Les gilets rient jaune au Cannet

L’acte IV des rassemblements des gilets jaunes ne s’est pas déroulé partout dans le calme. De nouvelles scènes de violences ont éclatées dans la capitale, mais aussi en Province. Au Cannet, on salue l’ambiance joviale de la manifestation.

«Le peuple de France se lève », voici le message inscrit sur une pancarte qui s’élève au milieu de la mobilisation des gilets jaunes, installé sur un rond-point au Cannet, Le samedi 8 décembre. L’acte VI s’est déroulé dans le calme. Une ambiance bonne enfants même, les forces de l’ordre échangent avec les manifestants. Des abris ont été érigés, afin de se relayer jour et nuit, les feux de bois illuminent le campement à la nuit tombée. Les gilets jaunes organisent aussi des tours de rond-point, « les gendarmes nous laissent faire », explique Yves, retraité venu manifester.  « On ne bloque pas la route, on ralentit », lance un manifestant, « gilets jaunes mais pas casseurs », peut-on lire sur une banderole. On est loin des images de guérilla urbaine observées à Paris. Ici, on se rassemble, on veut « vire et pas survivre ». Le sentiment anti-gouvernement, illustré par « papa Hollande et maman Sarkozy vous présente leur bébé le petit Macron », scandé au mégaphone, et la perte de pouvoir d’achat face aux mesures budgétaires sont les motifs mis en exergue par les gilets jaunes. « Comme la planète, on se meurt », c’est aussi un message important que veulent transmettre les manifestants. La transition énergétique oui, mais pas au détriment du social : « Écologie oui, arnaques non ».

« Macron se fout de la gueule du peuple »

On croise des personnes aux revenus faibles, des retraités, des personnes venues en famille. Irfan, lui, a décidé de prendre sur son temps de travail, quitte à perdre de l’argent, pour venir manifester ce samedi. Selon lui, tout le monde se reconnaît dans le mouvement et a sa propre histoire. Lorsqu’on lui demande pourquoi il est ici, il se montre virulent : « Macron se fout de la gueule du peuple, c’est tout ! » Pour le paysagiste de 50 ans, les violences dans les grandes villes sont justifiées, « c’est normal qu’ils se défendent, on leur tire dessus ! En 68 aussi il y avait des casseurs, il en faut. On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs », ironise-t-il.

Yves est mobilisé depuis le premier rassemblement, le samedi 17 novembre. « On se battra jusqu’au bout, il faut qu’on obtienne des avancées sociales ». Son pouvoir d’achat a été amputé part la hausse de la CSG [Contribution Sociale Généralisée], « on me prend 37 euros par mois depuis janvier ». Mais il ne s’accroche pas uniquement à son porte-monnaie, il souhaite « défendre les actifs ».

Les retraités au front

Depuis l’Acte I, Marc ne rate aucun rendez-vous, lui aussi retraité est là tous les samedis et dimanches depuis le début de la mobilisation. Le reste de la semaine, il doit s’occuper de ses petits-enfants, à qui il aimerait bien pouvoir acheter des cadeaux. « On me prend 42 euros sur ma pension, avec ça, je pourrais leur faire plaisir… », confie-t-il.  Marc met le gouvernement face à ses contradictions : « L’État nous dit de mettre de l’argent dans les commerces mais il nous le retire. Je ne comprends pas ». Il n’arrêtera pas le combat, comme la plupart de ses camarades, tant qu’ils n’obtiendront pas gain de cause, « jusqu’à la fin avec mes copains, jusqu’à temps qu’ils me rendent l’argent qu’ils m’ont volé. On n’est pas là pour casser mais pour manifester notre mécontentement », résume-t-il.

Guillaume Laclotre

Ana Michelot