[Concours l’Equipe] JO 2024 : Faire table rase du passé sexiste de l’équitation

Thème : Le JO de Paris 2024

Versailles sera officiellement le terrain de jeu des champions d’équitation lors des Jeux Olympiques de Paris 2024. Les meilleurs cavaliers et cavalières du monde entier y seront attendus, et les femmes pourraient prendre une part primordiale et dire stop au sexisme.

Le sexisme dans le sport est un débat vieux comme le monde. Jeux Olympiques et autres compétitions internationales sont décriés comme étant sexistes, dévalorisant l’image des sportives. À l’heure où les débats pour l’égalité homme-femme font rage, très peu de sports aujourd’hui parviennent à se donner une image paritaire, sans différenciation entre les deux genres. Le milieu équestre demeure, jusqu’à aujourd’hui, le seul terrain aux Jeux Olympiques où hommes et femmes concourent dans les mêmes catégories, mais aussi étalons/hongres et juments. L’équitation souvent définie comme « sport de femmes » est-elle réellement un sport de femmes ? C’est en effet ce que les statistiques tendent à démontrer. Cette discipline est, en théorie, souvent affiliée aux aspects féminins. Dans les faits, on est loin de véhiculer cette même image. Ne serait-ce donc pas un loisir de femmes et un sport d’hommes ?

En France, les femmes représentent 80% des licenciés dans tout l’Hexagone (données 2017 FFE). Pourtant, 65% des cavaliers de haut-niveau en France sont des hommes. L’équitation est une discipline qui s’est fortement infantilisée. Les principaux licenciés sont, certes, des femmes, mais il faudrait plutôt dire des filles ou des fillettes, dont l’âge fluctue autour des 10-11 ans, pas plus. Très peu d’entre-elles décident derrière de faire une carrière professionnelle, laissant la voie libre aux hommes. Le monde de l’équitation est-il prêt à sauter l’obstacle et offrir la parité dans ce monde professionnel déjà mixte ? C’est en effet ce que l’on peut espérer, notamment lors des Jeux Olympiques de 2024 qui se dérouleront à Paris.

La proportion de femmes dans la pratique de l’équitation professionnelle (Infographie : Gwenaëlle Souyri)

Les cavalières moins disposées à de longues carrières

La vie personnelle avant la vie professionnelle, c’est un concept cliché mais avéré dans l’équitation. Les hommes restent en selle plus longtemps, alors que les femmes mettent pieds à terre, préférant une vie familiale à de belles carrières. L’image d’un père de famille quittant le foyer pour participer à des concours à travers le monde étant moins surprenante que celle d’une femme. Comme dans la plupart des métiers : « Beaucoup de femmes dans le milieu équestre font le choix de ne pas devenir mères au profit du sport, ou bien elles sont au contraire forcées de mettre leur carrière entre parenthèses au moment d’avoir un enfant », avait déclaré la cavalière américaine de saut d’obstacles, Danielle Goldstein, en début d’année.

Le saut d’obstacles apparaît comme étant une discipline d’hommes. La vitesse et la précision offrirait une poussée d’adrénaline plus propice aux hommes. C’est en effet ce qu’avait abondé l’américaine, spécialisée dans le CSO, Emily Moffitt : « On a l’impression qu’il y a proportionnellement plus de femmes au haut niveau en dressage qu’en saut d’obstacles. Peut-être que cette différence est due au fait qu’il y a plus de sensations et de frénésie dans le saut d’obstacles et que les hommes préfèrent cela ? ». Cette discipline est très rigoureuse, autant sur le plan physique que psychologique. À en croire les premières études qui ont été réalisées, les cavalières auraient plus de difficultés à se faire au monde professionnel de l’équitation.

Où sont les femmes aux Jeux Olympiques ?

