[FIPADOC] Daraya, la bibliothèque sous les bombes

Diffusé au FIPADOC de Biarritz, le documentaire « Daraya, la bibliothèque sous les bombes » de Delphine Minoui et Bruno Joucla, retrace le parcours d’un groupe de jeunes activistes dans leur ville frappée par les bombardements quotidiens du régime syrien.

À Daraya, dans les ruines d’une ville qui subissait les bombardements violents du régime de Bachar Al Assad depuis la révolution de 2011, une quarantaine de jeunes syriens ont découvert une bibliothèque, dont les murs avaient été partiellement détruits. Seuls les livres, et le savoir qu’ils contiennent ont été épargnés. Ils décident alors de récupérer les livres les moins endommagés, pour créer leur propre bibliothèque clandestine au sous-sol d’un bâtiment abandonné. Une idée qui paraît insensée, dans un pays en pleine guerre civile, mais qui a eu un impact particulier sur ce groupe de jeunes. Ce documentaire raconte leur histoire.

Cette histoire bouleversante est transmise à travers le regard de Shadi, cameraman amateur, qui raconte les années les plus dures de sa vie dans sa ville natale, Daraya. Placé au centre du récit avec une narration à la première personne, il est à l’initiative du projet de la bibliothèque clandestine et nous plonge dans son quotidien. Après avoir récolté 15 000 livres en moins d’un mois dans des bibliothèques et des écoles abandonnées, Shadi et son groupe d’activistes ont fait de leur bibliothèque souterraine un sanctuaire pour les jeunes syriens. Le lieu est rapidement devenu un refuge pour ces rebelles, qui oscillaient entre combats armés et séances de lecture collectives. Mais alors que les bombardements s’intensifiaient, ils ont été contraints à l’exil, emportant avec eux ce qu’ils avaient de plus cher, leur famille et leurs livres. Le projet a pris fin, et la bibliothèque a été pillée, puis détruite. Daraya est aujourd’hui une ville fantôme. Shadi et ses amis ne la reverront plus jamais. Leurs livres, c’est tout ce qui leur reste de leur pays. Shadi passe maintenant la plupart de son temps dans son nouvel endroit préféré : la grande bibliothèque d’Istanbul.

Des jeunes syriens lisent dans la bibliothèque clandestine de Daraya. 
Crédit Photo : Fadi Dirani

« La force de la culture, face à la culture de la force »

L’histoire des jeunes de Daraya nous ramène aux enjeux du monde contemporain. Notamment par l’importance de l’éducation et des contre-cultures, dans les soulèvements populaires en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Parmi les livres récoltés dans les ruines de Daraya, beaucoup d’ouvrages étaient alors interdits en Syrie. On y retrouve des livres de sciences politiques et de philosophie, écrits par des auteurs arabes et occidentaux. Shadi qualifie le livre d’« arme d’instruction massive », face aux bombardements, à la guerre et à un avenir plus qu’incertain. Soumis à une triple menace constante de la part du gouvernement de Bachar Al Assad, de l’armée russe, et de l’état islamique, les jeunes de Daraya ont trouvé refuge dans les livres. Une manière d’introduire peu à peu la démocratie dans un pays en guerre depuis le printemps arabe. Maintenant en exil en Turquie, Shadi et ses amis continuent de chanter pour la révolution : « Nous avons la liberté, malgré toi Bachar […] notre révolution était pacifique, les barbus et les salafistes nous l’ont volée».

Arno Tarrini