[Le Phoenix] Pixar dévoile son nouveau court-métrage pour lutter contre la maltraitance animale

Extrait de Kitbull (Source : Chaîne Youtube de Disney Pixar)

Le 18 février 2019, les célèbres studios d’animation Pixar ont dévoilé leur tout nouveau court-métrage en deux dimensions : Kitbull. Cette animation de dix minutes présente l’histoire d’une amitié improbable entre un chaton abandonné et un pitbull, victime de maltraitance. Réalisé et produit par Rosana Sullivan et Kathryn Hendrickson, le court-métrage dévoile un message fort afin de lutter contre la cruauté envers les animaux.

L’histoire en elle-même est relativement classique. L’amitié improbable entre deux êtres que tout sépare en apparence est un thème récurrent dans le cinéma, y compris dans le cinéma d’animation. Les studios Disney et Pixar ne font pas exception à la règle et abordent souvent cette thématique, sous des angles différents. Mais le 18 février dernier, les studios Pixar (à l’origine de longs-métrages tels que Toy Story, Les Indestructibles, Là-haut ou encore Coco), ont proposé au public un court-métrage relativement inédit en abordant un thème encore peu exploité : la maltraitance animale.

Ce n’est pas la première fois que les studios produisent des courts-métrages. Réalisés en image de synthèse (la marque de fabrique des studios, qui restent une référence incontestable en la matière), ces petits films d’animation traitent usuellement de thématiques sociétales avec humour et légèreté, comme l’acceptation de soi avec Saute-mouton ou l’importance de la famille avec Bao. Cette fois-ci, Kitbull (contraction de Kitten (trad : chaton) et Pitbull) innove sur deux tableaux : en proposant une animation en deux dimensions d’une part, et en abordant une thématique lourde et avec sérieux d’autre part.

Kitbull, une histoire touchante

C’est dans une rue plutôt animée que Kitbull démarre. Un chaton apeuré tient un poisson dans la gueule et tente de se frayer un chemin parmi les passants. Il se faufile jusqu’à son abri, une boite en carton déposée dans un jardin aux allures abandonnées, pour s’y réfugier avec un éléphant en peluche pour seul compagnon. Mais il ne reste pas seul bien longtemps : des phares de voiture jaillissent de l’obscurité et deux humains tirent sur une chaîne épaisse. Cette chaîne, reliée à un parpaing, sert de laisse à un chien, un pitbull, qui vit dehors de jour comme de nuit. Contrairement aux idées reçues sur cette race (et sur les molosses en général), ce chien est gentil, affectueux et tente de faire connaissance avec le chaton. Si les débuts sont difficiles, très vite, une complicité se noue entre les deux animaux, qui s’apprivoisent mutuellement.

L’horreur prend place à la moitié du court-métrage : par une nuit de pluie, la porte de la maison s’ouvre. Le pitbull, lacéré sur tout le corps, est inerte sur le sol puis poussé par le pied de son maître. Les plaies et le sang ne sont ni masqués, ni atténués. Témoin de la scène, le chaton aide finalement le pitbull à s’enfuir et tous deux trouvent enfin une famille aimante pour les recueillir.

Une animation maîtrisée

Ici, les studios ont utilisé le pouvoir de suggestion pour masquer la scène des coups donnés au chien, mais n’ont pas hésité à dévoiler les blessures dont souffre l’animal. La scène est brève, mais intense en émotion. Et cette intensité est renforcée par l’aspect graphique de l’animation, qui se rapproche du cartoon, style d’animation généralement utilisé à des fins comiques. L’absence totale de dialogues, les effets sonores réalistes et la musique mélancolique diffusée parfois, suffisent à créer une atmosphère particulièrement lourde. Heureusement, les comic relieves[1] du petit chat et le happy end permettent au spectateur de souffler un peu, tant la réalité brutale des faits est parfaitement retranscrite.

De même, la progression dans la maltraitance y est parfaitement exposée, en seulement dix minutes. La laisse enchaînée au parpaing, le chien laissé dehors de jour comme de nuit, y compris sous la pluie, peuvent paraître anodins, or ces actes relèvent déjà de la maltraitance par négligence (toutes deux punies par la loi française, article 215-4 du Code rural). Les studios illustrent ici la pente dangereuse et progressive de la cruauté, qui observe les mêmes mécanismes que l’on observe dans les cas de violence conjugale ou de maltraitance infantile.

Avec Kitbull, les réalisatrices Rosana Sullivan et Kathryn Hendrickson ont ainsi proposé un court-métrage bouleversant, qui casse les codes traditionnels du cinéma d’animation. Elles dénoncent un crime, peu souvent considéré comme tel, et qui concerne pourtant plusieurs milliers d’animaux domestiques en France et dans le monde. On compterait ainsi 100 000 abandons par an en France (dont 60 000 l’été, selon l’association « 30 millions d’amis »), et près de 9 000 signalements pour maltraitance animale ont été enregistrés par la SPA (société de protection des animaux) en 2017, soit 36 % de plus qu’en 2016.

Camille Esteve


[1] Comic relief (trad : pause comique). Technique utilisée au théâtre ou au cinéma pour apporter une note humoristique, lorsque l’ambiance est particulièrement tendue. Il peut s’agir d’une réplique, d’un personnage particulier ou d’une scène entière, la difficulté résidant dans le fait de ne pas couper entièrement le spectateur de l’histoire originale.