Les cryptomonnaies, un phénomène qu’on vous aide à décrypter

Vous avez surement écouté parler des cryptomonnaies, sans trop comprendre de quoi il s’agit vraiment. C’est effectivement un marché plutôt réservé aux initiés, mais qui souhaite bouleverser notre environnement économique. Alors, que faut-il en retenir aujourd’hui ?

Crédit : pixabay

Les cryptomonnaies, encore inconnues en 2016, ont percé l’espace médiatique ces deux dernières années. Ces centaines de monnaies virtuelles, qui intriguent autant qu’elles inquiètent, sont encore largement fluctuantes (https://coinmarketcap.com). On peine à comprendre à quoi s’attache leur valeur. Alors, représente-t-elle l’avenir, ou bien sont-elles juste un mirage économique ? Les avis divergent. 

Julien Prat, chercheur au CNRS et professeur à Polytechnique au département d’économie observe que « des gens sont extrêmement négatifs ». Le chercheur pense notamment à l’économiste Nouriel Roubini, qui a par exemple déclaré que « la crypto est la mère de toutes les arnaques et de toutes les bulles », devant le Congrès Américain. « Des gens pensent qu’il y a quelque chose de plus fondamentale. Les gens s’inquiétaient de la disparition du bitcoin et visiblement il refuse de mourir, en tout cas à court terme. Il y a une certaine résilience qui est plutôt positive », poursuit Julien Prat.

« Personne ne peut dire ce qu’il va se passer en 2019 »

Pour le moment donc, on attend que le marché des cryptomonnaies confirme. Les cours s’envolent à partir de septembre 2017, jusqu’à décembre 2017. La valeur d’un bitcoin, principale cryptomonnaie, frôle alors les 20 000 dollars. « Si vous aviez acheté des cryptomonnaies en septembre 2017, vous avez gagné énormément d’argent », relève Julien Prat. On assiste ensuite en 2018 à une correction du marché. On parle alors d’une année noire. « En 2016, tout le monde s’en foutait, en 2017 on a commencé à s’y intéresser, tout le monde s’y intéresse maintenant, alors est-ce vraiment une année si difficile ? Bien qu’il y ait eu un retournement de conjoncture », nuance le chercheur. Aujourd’hui, le bitcoin fluctue autour de 3800 dollars. « Personne ne peut dire ce qu’il va se passer en 2019 », conclut-il.

Ci-dessus, vous pouvez observer la courbe de l’évolution du cours du bitcoin, avec ce fameux pic fin 2017. À droite, l’évolution du cours sur ce début d’année 2019. Une évolution représentative d’un marché très volatile. « Personne ne peut dire ce qu’il va se passer en 2019 », affirme Julien Prat. Retrouvez les infographies interactives sur : 

https://infogram.com/crypto-monnaie-1hnp27q0xl0n4gq?live

https://infogram.com/crypto-1h0r6rwo873w4ek?live

Quand on se lance dans l’achat de cryptomonnaies

Aujourd’hui, vous pouvez ouvrir un compte sur des plateformes dédiées (coinbase, etc), le créditer avec une ou plusieurs cryptomonnaies. L’objectif ? Pouvoir payer de manière sécuriser ses achats là où bitcoin et consorts sont acceptés. Surtout, sur le long terme, les cryptomonnaies sont une promesse, que résume Julien Prat : « La promesse est qu’on aurait un système financier plus compétitif, moins centralisé, et peut-être plus solide. Ça pourrait, dans le cadre d’une troisième promesse plus libertarienne, permettre de créer des monnaies locales et de se réapproprier des moyens de production. » 

Des citoyens s’y intéressent, d’autres y investissent même de l’argent. « Le citoyen qui boursicote je n’y crois pas », confie cependant Julien Prat. Ces investisseurs-amateurs restent marginaux et sont en général familier des nouvelles technologies. Ils y voient un complément de revenu. Nous avons pu discuter avec deux jeunes investisseurs…

Antoine Bussière, habite en région parisienne. « J’ai écouté l’actualité fin 2016, ça m’a intrigué. Un ami qui travaille dans la finance m’a conseillé », confie le jeune homme. C’est en 2017 qu’il commence à investir dans les cryptomonnaies. « J’ai doublé mon capital parce que ça montait. J’ai encaissé avant que ça rechute », explique Antoine. Il parie aujourd’hui sur des cryptos jugées prometteuses : « J’anticipe celles qui vont prendre sur un mois, j’attends que ça augmente, et j’encaisse ». Il concède toutefois qu’il est difficile d’anticiper les évolutions du marché. « Je recherche sur le court terme car c’est très volatile. La crypto, c’est juste spéculatif pour le moment », analyse-t-il. S’il réussit à faire des bénéfices avec ces monnaies virtuelles, c’est qu’il suit de près l’évolution des cours, mais pas que.

Par ses connaissances personnelles, il intègre une société appelée « Mélius » (https://www.youtube.com/watch?v=3020Halrjf8), une société qui opère sur les marchés financiers, donc sur les cryptomonnaies.  Cette société présente dans le monde entier, que l’on peut aussi qualifier d’école de trading, accompagne des personnes désireuses de se lancer dans les marchés, comme Antoine. « J’ai intégré Mélius qui forme les gens sur le marché on nous explique comment cela fonctionne ».