L’équitation est arrivée au galop, en 1900 dans les disciplines olympiques, au cours des Jeux de Paris. Depuis 1912, ce sport a trouvé une place permanente lors des Jeux Olympiques. Si le milieu équestre est à l’origine un monde d’hommes – les chevaux ayant servi à des fins militaires – les femmes prennent de plus en plus de place, d’abord en société, puis dans les compétitions. C’est lors des Jeux de 1952 à Helsinki que l’épreuve de dressage s’ouvre pour la première fois aux femmes, et c’est ainsi que l’on voit apparaître la première cavalière titrée aux JO, la danoise Lis Hartel. Médaillée d’argent en dressage individuel, elle devance le cavalier français le plus titré de l’histoire de l’équitation française, André Jousseaume. Il faudra attendre les Jeux de 1956 pour qu’elles puissent participer au saut d’obstacles (CSO) et ceux de 1964 pour le concours complet.

« Les trajectoires des cavalières de CSO semblent calquées sur celles des Françaises dans le domaine professionnel où elles se heurtent à une sorte de barrière invisible ».

Catherine Tourre-Malen, Évolution des activités équestres et changement social en France à partir des années 1960.

Il semble alors que les concours équestres prennent un autre tournant, les Jeux Olympiques se modernisent. Mais après des années de pratiques, ces illusions sont biens loin de caler à la réalité. C’est en effet ce que démontre Catherine Tourre-Malen dans sa thèse : « Dans la discipline dominant le paysage équestre, le concours de saut d’obstacles, une femme a, à âge égal, trois fois moins de chances qu’un homme d’accéder à la catégorie Pro 2 ( N.D.L.R : première catégorie de concours au niveau professionnel) ».

Cette dernière ajoute que la raréfaction des cavalières « tient à la reproduction des schémas de la construction sociale, aux effets de la socialisation sexuée et aux caractéristiques du milieu professionnel du CSO, auxquels s’ajoute la relation particulière que les femmes entretiennent avec le cheval ». Dans le top 100 mondial de saut d’obstacles, seules vingt-et-une cavalières font partie de cette élite. Lors des Jeux de Rio, le podium de saut d’obstacles était constitué à 100% d’hommes. Et parmi les pays participant, seuls les États-Unis peuvent, à l’heure actuelle, aligner une équipe 100% féminine.

Le saut d’obstacles est de loin la compétition la plus suivie et appréciée par le public, mais c’est pourtant celle qui reflète le plus cette image de sexisme. Pourtant, cela serait une grosse erreur que de rester focaliser sur cette discipline. On peut observer que dans le dressage, le classement tend à la parité, le nombre d’hommes et de femmes étant quasiment identiques parmi les 100 meilleurs cavaliers du monde. C’est dans cette discipline, qu’à l’heure actuelle, on retrouve le plus grand nombre de femmes titrées, ainsi que la cavalière la plus titrée de tous les temps aux JO.

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JO de Paris 2024, vers un nouvel horizon ?

Si les JO de Paris 2024 ont déjà suscité de fortes polémiques, notamment avec l’arrivée du Break-Dance, ou la localisation des épreuves d’équitation, ils comptent bien donner une nouvelle dimension aux pratiques équestres. « Nous espérons véhiculer une autre image de l’équitation, où cavaliers et cavalières pourront concourir sans que la discipline soit considérée comme sexiste », a déclaré la Fédération Française d’équitation. Un travail « conséquent », certes, mais avec de bonnes bases déjà bien établies. La compétition étant déjà ouverte à la mixité, il manque, à ce jour, la parité.

Mais la FFE n’a qu’une part de responsabilité dans cette vaste affaire. La fédération « n’a clairement pas son mot à dire quant à la sélection des cavaliers au sein des équipes nationales des autres pays », mais espère que les autres participants décideront d’envoyer autant d’hommes et de femmes aux Jeux Olympiques. Pour certaines équipes comme l’Allemagne, cela ne risque pas d’être trop compliqué, leur potentiel en équitation n’étant plus à trouver. À contrario, des pays comme le Canada ou la Belgique risquent fortement de se faire distancer. Pour autant, les grandes nations de l’équitation sont-elles prêtes à mettre en place cette parité, quitte à perdre au niveau de la qualité des cavaliers ? Pas sûr d’y mettre le sabot à couper.

Êtes-vous un fin connaisseur des cavalières qui ont marquées l’histoire des JO ?

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Gwenaëlle Souyri