Cinq raisons de sauver « L’Humanité »

Le journal l’Humanité n’est pas en bonne santé financière. Placé en redressement judiciaire le jeudi 7 février, le quotidien communiste essaie de sortir la tête de l’eau. Des personnalités politiques, mais aussi des artistes et des intellectuels, pas forcément de gauche, lui ont apporté leur soutien. « L’Huma » est menacé : cinq bonnes raisons de sauver ce journal.

1. Parce que c’est un journal historique…

Il y a 115 ans, en 1904, Jean Jaurès fondait « L’Humanité ». Dirigeant socialiste et figure de la politique française, le journal revendique toujours ses origines en mentionnant chaque jour depuis 1999 sur leur Une « Journal fondé par Jean Jaurès ». Malgré son assassinat dix ans plus tard, la censure pendant la Seconde guerre mondiale et une diffusion en baisse, le quotidien a su s’imposer comme un journal de référence dans le paysage médiatique français, toujours en gardant un positionnement politique fort.

2. …qui permet de donner une voix à un courant de pensée peu représenté

Le journal l’Humanité est aussi et surtout un journal d’opinion, et ne s’en est jamais caché. Il revendique son attachement à de nombreuses causes et luttes, pour plus d’égalité et de justice sociale. Dès sa création, sa ligne est socialiste. Jean Jaurès y voyait d’ailleurs le moyen d’unifier le mouvement socialiste français, mais aussi de lutter contre le capitalisme. C’est en 1920 que la ligne politique change. Une majorité des membres de la SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière) votent l’adhésion à l’Internationale communiste. Le journal suit cette majorité, et devient l’organe du Parti communiste français, jusqu’en 1999 où la rédaction se détache du parti pour s’ouvrir aux différentes tendances de gauche. 

3. Parce qu’il participe à la pluralité des médias

La pluralité des médias est importante, nécessaire dans une démocratie. Celle-ci permet la diffusion d’idées plurielles et diverses, qui participent au débat public. L’Humanité, en étant publié chaque jour, participe à cette pluralité des médias et des opinions. Dans ses pages, la parole est donnée à des personnes dont la position et le point de vue ne sont pas toujours représentés dans la majorité des médias. Il en est de même pour les sujets traités. De nombreuses pages de débats sont aussi présentes, permettant la confrontation des opinions.

4. Parce que c’est un des derniers journaux indépendants

Dans un contexte où la concentration des médias est importante et dénoncée, les journaux indépendants se font de plus en plus rare. Cette carte du Monde Diplomatique et Acrimed montre cette concentration :

Dans son premier numéro en 1904, Jean Jaurès écrivait dans l’éditorial de l’Humanité que l’indépendance financière était un principe fondamental. 115 ans plus tard, le quotidien n’a plus aucun actionnaire. N’a plus, car TF1, La Caisse d’Epargne et Lagardère ont possédé pendant quelques années 20% du journal. Ce dernier appartient maintenant à ses lecteurs et à ses journalistes.

5. Et surtout parce qu’il organise la « Fête de l’Huma »

Le journal est aussi connu pour le festival qu’il organise tous les ans : la fête de l’Humanité. Sa première édition eut lieu en 1930, et l’objectif était de récolter des fonds pour financer le journal. Le parti communiste français y est très fortement représenté, avec des stands pour ses différentes sections départementales. D’autres formations politiques sont cependant représentées, dans une volonté d’ouverture à toute la gauche. « La fête de l’Huma » est aussi une fête culturelle et musicale. Tout le week-end, des concerts, des expositions et des débats sont organisés, qui réunissent en moyenne 400 000 personnes.

Pour mieux comprendre l’histoire de ce journal, nous vous proposons une frise chronologique qui revient sur ses dates clés.

Gaspard Flamand