Le pari réussi de Compiègne avec ses bus gratuits

Compiègne, la sous-préfecture de l’Oise, est la première ville d’Europe à avoir adopté un réseau de bus gratuits. Quarante ans après, c’est une réussite.

Compiègne, son palais impérial, son église paroissiale et son… bus gratuit ! La ville est pionnière en Europe dans le domaine. Dès 1975, son maire Jean Legendre (centre-droit), rend les bus gratuits dans sa commune. Il prend cette décision pour 3 raisons :

  • Pour réduire la circulation dans le centre-ville de la cité impériale ;
  • Pour limiter la pollution automobile ;
  • Pour que les ouvriers puissent se rendre à l’usine et leurs femmes dans les commerces en ville.

« Parce qu’à l’époque, tout le monde n’avait pas de voiture », explique Nicolas Leday, vice-président de la communauté d’agglomération de Compiègne chargé des transports.

Autrefois composé de seulement deux lignes, le réseau de bus de la ville en compte désormais sept.

Une fréquentation importante

La fréquentation des bus a augmenté pour atteindre 6 millions de passagers en 2017, ce qui fait du réseau de bus de Compiègne le plus fréquenté des agglomérations françaises de moins de 100 000 habitants.

Il n’est cependant pas saturé : « C’est un chiffre important, mais on arrive à répondre à la demande avec un bus toutes les 15 minutes », explique Nicolas Leday.

Un financement par les entreprises

Le conseiller municipal en est fier : « La gratuité des transports en commun n’est pas du tout payée par les impôts locaux. »

Le réseau coûte 6,2 millions d’euros par an à la collectivité, il est financé à hauteur de 90% par le versement transport, une taxe de 0,6% sur la masse salariale des entreprises. Le reste est pris en charge par le syndicat départemental des transport.

C’est une exception locale : « On a la chance d’avoir beaucoup d’entreprises nationales et internationales sur notre territoire, mais surtout un réseau exceptionnel de PME de plus de 11 salariés, assujetties au versement transport », précise Nicolas Leday, « Certaines entreprises préfèrent payer le versement transport, plutôt que d’avoir à construire et entretenir de grands parkings. »

Des usagers respectueux

La gratuité des transports pousse les usagers à respecter le matériel. A Compiègne, aucun bus n’a été saccagé ou tagué depuis 1975.

La sécurité est au rendez-vous, aucun conducteur n’a été agressé, ce que Nicolas Leday impute à l’absence de manipulation d’argent pour l’achat des tickets.

Une gratuité presque rentable

Dans la plupart des collectivités en France, les transports sont déjà « quasi-gratuit », c’est à dire que l’usager paie moins de la moitié du prix réel de son déplacement.

« Si on mettait le transport payant à Compiègne au prix moyen du ticket en France soit 1,30€, avec la baisse de fréquentation occasionnée, on récupérerait autour de 3 millions d’euros, ce qui ne couvre même pas les coûts de fonctionnement », conclut l’élu compiégnois.

44 ans après, les objectifs de l’ancien député-maire de la cité impériale sont atteints. La ville est devenue un exemple dans le pays et en Europe. Aujourd’hui, plus de 30 agglomérations ont franchi le pas, aucune n’est encore revenue sur sa décision.

Lounès El Mahouti