Musique : les Français toujours plus chauvins

Depuis plusieurs décennies, les habitudes musicales des Français ont souvent évolué. Si le public a parfois délaissé la scène française, les artistes francophones connaissent depuis quelques mois un franc succès.

En France, l’industrie du disque n’a jamais présenté d’aussi bons résultats depuis 1984. Les Français écoutent de plus en plus de musique francophone. En 2018, 90% des artistes ayant placé un titre en tête des charts en France, sont eux-même Français.

Les singles sont classés depuis 1984 par la SNEP

Il y a 34 ans, le Syndicat National de l’édition Phonographique (SNEP) a commencé à s’occuper du calcul des écoutes pour chaque single.

Une démarche utile pour connaître les ventes de chaque artiste, par semaine, en France. Ces calculs ont permis de créer des classements pour connaître les préférences du public français.

Dès l’élaboration de ce classement, les artistes français et les musiques francophones ont trouvé leur place en haut des tops hebdomadaires. Il était récurrent de voir une musique francophone se placer tout en haut du classement des préférences des français.

Même chose pour la réussite des artistes de l’Hexagone, qu’ils chantent en français ou dans une autre langue.

Une période difficile dans les années 90

Mis à part les années de 1984 et de 1989, qui ont vu triompher respectivement les américains Break Machine et les sénégalais Kaoma, la décennie 80 a été plutôt favorable aux Français. Leurs titres étaient régulièrement en tête du classement des singles.

Basé sur les résultats du SNEP. Par Bastien Blandin.

Les années 90 ont été plus compliquées pour la France, en terme de réussite musicale. Petit à petit, le public s’est désintéressé des artistes français, mais aussi des musiques francophones.

Les artistes belges, suisses ou d’origines africaines en ont fait les frais. Durant les 52 semaines qui ont composé l’année 1996, aucun artiste né sur le territoire français a pu placer l’un de ses titres en tête du classement hebdomadaire.

La chanson francophone sauve la mise grâce aux succès de la canadienne Céline Dion et de la canado-française Mylène Farmer.

Une loi pour redresser la barre

Pour se sortir de cette crise musicale, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel va porter une loi en 1994. Cette dernière ordonne un quota de 40% de chansons francophones à la radio.

La loi entre en vigueur en 1996, et les premiers effets positifs se font ressentir dès l’an 1998. Les Français reprennent l’habitude d’écouter les musiques chantées dans la langue de Molière.

Cette année là, la comédie musicale Notre-Dame de Paris et le groupe breton Manau connaissent un très grand succès.

L’arrivée du digital complique la donne

Le XXIe siècle signe le début de la digitalisation de l’industrie musicale. Le téléchargement légal, puis le streaming, rentrent dans les calculs du SNEP.

Dans un premier temps, ce sont les Américains et les Britanniques qui vont profiter de ce nouveau moyen d’écoute.

En France, les artistes ont toujours plus de succès avec les classements qui concernent les écoutes physiques, via le CD ou le vinyle.

En 2011 par exemple, 82% des artistes qui ont placé un titre en tête du classement des préférences des Français, sont justement Français. Parmi eux, on peut citer la chanteuse Koxie, l’artiste Christophe Willem ou l’humoriste Michaël Youn avec son célèbre personnage: Fatal Bazooka.

La même année, sur le classement digital, seulement 62% des artistes qui ont été leaders sont Français. Preuve que le public hexagonal privilégiait les artistes étrangers lorsqu’ils écoutaient de la musique avec le téléchargement.

Les plateformes de téléchargement étaient également marquées par l’omniprésence des artistes anglophones. Ceci peut expliquer que les Français se redirigeaient plus vers les musiques américaines ou anglaises.

L’apogée, grâce au rap

Au fil des années 2010, la tendance s’est largement inversée. Doucement, le public français s’est redirigé vers le streaming. La forte progression des artistes du rap et de la pop ont accompagné ce phénomène.

La musique urbaine a su dompter les lois du streaming et du téléchargement. Jul, PNL, Maitre Gims ou Aya Nakamura sont les nouvelles coqueluches du public français.

En 2018, 90% des musiques, qui ont squatté la première place du top des singles, sont des titres de rappeurs francophones. Jamais le SNEP n’avait vu de tels résultats dans son classement.

C’est un véritable second souffle que connaît actuellement la musique française. Souvent mis de côté aux profits des anglophones, les artistes francophones semblent avoir reconquis le public hexagonal.

Seul le temps pourra dire si le nouvel amour entre les Français et leur musique nationale sera durable…

Bastien Blandin