Vrai-Faux : les Alpes-Maritimes n’aiment pas le rap

Depuis quelques années, le rap français a pris une place très importante dans les habitudes musicales des Français. Côté écoute, le rap explose tous les records de ventes ou de streaming. Côté sortie, les rappeurs remplissent toutes les salles de France, festivals compris. Pourtant, les Alpes-Maritimes semblent être en marge du mouvement rap, notamment lorsqu’il s’agit de se rendre à un événement. Alors, les Alpes-Maritimes boycottent-elles le rap français ?

Il y a des concerts de rap dans les Alpes-Maritimes

Vrai. Mais très peu. Sur un échantillon de 40 tournées de 40 rappeurs, les Alpes-Maritimes sont très peu représentées. Les rappeurs ne passent pas dans le département. Pourtant, le 06 est dans une région très attractive pour le rap. Non loin de Marseille, deuxième ville de rap en France, Nice est le mauvais élève. Cinquième plus grande ville de France, Nice se place à la 23ème place du classement des villes qui reçoivent le plus de concert de rap. Parmi les 40 tournées étudiées, seulement cinq font un passage par Nice. Un score très loin des autres grandes métropoles peuplées. À titre de comparaison, des villes comme Nantes, Lille ou Toulouse accueillent chacune une trentaine de dates de ces 40 tournées.

Le département des Alpes-Maritimes ne fait pas mieux. Toujours dans cet échantillon de 40 tournées, le département se place également à la 23ème place. Aux cinq concerts qui se déroulent à Nice, s’ajoutent le passage des tournées d’Orelsan et Médine, par Cannes et Antibes. Le classement du 06 n’est pas si mauvais, puisque 77 départements sont visités par les tournées. Mais le classement des Alpes-Maritimes est alarmant, compte tenu du fait que ce classement est l’un des plus mauvais pour un département ayant une grande métropole.

Personne n’aime le rap dans les Alpes-Maritimes

Faux. Le rap a aussi son public dans le 06. Pour rappel, le rap est désormais la musique la plus² écoutée par les Français. Grâce à un public très jeune, les rappeurs raflent chaque année plus de 60 certifications d’albums (disque d’or, de platine, ect). C’est un véritable record. La musique urbaine squatte également chaque semaine les top 50 français. Nuls doutes que les jeunes du 06 écoutent du rap et contribuent à ce succès.

Mais le faible nombre de concerts ne contribue pas au développement de cette communauté de fans. Ce phénomène est forcément regretté par les programmateurs azuréens. « Quand on fait un concert, il est très difficile de mobiliser du monde », souffle Adrien Bruschini, programmateur de musique urbaine à la MJC Picaud de Cannes. Cet endroit est d’ailleurs la seule salle du département a accueillir des événements rap tout au long de l’année.

Pour le programmateur cannois, ce manque de lieu est la principale raison de la sous-représentation du rap dans le 06. « Déjà, dans le département, les Azuréens n’ont pas la culture du concert. Mise à part pour le jazz et ses nombreux festivals, les événements musicaux ne sont pas nombreux. » Adrien Bruschini a poursuivi : « Ensuite, le fait que la population du département soit âgée n’aide pas au développement d’une musique globalement faite par les jeunes, et pour les jeunes. » Ce sentiment est aussi partagé par Sébastien Hamard, programmateur du festival Nuits Carrés à Antibes. Ce dernier accueille chaque année de grandes têtes d’affiche.

Les trois villes du 06 qui ont reçu des gros rappeurs depuis un an.

En 2019, Médine et Youssoupha viendront sur la côte. Des rappeurs aux discours politiques, « qui ne sont pas forcément en accord avec la population de droite du 06 ». Une nouvelle raison qui pourrait expliquer ce désintérêt pour le rap.

Il n’y a pas de rappeurs dans les Alpes-Maritimes

Faux. Le département des Alpes-Maritimes est un très bon vivier de rappeurs. Ce phénomène est commun à la région de Provence-Alpes-Côte-d’Azur. Si la majeure partie des artistes de la scène hip-hop viennent de la région parisienne, le sud-est est le deuxième lieu en France à former le plus de rappeurs. En tête de ce mouvement sudiste, la deuxième ville de France : Marseille. La cité phocéenne a son propre mouvement dans le hip-hop, avec un rap souvent chantant. Les départements du Var et des Alpes-Maritimes suivent cela.

Nice, chef-lieu des Alpes-Maritimes, est tout d’abord la ville natale de Nekfeu et de DJ Weedim. Deux grands artistes, notamment le premier, qui ont fait carrière sur Paris. Difficile de les nommer comme des pures produits du rap azuréen. En 2017, le média spécialisé Mouv faisait déjà un état des lieux du rap niçois. Mouv le qualifiait même comme « la troisième scène française de rap ».

Farès, jeune antibois de 16 ans, a terminé 5ème de « La France a un incroyable talent »

Aujourd’hui encore, ils sont beaucoup de rappeur des Alpes-Maritimes à faire carrière. En tête de liste, certains connaissent un succès national. En tête d’affiche, la chanteuse de pop urbaine Eva. Cette dernière cumule plus de 60 millions de vues sur Youtube, en seulement deux clips. D’autres, peuvent être vus comme l’avenir du rap hexagonal. Le Niçois Infinit côtoie les meilleurs, tandis que le Cannois Kader Diaby cumule près de trois millions de vues sur Youtube. L’Antibois Farès, lui, a fini à la 5ème place de l’émission « La France a un incroyable talent ».

Les rappeurs ne veulent pas venir dans les Alpes-Maritimes

Faux. Les rappeurs n’ont pas une dent contre le département des Alpes-Maritimes. Au contraire, venir sous le soleil de la Côte d’Azur ne dérangerait sûrement pas un rappeur. Lors de l’élaboration de la tournée « le rappeur a son mot à dire, mais il n’est pas très contraignant », expliquent les deux programmateurs. « En réalité, tout se joue sur l’aspect financier », selon Adrien Buschini. Si le programmateur s’aligne sur les demandes financières des artistes, il n’y a pas de problèmes l’artiste viendra. Cependant, ces demandes financières sont parfois très élevées. Et les lieux accueillant les événements rap n’ont pas forcément de gros budgets pour le rap. Il est donc souvent difficile pour les lieux azuréens de faire venir des artistes très gourmands.

Pour ce qui est des artistes locaux, la donne est différente. Souvent moins connus, ils ne demandent pas forcément de gros cachets. Mais le peu d’événements rap leur portent forcément préjudice. Difficile de se faire un nom et un public, sans scènes pour se représenter. Lanfan ou Pulsar, rappeurs du 06, le déplorent. Pour eux, « les premières scènes ne se font malheureusement pas dans le 06 ». S’ils en ont la possibilité, ils partent plus loin, et notamment à Marseille, LA ville du rap dans le sud.

Bastien Blandin