Certains acteurs financiers comme Mélius se jette donc sur l’opportunité que peut représenter le marché des cryptomonnaies, convaincus du potentiel. « On permet tout à chacun de progresser », affirme un trader chez Mélius, entré dans la société par des contacts. L’homme assure que des bénéfices importants sont possible, il avance percevoir jusqu’à 2000$ par mois via Mélius. La start-up, qui ne se concentre pas que sur les cryptomonnaies, est plein développement. A voir si les cryptos continueront de faire ses beaux jours. 

Nicolas, lui, est un jeune cannois. Il a décidé de se lancer dans les cryptomonnaies fin 2017. « J’ai vraiment investi en octobre 2017, au total pour 2000 euros, raconte Nicolas. Puis le bitcoin baissait de plus en plus alors j’ai retiré avant de tout perdre ! » Il réinvestie ensuite pour 400 euros : « Je suis tombé sur des cryptomonnaies prometteuses comme Ethereum mais je me suis dit que ça allait encore se casser la gueule. Je l’ai observé pendant 2-3 jours. Elle était trop fluctuante donc trop dangereuse pour investir mon argent. » Il parie alors sur le Monero, une crypto qu’il juge plus stable et qui va lui permettre de faire de larges bénéfices. Mais face à la volatilité du marché, il décide de changer sa stratégie : « J’avais peur de perdre une somme que j’aurais pu utiliser pour acheter un gros truc à mon fils par exemple. J’ai cherché une solution et je suis tombé sur le minage de cryptomonnaies et là… ben c’est tout autre chose et c’est très rentable ». 

Miner une cryptomonnaie, c’est en quelques sortes créer un bloc (de la blockchain) qui constitue les transactions d’une cryptomonnaie. Celui que l’on appelle mineur est comme un travailleur qui rend un service à une cryptomonnaie. Il est donc récompensé en échange de son travail, en gagnant de l’argent.

De la patronne du FMI Christine Lagarde aux banques centrales, tous s’y intéressent

Le succès des monnaies virtuelles va dépendre de l’engouement et des investissements que le marché va soulever. Plusieurs signes vont en tout cas dans la direction des cryptos. Il y a d’abord la possibilité de se procurer des bitcoins dans certains relais presse en France, grâce à la plateforme KeplerK. Les commerçants qui proposent ce service vous remettront un ticket avec le montant choisi, vous pouvez ensuite les déposez sur un compte sur le site de KeplerK (https://buzzles.org/2019/02/12/pas-dengouement-dans-les-relais-presse-pour-le-bitcoin/). Une occasion d’attirer de nouveaux clients sur le marché des cryptomonnaies. 

Alain Moesan, gérant d’une maison de la presse à Mandelieu (Alpes-Maritimes), a mis en place dans son établissement le servie proposé par la start-up française KeplerK. Plein d’espoir quand il parle de son nouveau service derrière sa machine, il espère bien attirer de plus en plus de clients. En effet sur chaque achat, KeplerK lui reverse une commission. « Ce sont toujours les mêmes qui achètent, des jeunes », peut-il constater sur ces premiers mois de mise en service. « Ce sont des sommes conséquentes, jusqu’à 2500 euros [montant limite en 24 heures fixé par keplerK, NDLR] », observe le commerçant. Des jeunes nous expliquent vivre que de ça, en faisant des bénéfices », ajoute-t-il. 

D’autre part, la directrice du FMI Christine Lagarde a affirmé lors d’un sommet à Singapour l’intérêt qu’elle perçoit dans les cryptomonnaies. Tandis que les banques centrales seraient aussi sur le coup… Autre fait marquant, la récente annonce de Facebook, qui compte créer sa cryptomonnaie.

Le paradoxe d’une cryptomonnaie étatique

D’autres acteurs s’invitent aussi sur le marché. De nombreux pays évoquent la possibilité de créer leur propre monnaie virtuelle étatique. Le Venezuela en figure de proue avec son « Petro ». Bien que contenu du contexte économique, social et politique du pays, difficile d’y voir clair au sujet de cette cryptomonnaie. « C’était une tentative désespérée de Maduro de contrecarrer l’inflation en appuyant la valeur de sa monnaie sur le pétrole, mais on a aucune preuve que la monnaie émise est réellement convertible en pétrole », analyse Julien Prat.

La multiplication des projets rajoute en tout cas de la crédibilité aux cryptomonnaies. « Tous les pays de l’OCDE sont en train de penser à créer leur propre crypto, la Suède va surement le faire l’année prochaine », ajoute l’enseignant à Polytechnique. Toutefois, ces projections révèlent un paradoxe. L’idée phare de la cryptomonnaie est qu’elle est décentralisée, libérée du joug des institutions. Placée sous le contrôle d’un état, une crypto perdrait l’un de ses principaux avantages. Des pays comme la Chine ou la Russie pourraient ainsi se servir d’une crypto étatique pour encadrer l’usage des monnaies virtuelles.  « En Chine par exemple, vous n’avez pas le droit de sortir beaucoup d’argent, il y a un montant plafond », rappelle le chercheur au CNRS. Certains citoyens qui pourraient espérer profiter des cryptomonnaies se retrouveraient en réalité coincés.

La carte ci-dessus recense les projets les plus populaires de cryptomonnaie étatique. Elle n’est toutefois pas exhaustive, contenu de la difficulté d’obtenir des informations fiables sur les intentions exactes de tous les pays.
Retrouvez la carte interactive sur : https://drive.google.com/open?id=1RPr0qLDoUMWTlZ87HsL-B9roYgh1GIrc&usp=sharing
 

Guillaume Laclotre