[Le Phoenix] L’univers steampunk : recycler le passé pour dépoussiérer le présent

Inspiration victorienne et métallurgique au rendez-vous : le style vestimentaire est l’une des caractéristiques principales du steampunk. (Photo : Enora HILLAIREAU)
Le steampunk est un mouvement qui transpose l’homme moderne dans un futur basé sur le XIXe siècle. La création et la récupération sont au cœur de cet esthétisme où le passé comme les matériaux sont remis à neuf.

Société de consommation. Gaspillage. Obsolescence programmée. Le monde actuel est un monde de l’instantané. On ne cesse de le marteler dans les médias : nous consommons trop. Il est difficile de résister à cette tendance avec des technologies qui sont constamment mises à jour et des modes qui se succèdent sans arrêt. Le désir d’être à la page tient la civilisation par le bout du nez. Et avec lui, les dérives fleurissent. Pourtant, des alternatives existent, comme acheter ses vêtements en friperie. Changer nos habitudes de consommation est devenu une nécessité, et cette prise de conscience est précisément un des piliers du mouvement steampunk.

Les années 1980, sont marquées par la grande mode du punk et du cyberpunk (un de ses dérivés). Casser les codes, bouleverser l’ordre établi, contester l’autorité, créer par soi-même, vivre du minimum en ville : voilà les principes du mouvement. Mais que donnerait un punk à l’époque Victorienne ? C’est précisément ça, le steampunk. Et finalement, grâce à Internet et aux forums de discussions, ce qui était né comme une blague, est devenu une esthétique à part entière.

« Gigantisme de la Révolution industrielle » et « un peu de do it yourself »
Arthur Morgan et sa compagne sont deux adeptes du steampunk. Afin de rendre intéressant ce mouvement à ceux qui n’y connaissent rien et les initiés, il est le co-auteur de deux ouvrages sur le sujet. (Photo : Enora HILLAIREAU)

Arthur Morgan, co-auteur de deux ouvrages sur le steampunk avec Etienne Barillier, décrit ce mouvement comme un mélange : l’aspect « steam » (« vapeur » en anglais) fait écho au « gigantisme de la Révolution industrielle » pour s’associer à l’aspect punk : « de la contre-culture, et un peu de do it yourself ». Dans la volonté de bousculer les conventions, l’idée première est de se servir des inventions du passé pour créer une nouvelle modernité. On appelle cela le rétrofuturisme. C’est comme ça que l’on s’inspire des machines à vapeur pour customiser des vêtements. Comment ? Les rouages et la ferraille s’assemblent aux corsets victoriens pour se superposer à un jean. Le présent est mis au goût du jour à la lumière du XIXe siècle. C’est d’ailleurs pour cela qu’Arthur Morgan insiste sur la notion de do it yourself : le faire soi-même. Les « gens [en] ont marre que dans notre société, on ait perdu la connaissance de [la] réparation », le savoir du bricolage. Qui a encore besoin de savoir tout construire par lui-même à partir du moment où acheter est si simple ? Qui confectionne encore seul ses bijoux ? Ou coud ses vêtements ? Quelques rares personnes le font encore, mais la majorité des gens ne sait plus se servir de ses dix doigts. Alors oui, pour le co-auteur du Guide steampunk et La France steampunk, ce mode de vie est « une façon de reprendre en main toute la mécanique qui nous entoure ». Cela passe par la création, la récupération, le recyclage, ou les achats dans les boutiques de seconde-main. Tout est bon pour éviter les achats à la chaîne. Contraste radical avec la surconsommation. Le steampunk n’est pas un mouvement altermondialiste pour autant. Au quotidien, il a beau induire une démarche écologique de récupération, Arthur Morgan l’assure, le steampunk « est avant tout une esthétique ».

Enora HILLAIREAU