mars 09

Yannis Behrakis, disparition d’un photojournaliste de renom

Dimanche dernier a été annoncé la mort du photojournaliste multiprimé grec Yannis Behrakis. L’homme de 58 ans est décédé des suites d’un cancer. Il a gagné, au cours de sa carrière, de nombreuses récompenses.

Yannis Behrakis reçoit ses récompenses au prix à Bayeux Bayeux-Calvados des Correspondants de Guerre en 2016 pour sa série « Les persécutés ». © CHARLY TRIBALLEAU/AFP

Triste jour pour le monde de la photographie et du journalisme. Ce samedi 2 mars, Yannis Behrakis, célèbre photojournaliste est décédé à l’âge de 58 ans. Photographe pour Reuters depuis plus de 30 ans, il a gagné deux fois le prix Bayeux-Calvados des Correspondants de Guerre, le World Press Photo et le prix Pulitzer. Parfois il donnait aussi des conférences.

Dans un petit auditorium de Bayeux en Normandie, un homme a pris la parole et captive son auditoire. Tous les yeux sont rivés sur lui et les questions fusent. Cheveux grisonnants, petit bouc et sourire aux lèvres, Yannis Behrakis raconte. Il raconte sa vie de photographe, loin de sa famille. Il raconte son métier, qui n’est autre qu’une passion et qui l’a toujours guidée. Il raconte les difficultés auxquelles se heurtent les photojournalistes sur le terrain : physiques, morales, éthiques. Il raconte les images qui restent gravées pour toujours dans sa mémoire. Il raconte. Cette scène se déroule en octobre 2017, au prix Bayeux-Calvados des Correspondants de Guerre. Yannis Behrakis donne une conférence devant un public amateur, un an après y avoir été double lauréat.

Une des photographies de Yannis Behrakis récompensée en 2016 et utilisée pour l’affiche du Prix Bayeux en 2017. © YANNIS BEHRAKIS

Un parcours exceptionnel

Yannis Behrakis a aussi bien couvert l’Afghanistan, la Tchétchénie, le Cachemire, la Sierra Leone, que la révolution arable et la crise des réfugiés. C’est d’ailleurs avec un reportage qui traite de ce thème qu’il obtient, en 2016, le prix du public et le prix catégorie photo du prix Bayeux-Calvados. Il confiait que c’est « un sujet très important pour (lui) qui (est) descendant de migrants ». En larmes en récupérant son prix, devant 2000 spectateurs le journaliste avait ajouté « mon rôle est d’être vos yeux et la voix de ceux dont je raconte l’histoire ». Il avait alors décidé d’offrir sa récompense de 3 000 € à Médecins sans frontières.

La même année, à la tête d’une équipe de Reuters, il remporte le prix Pulitzer pour leur couverture de la crise des réfugiés. Quelques années auparavant, en 2000 il est lauréat du World Press Photo. Puis il est nommé photographe de l’année par le quotidien britannique The Guardian en 2015.

Habitué au terrain et aux situations dangereuses, Yannis Behrakis a pourtant échappé de peu à la mort en Sierra Leone en 2000. Dans une embuscade tendue par des tireurs, un de ses collègues de Reuters, Kurt Schork décède, ainsi qu’un caméraman de l’agence AP, Miguel Gil Moreno.

Considéré comme « l’un des meilleurs photographes de sa génération » rappelle Reuters, les images de Yannis Behrakis « ont forgé la manière même dont nous percevons les événements, depuis la guerre en Afghanistan ou en Sierra Leone, jusqu’à la crise des réfugiés et le printemps arabe ».

Charlotte Quéruel