[Le Phoenix] Pourquoi le végétarisme et le véganisme séduisent de plus en plus

Les régimes à base de plantes (végétarisme, végétalisme, véganisme) connaissent une popularité grandissante depuis le début des années 2010. (Photo : Max Pixel.)

Vegan. Le mot ne vous aurait peut-être rien évoqué il y a quelques années. Il est aujourd’hui de plus en plus difficile de passer à côté. Pour des raisons d’éthique, de santé, et même d’écologie, les régimes à base de plante font de plus en plus d’adeptes dans les pays occidentaux.

C’est un mode de vie qui n’a rien de nouveau : la première Vegan Society voyait le jour en 1944 au Royaume-Uni. Pourtant, l’intérêt est plus grand que jamais dans les années 2010. L’association végétarienne de France a vu son nombre d’adhérents multiplié par dix de 2008 à 2016, passant de 500 à 5000. De plus en plus de restaurants proposent aujourd’hui des plats végétariens voire végétaliens, et les rayons « vegan » se développent dans les supermarchés. Le mot « véganisme » est même entré dans le dictionnaire français en 2013. Au-delà même de l’alimentation, celui-ci désigne un mode de vie excluant la consommation de produits animaux ou testés sur eux, y compris dans le textile, les cosmétiques, ou encore les divertissements tels que les cirques ou parcs aquatiques.


Si ces régimes séduisent une population grandissante, c’est que les arguments en leur faveur sont multiples. Celui de la cause animale est celui qui revient le plus souvent. Régulièrement, des vidéos dénonçant les conditions des abattoirs deviennent virales sur les réseaux sociaux. Autre argument actuel, et de poids : celui de l’écologie. Selon diverses études, citées par des organisations pro-vegan comme L214 et Cowspiracy, l’élevage de bétail serait la deuxième source d’émission de CO2, gaz à effet de serre, devant toutes les industries du transport combinées. La production d’un kilogramme de bœuf nécessiterait environ 15 000 litres d’eau, et émettrait 50 à 80 fois plus de gaz à effet de serre que la production d’un kilo de blé par exemple. D’après le site veganimpact.com, un menu végétalien aurait consommé 70% d’eau de moins qu’un menu dit classique. Des enjeux humanitaires en découlent : la quantité de céréales utilisée pour nourrir un seul bœuf serait équivalente à 18 000 repas – sa viande à 1500 repas. Ce sont autant de chiffres qui sont mis en avant par les organisations militantes, et qui donnent crédibilité au mouvement, à l’ère où l’écologie est devenue une préoccupation majeure.


L’éthique et l’écologie ne sont pas les seules raisons du succès du végétarisme et du véganisme. Une grande partie de la population se laissant séduire par une alimentation plus végétale le fait pour des raisons de santé. En 2015, l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), classait la viande rouge et la charcuterie comme cancérogènes. La mode des régimes végétaux est favorisée par des études comme celle-ci, qui font émerger un contexte de méfiance vis-à-vis de la consommation de viande, ou même de produits laitiers.


Une forme d’« anti-propagande »


Ruby Roth est une professeure d’art américaine, vegan depuis 2003. Lorsque ses élèves de primaire, curieux, lui demandent pourquoi elle ne boit pas de lait, elle ne trouve pas de livre pour enfants qui ne masque pas la réalité. Inspirée, elle écrit et illustre son premier livre pour enfants, « Ne nous mangez pas », en 2009, les sensibilisant et leur expliquant la cause. Elle en a depuis écrit trois autres, y compris un livre de cuisine pour enfants. Ils sont traduits en de nombreuses langues, dont le français. Ses livres sont les premiers de ce genre à s’adresser aux enfants, à présenter « une vue honnête » des faits, selon Ruby Roth. Elle assure que les enfants n’ont jamais été effrayés par le contenu de ses livres, se montrant au contraire curieux et intéressés. Ruby Roth définit ses livres comme « anti-propagande » : « les enfants ne peuvent pas faire de choix s’ils ne savent pas qu’ils en ont. »

Iman Taouil