1898 : Hong Kong sera une colonie britannique pendant 99 ans.

Au cours de ce siècle, la couronne anglaise va développer une véritable puissance, profitant d’une situation géographique toujours très appréciée. Une puissance industrielle est très vite née, notamment dans le textile et dans la conception de lumières. Dans les années 1980, Hong Kong devient un centre financier d’envergure mondiale et intègre le top 10 des puissances économiques mondiales. Devenu l’un des territoires les plus libertaires du monde, Hong Kong voit cependant la date de 1997 arriver à grands pas. Une année qui correspond à la fin de l’hégémonie anglaise sur Hong Kong. Le 1er juillet 1997, Hong Kong est de nouveau un territoire chinois.

Un statut spécifique

Désormais, et pour 50 ans, Hong Kong est une Région Administrative Spéciale de la République populaire de Chine. Grâce à ce statut, le territoire peut jouir de grandes libertés avec le concept « Un pays, deux pouvoirs », instauré par Deng Xiaoping. Ce système permet à Hong Kong d’avoir ses propres lois, son propre système juridique et une économie libre. Seules les relations diplomatiques et la question de la défense ne regardent pas le gouvernement Hongkongais. La péninsule a son propre système exécutif et législatif, élu par des élections au suffrage universel. En 2017, c’est Carrie Lam qui avait été élue à la tête de l’exécutif Hongkongais. C’est grâce à cette indépendance qu’Hong Kong a pu garder son identité culturelle et économique.

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Rencontre entre Carrie Lam et Xi Jinping. AFP

Si bien que sur les sept millions d’habitants que totalise le territoire asiatique, il y a beaucoup d’expatriés étrangers. Ces derniers travaillent notamment dans les nombreuses multinationales que compte Hong Kong. L’anglais et le cantonais sont les langues officielles de la région, elles permettent une ouverture supplémentaire vers le monde. Puisque Hong Kong jouit toujours d’une situation géographique très avantageuse. Un atout que Pékin aimerait bien acquérir rapidement. Cependant, Hong Kong restera une RAS jusqu’en 2047, comme le stipule la déclaration sino-chinoise qui avait été signée lors de la cession d’Hong Kong par les Britanniques.

L’intrusion progressive de la Chine

Depuis quelques mois maintenant, le pouvoir chinois s’intéresse de plus en plus au territoire Hongkongais. Quelques agissements peuvent même faire penser à une intrusion dans les affaires de la péninsule. A 20 ans de la fin de l’accord sino-chinois de 1997, Xi Jinping et son gouvernement débutent des projets d’envergures, qui rendront la Chine encore plus grande.

Le 24 octobre 2018, le président chinois a inauguré le pont le plus grand du monde. Près de 55 kilomètres de route, entre ponts, tunnels sous-marins et îlots artificiels. Cette conception historique reliera la Zhuhai en Chine à Macau puis Hong Kong. Cette prouesse architecturale de 19 milliards de dollars a pour but d’être un lien entre les deux RAS (Macau est la deuxième RAS) et le territoire Chinois. A long terme, Pékin souhaite créer l’équivalent de la Silicon Valley en Chine. La « Big Bay Area » comporterait alors onze villes, dont Hong Kong. Ce pont facilitera grandement l’instauration de cette mégalopole, avec une circulation facilitée des humains et des marchandises.

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Le plus grand pont du monde relie la Chine à Macao et Hong-Kong. AFP

Quelques mois plus tôt, début 2018, c’est une gare et une nouvelle ligne de trains qui ont été inaugurées par la Chine. Là aussi, l’objectif est de relier Hong Kong à la Chine. La nouvelle voie rapide est donc un catalyseur entre le quartier de Kowloon et 38 métropoles chinoises, dont Pékin. Avec cette infrastructure, la Chine a pu louer une petite parcelle du territoire Hongkongais. Pour rejoindre la gare, et donc prendre un train, les Hongkongais rentrent sur le territoire chinois. Ils doivent ainsi se plier à toutes les restrictions de la loi chinoise. Un véritable Cheval de Troie instauré par le pouvoir de Pékin.

A glimpse into Hong Kong West Kowloon Station

La gare de Kowloon est situé dans une zone sous contrôle chinois. AFP

La Chine tente aussi d’intégrer le cœur de la société d’Hong Kong. Beaucoup de voyages vers la péninsule sont proposés aux chinois, qui sont de plus en plus nombreux à y aller. De plus, des statistiques ont prouvé que les entreprises recrutent de plus en plus de profils parlant le mandarin.

Une pression politique

Le gouvernement de Xi Jinping tente également d’imposer ses idéaux sur la société hongkongaise. Les scandales politiques sont de plus en plus fréquents sur la péninsule. Le premier en date avait même fait le tour du monde des journaux d’information. En août 2014, les autorités chinoises annoncent que les candidats à la tête de l’exécutif, pour les élections 2017, seraient sélectionnés par un comité de 1200 personnes. Fini le vote du peuple. Et pourtant, c’est bien la population qui va réussir à interrompre ce projet anti-démocratie. De septembre jusqu’à décembre 2014, de violentes manifestations vont avoir lieu. Ces quatre mois de conflits sociaux seront nommés la Révolution des parapluies. Un nom tiré des objets que le peuple utilisait pour se protéger des gaz lacrymogènes de la police chinoise. Une image qui restera gravée, tout comme le résultat de ce mouvement social. Finalement, c’est bien le suffrage universel qui sera instauré pour ces fameuses élections de 2017. Une première à Hong Kong.

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Les parapluies, face aux forces de l’ordre en 2014. AFP

Mais cette victoire du peuple n’a pas freiné le régime chinois. Lors des élections législatives de 2016, Pékin a banni six hommes politiques dont Chan Ho-Tin, le président du tout nouveau Parti National d’Hong Kong (HKNP). Une formation politique qui souhaite l’indépendance du territoire. Une décision qui a été suivie par un autre événement allant à l’encontre d’activistes pro-indépendance. Le 24 septembre 2018, le HKNP a été décrété par Pékin comme une organisation illégale. Mais les politiques ne sont pas les seules cibles du pouvoir chinois. En 2015, le journaliste du Financial Times, Victor Mallet, s’était vu supprimer son visa. La cause, il avait animé un médiocre débat avec des indépendantistes.

La liberté de la société, mais aussi de la presse, est de plus en plus mise en cause à Hong Kong. Et ce, à cause du fait que le grand frère chinois veille prudemment sur la péninsule. Les dernières infrastructures construites vont dans le sens d’une Chine qui devient un peu plus présente à Hong Kong. Pourtant, le territoire ne sera entièrement chinois que dans 19 ans…

Bastien Blandin