février 12

Fusillade en Corse : un habitant poursuit ses voisins

Une fusillade a éclaté, mercredi 30 janvier, dans le quartier Montesoro à Bastia. Elle a fait deux morts et cinq blessés.

Des impacts de balles sur un mur de l’immeuble. ©Christian Giugliano / FTVIASTELLA / France 3 Régions

Des impacts de partout. C’est l’état de l’immeuble dans lequel s’est déroulée l’attaque. Les projectiles ont tout traversés : les portes, les vitres… L’auteur de ce massacre, Joseph Orsoni, habitait l’immeuble et a pris ses voisins pour cibles. Les habitants se sont réfugiés dans leurs appartements, dans l’attente des secours.

Un différend entre voisins qui dure

« Il semblerait que le chien de M. Orsoni ait mordu la compagne d’un voisin », a déclaré la procureure de la République de Bastia, Caroline Tharot. Le forcené aurait un différend avec ce voisin depuis 5 ou 6 ans. Ce serait, pour cette raison, qu’il aurait pris une arme blanche et s’en serait alors pris au voisin puis à son amie. Il avait d’abord un cutter, puis serait aller chercher des fusils dans sa voiture. Il a ensuite traqué ses voisins, en a épargné certains. De nombreux coups de fusils ont été tirés. La fusillade a commencé aux alentours de 16 heures et s’est terminée en fin de soirée. « Il a tenté de tirer sur une dizaine de personnes en tout », a ajouté la procureure. L’assaillant a tué une personne, le gardien de l’immeuble. Cinq autres personnes ont été blessés, dont un policier, et le voisin avec qui Joseph Orsoni avait un différend. Le forcené s’est donné la mort à la suite de ses actes, en se tirant une balle dans la tête. Ce massacre est, donc, simplement basé sur une histoire entre voisins, pour un animal domestique, qui durait depuis plusieurs années.

Un homme jugé « bizarre »

L’assaillant était déjà connu des services de police. Il avait été condamné deux fois pour violences volontaires avec arme. Ludovic, fils d’une des victimes, assure avoir signalé Joseph Orsoni : « Ça fait un an qu’on se plaint de lui parce qu’il avait frappé sa femme en 2012. Il avait pris sa femme à coup de nerf de bœuf. Il a été incarcéré à Borgo puis relâché et il est revenu dans l’immeuble. Pour Noël il avait sorti le fusil et avait tiré en l’air à côté du camion de pizzas. On avait signalé qu’il était dangereux. On est allé à la mairie, à la maison des services publics, aux HLM, se plaindre. Ils n’ont jamais rien fait». Les habitants parlent de l’auteur du crime comme un homme solitaire et taciturne : « On ne pouvait pas avoir une conversation avec lui parce qu’il était un peu bizarre », livre un homme. 

Des témoignages effrayants

Des couples, des familles, des collègues. De nombreuses personnes se sont retrouvées confinées dans l’enceinte du bâtiment. « Je suis venu avec Carole, une collègue, dans ce bâtiment, pour installer la fibre. Alors que nous étions en train de travailler, ma collègue qui se situait à l’intérieur s’est retrouvée au milieu de la fusillade. J’ai entendu plusieurs coups de feu retentir et un cri. Carole n’a pas pu s’échapper, elle est restée dans l’immeuble… », raconte Gabriel, un technicien pour la société Orange. Pierre Masternack, un employé de l’Office Public de HLM avait été appelé en raison d’un problème dans le bâtiment. Il témoigne : « Arrivé sur le parking j’ai entendu des détonations. J’ai trouvé des cartouches à l’entrée du bâtiment. Je suis rentré dans le bâtiment, j’ai vu des traces de sang dans le hall d’entrée. J’ai appelé mon collègue qui était à l’étage. Il est descendu. On a regardé les traces pour savoir jusqu’où elles menaient. C’est là qu’un monsieur est arrivé derrière nous avec un fusil. Il nous a mis en joue. Il m’a raté, il a eu mon collègue à la jambe. J’ai réussi à le traîner jusqu’à la sortie. Le monsieur nous a poursuivis, a continué à nous tirer dessus. Mon collègue s’est réfugié derrière une voiture. Moi je suis parti de mon côté ». Les habitants se sont retrouvés le jeudi 31 janvier au matin, pour se recueillir, et surtout pour parler de la terreur qu’ils ont vécue.

Une enquête en cours

Les forces de l’ordre sont intervenues dès la fin de l’après-midi. Le RAID est aussi venu sur place. L’intervention a duré tard dans la soirée, jusqu’à ce que le corps du forcené soit retrouvé sans vie. Une enquête judiciaire a été ouverte, mais les pistes terroristes et du banditisme ont déjà été écartées. Les recherches doivent maintenant démontrer la chronologie des faits et en comprendre les mobiles. Les familles des victimes ont besoin d’explications pour « savoir l’antériorité de la situation de cette personne, et comment cette personne a pu passer à l’acte », comme le souligne maître Julien Pinelli. La famille du gardien veut, elle, savoir si un tel acte n’aurait pas pu être évité. L’enquête révèlera, aussi, si les témoignages portés contre Joseph Orsoni, ont bien été pris en compte ou non. L’origine de ce massacre, qui serait un différend entre voisin, n’a pas été plus expliqué.

Lauryne GUIGNARD