[Culture Azur] Anthéa, succès culturel de la Côte d’Azur

Le théâtre antibois connaît une grande réussite depuis sa création en 2013

Derrière cette façade, deux salles de 1 200 et 200 places accueillent des spectacles (© Jean Uminski)

Une structure en béton imposante qui laisse place à une architecture moderne à l’intérieur. Situé à quelques minutes du centre-ville, Anthéa est aujourd’hui bien implanté dans la vie culturelle antiboise. Ce qui n’était alors qu’un « pari incroyable » aux yeux de Vincent Brochier, le secrétaire général, est devenu le cinquième théâtre national le plus fréquenté de France.

En seulement cinq ans, plus d’un demi-million de spectateurs sont venus assister à des représentations. Des spectacles de plus en plus nombreux dus à une demande grandissante. Chaque année, 220 représentations de 72 spectacles différents ont lieu sur la scène du théâtre.

Des abonnements et des ventes à l’unité en forte hausse (© Jean Uminski)

Fier de cette réussite, Vincent Brochier l’assure, « c’est un théâtre de territoire pour les populations locales et non conçu spécialement pour les touristes. » Une particularité que le secrétaire général souhaite mettre en avant pour se différencier des autres infrastructures culturelles de la région.

Cette envie d’offrir aux habitants du territoire des pièces de théâtres ou des spectacles est également en lien avec un autre objectif. Le but principal est d’attirer des spectateurs qui n’ont pas l’habitude de fréquenter des lieux culturels dits « élitistes ». La direction souhaite faire d’Anthéa un théâtre plus ouvert par rapport à d’autres structures de la région comme le Théâtre National de Nice.

« Nous souhaitons entraîner les gens pour que ce soit conviviale, » insiste Vincent Brochier. Lui et son équipe misent beaucoup sur « la sensibilisation du spectateur, une chose très importante pour nous. » Pour ce faire, le programme n’hésite pas à mettre en avant des artistes connus du grand public tels que Véronique Sanson ou Gérard Jugnot. Grâce au système d’abonnement, les spectateurs peuvent découvrir d’autres artistes qu’ils n’auraient peut-être jamais vu sans la présence de têtes d’affiche au départ. Deux maîtres mots sont revendiqués par Vincent Brochier : « populaireet mainstream. »

Un budget centré sur la création

Si le théâtre peut réaliser ses ambitions, c’est aussi grâce à son mode de financement. Il est subventionné par la Communauté d’Agglomération de Sophia-Antipolis (CASA) ainsi que par la mairie d’Antibes. Son statut est particulier, c’est une société publique locale. Bien qu’il soit économiquement dépendant de ces deux organismes, Anthéa n’est pas un théâtre labellisé par l’Etat.

Il n’est, par conséquent, pas dépendant du Ministère de la Culture. Il se distingue ainsi encore une fois du Théâtre National de Nice par de plus grandes libertés concernant son organisation. Contrairement aux théâtres financés par l’Etat, Anthéa n’a pas de règles strictes à respecter, notamment pour le jeune public.

Les recettes propres constituent 60% du budget contre 40% en général pour un théâtre (© Jean Uminski)

Le budget ? Six millions d’euros, contre cinq pour le TNN. Il n’y a ni fondation ni don privé, mais des centaines de mécènes et de partenaires : c’est le « Club Carré ». Parmi les mécènes, on retrouve des marques automobiles, des hôtels ou encore des banques. Anthéa leur offre ainsi une visibilité.

En contrepartie, Vincent Brochier espère réussir à faire financer des projets de spectacles : « c’est un encouragement à la création. Notre objectif est de faire jouer les spectacles créés à Antibes dans toute la France ». Daniel Benoin, le directeur du théâtre, est également metteur en scène. Plusieurs de ses pièces ont déjà été représentées dans d’autres villes. Mais son ambition est de développer davantage la création locale. Les mécènes du « Club Carré » sont ainsi indispensables. Seul bémol, les médias ne valorisent pas encore ces projets. Ils mettent surtout en avant les têtes de liste connues du grand public.

Un théâtre séduisant mais pas encore auprès des jeunes

En six ans seulement, Anthéa a pris une place nationale. Premier théâtre de la région PACA en termes de fréquentation et en cinquième position à l’échelle nationale, le théâtre ne cesse d’attirer de plus en plus de monde. Les chiffres témoignent de cette ampleur : « En 3 ans, on pensait atteindre les 40 000 places vendues, on a atteint 135 000 dès la première année », déclare Vincent Brochier. Après six ans, le nombre d’abonnés a atteint 13 550, « une réalisation incroyable » pour la direction et une grande fierté pour les politiques comme Jean Leonetti, le maire d’Antibes, qui a voulu faire de ce théâtre « une mission de service public. »

La salle Jacques Audiberti, sa scène immense et sa fosse pour orchestre (© Jeanne Gandy)

Malgré cet exploit, il est évidemment attendu que ce chiffre ralentisse progressivement dans les prochaines années. Un déclin qui est inévitable compte tenu du nombre d’habitants déjà abonnés et d’un problème encore majeur pour l’établissement : savoir séduire la jeunesse. La direction d’Anthéa est en recherche d’un nouveau public. Ils cherchent surtout à atteindre les jeunes âgés de 18 à 25 ans. En ce qui concerne le programme « normal », le secrétaire général avoue « qu’il ne touche pas le jeune public ». Proposer une nouvelle offre est donc « un axe privilégié » pour le théâtre.

Pour rajeunir une moyenne d’âge élevée des abonnés de (55 ans), Anthéa propose de nouveaux rendez-vous avec les Immersions. Des soirées qui visent explicitement les jeunes avec des tarifs plus bas que ce soit au niveau des places de spectacles (12,50€ au lieu de 37€) ou au niveau de la carte proposée. Le but est de séduire les jeunes avec des spectacles plus « mainstream » et des « after » en présence de DJ, sur la grande terrasse de l’établissement qui donne la vue sur le paysage azuréen. De quoi séduire les plus jeunes. Mais malgré ces efforts, il reste le problème de la démographie du département et surtout de la communication qui est « une grande difficulté » confie Vincent Brochier.

La direction de la recherche public d’Anthéa tente de se consacrer aux réseaux sociaux plutôt qu’à leur habituels moyens de diffusion que sont les médias locaux qui, selon eux, ne sont pas suivis par les jeunes. Ils s’associent aussi avec des associations locales comme Bella Notte et La Strada. L’objectif étant toujours d’être un théâtre populaire, le théâtre va jusqu’à travailler au sein des collèges et des lycées pour intervenir dans les classes et leur faire rencontrer des artistes ou encore leur faire des visites du théâtre. Cette tentative de sensibilisation reste encore une difficulté à surmonter pour le théâtre. Une communication plus traditionnelle est privilégiée, entre programmations en papier et médiatisation dans la presse locale. La nécessité de s’adapter aux nouveaux dispositifs pour séduire une nouvelle base de clients est un défi à relever.

Lestieux Kimberley
Gandy Jeanne
Uminski Jean
Danizieras Analena
Beghin Jennifer