Au Nigéria, la jeunesse est partout sauf au pouvoir

À la veille des élections présidentielles au Nigéria, deux candidats se dessinent à la tête du pays. À 72 et 76 ans, ils sont loin de représenter la jeunesse majoritaire dans le pays africain. 

Meeting du candidat Atiku Abubakar le 14 février à Jimeta, Nigéria. (Crédit : AFP)

Les élections présidentielles sont souvent l’occasion pour un pays de prendre un nouveau tournant. Au Nigéria, ça ne sera pas pour cette année. Plus de 70 candidats se sont présentés au scrutin du 16 février, mais seul deux favoris se dessinent à la tête du pays. Le chef d’État sortant, Muhammadu Buhari, 76 ans, qui occupait déjà le fauteuil présidentiel dans les années 1980 et son opposant Atiku Abubakar, 72 ans, ancien vice-président de 1999 à 2007. 

Le président sortant Muhammadu Buhari (à gauche) et Atiku Abubakar (à gauche), les deux candidats en tête des sondages.
(Crédit : AFP)

La population semble condamnée à revoir les mêmes leaders au pouvoir. Le plus étrange reste le décalage entre le pays et son gouvernement. Alors que 60 % de la population a moins de 25 ans, le « nouveau » président en aura plus de 70. Cet écart accentue les différences de priorité entre les citoyens et l’élite dirigeante.

Des initiatives au service de la jeunesse politique 

En mai 2018, l’adoption d’une loi montre pourtant la volonté de renouveler la classe politique nigériane. Elle abaisse l’âge des candidats aux élections. Il faut avoir minimum 35 ans pour être candidat à la présidentielle, au lieu de 40, 30 ans pour les gouverneurs et 25 ans pour les représentants locaux. 

Le Nigéria permet aux jeunes de prétendre au pouvoir, mais ce n’est pas tout. Depuis le 6 janvier de cette année, une émission donne la parole aux jeunes candidats. Tous les dimanches soir, ils prennent le pouvoir de la scène médiatique et ainsi gagnent en visibilité. Mais rien n’y fait, la vieillesse dirige le Nigéria.

En réalité, l’argent a le pouvoir

Pourquoi la jeunesse n’arrive pas à atteindre le pouvoir ? L’explication est économique. Les grands partis se sont installés au Nigéria et leurs fonds ne laissent aucune place aux petites formations émergentes.

Les candidats représentant les grands partis ont donc des campagnes d’ampleur qui éclipsent toutes les autres. De plus, Muhammadu Buhari et Atiku Abubakar sont connus pour avoir une fortune personnelle importante. Ils peuvent investir dans leur propre communication. Ce qui est impossible pour les nouveaux arrivants.

Ce n’est plus une bataille d’idées mais de visibilité. Au Nigéria, les jeunes se font exclure du jeu politique par une élite vieillissante. Malgré une volonté croissante de voir la jeunesse prendre son destin en main, la classe politique semble avoir du mal à se renouveler.

Il faudra attendre 2023 et les prochaines présidentielles, pour que le pays voit à sa tête, un nouveau visage.

Lou Florentin