L’Académie française féminise nos mots

“Préfète”, “professeure” ou encore “auteure” : des métiers que le correcteur de notre ordinateur accepte mais que l’Académie française n’avait jusque-là jamais adopté… et bien c’est en cours ! Ce jeudi 28 février, les ‘’Immortels’’ ont voté à la “large majorité” la féminisation des métiers et des professions.

« Un décalage que l’on observe entre les réalités sociales et leur traduction dans le langage ». C’est ce qui est écrit dans le texte adopté par l’Académie française, jeudi 28 février pour encourager l’adoption de la féminisation des métiers. Une réelle prise de conscience encouragée par ces professionnel.le.s de l’écriture. Ce nouveau rapport a été rendu possible grâce à une commission présidée par Gabriel de Broglie, accompagné de trois académicien.n.e.s dont Danièle Sallenave. Cette dernière explique que si l’institution a mis autant de temps à mettre à exécution cette féminisation c’est parce que « l’Académie ne se permet pas de penser qu’elle va changer les choses. Elle joue son rôle, c’est-à-dire suivre des évolutions, ne jamais les devancer, en tout cas ne pas les freiner. »


© Pauline Véron


Il n’est évidemment pas question de modifier d’une quelconque manière les usages existants, mais de déterminer de quelle manière il est possible d’en créer de nouveaux.

Alors que la féminisation des métiers est déjà présente dans plus de 40 pays notamment dans des pays francophones (Québec, Belgique), c’est une réelle avancée pour la femme française. On reconnaît enfin sa profession. A noter également que l’Académie française compte uniquement 4 femmes pour 31 hommes (la parité pour les académicien.ne.s n’est pas encore acquise). Malgré cela, le rapport est adopté à la majorité et seulement deux voix se sont élevées contre. Dans ce texte, l’Académie précise qu’“il n’est évidemment pas question de modifier d’une quelconque manière les usages existants, mais de déterminer de quelle manière il est possible d’en créer de nouveaux.” Aucune consigne stricte n’a été donnée à ce propos car “il est préférable de faire confiance aux usages’’. L’institution n’a donc pas prévu de publier une liste exhaustive des termes à féminiser. Le rapport souligne également  « une évolution naturelle de la langue, constamment observée depuis le Moyen Age ».

La féminisation dérange mais ce n’est qu’une question d’habitude et d’esthétisme

Le linguiste français Bernard Cerquiglini admet qu’“il y a un sentiment esthétique très profond dans la langue”. Il ajoute : “nous trouvons toujours qu’un nouveau mot […] est laid”. Éliane Viennot, linguiste et historienne française, explique qu’en 2005 à l’arrivée d’Angela Merkel au pouvoir allemand tout le monde affirmait que le terme “chancelière” était impossible à utiliser. Aujourd’hui c’est la norme. D’autres noms posent problème, leur féminisation est pour le moment complexe (mais pas impossible). Le mot “chef” peut prendre différentes formes dès lors qu’il passe au féminin avec “la chef”, “la chèfe”, “la cheffesse”, “la cheftaine” ou même “la chève”. Pour autant, si une femme arrive à la tête de l’État on l’appellerait probablement “Madame le chef d’État”. Une féminisation encore très masculine.

NOYAL Lisa et PARRADO Romane