avril 06

[L’Extra-Ordinaire] Un Café Joyeux pour changer le regard du monde sur le handicap

Au cœur de Paris, Café Joyeux emploie des personnes en situation de handicap. Un endroit unique et conviviale qui cultive la différence.

Café Joyeux, Rue Saint-Augustin à Paris, est une Entreprise Solidaire d’Utilité Sociale (ESUS). Elle emploie une trentaine de serveurs et de cuisiniers porteurs de trisomie ou d’autisme. © Charlotte Quéruel

Une devanture noire. L’enseigne détonne. Jaunes et lumineuses, le tracé des lettres est incertain, comme écrit par un enfant. À l’effigie du concept, la façade est insolite. « Joyeux, servi avec le cœur » : le slogan, caractéristique, se remarque, il questionne. Il invite à entrer.

Au comptoir de Café Joyeux, Emmanuel accueille les clients. Sourire aux lèvres, il porte une blouse noire de cuisine et une casquette. Une odeur de pâtisseries tout juste sorties du four embaume la pièce. Au menu : carotte cake, quiche et cookies fait maison. Porteur de trisomie, le jeune homme travaille depuis près d’un an à Joyeux Paris. Il s’apprête à fêter, avec toute l’équipe, la première année de vie du coffee-shop. Un grand pas pour lui qui n’a jamais pu travailler auparavant. Une grande fierté surtout.

Café Joyeux, ce sont des cafés servis avec le cœur. Éliabel, une adepte de l’endroit, trouve l’ambiance « très sympa, chaleureuse, agréable ». La jeune femme précise que « les serveurs y sont [tellement] plus humain que le classique serveur parisien pas du tout aimable, toujours pressé ! ». En somme, un lieu de partage, où l’ouverture d’esprit est le maître mot. Ouvert fin 2017, le premier Café Joyeux a vu le jour à Rennes. Le concept exceptionnel de cet endroit réside en son équipe. Les « équipiers Joyeux » sont majoritairement porteurs de trisomie 21 et d’autisme.

Emmanuel prend les commandes à Café Joyeux Paris depuis un an, il en est très heureux.
© Charlotte Quéruel

« Un lieu de rencontre pour ouvrir les cœurs »

« Un lieu de rencontre pour ouvrir les cœurs » c’est la définition du concept. À l’origine c’est un projet associatif : Émeraude Voile Solidaire. Un projet associatif innovant. En 2012, Yann et Lydwine Bucaille Lanrezac proposent à des « personnes en souffrance » de naviguer une journée sur un catamaran au large de Dinard, en Bretagne. C’est en 2014 que tout commence, par la simple sollicitation de Théo, 20 ans, porteur d’autisme. Au retour d’une belle journée de navigation sur Ephata, il interpelle Yann :  « Captain, il parait que tu es patron ; t’as pas un métier pour moi ? ». Stupéfait et pris au dépourvu, le capitaine s’excuse de ne pas pouvoir lui proposer un poste. Réflexion intense. Remise en question. C’est le départ des espaces Joyeux

Un premier café ouvre à Rennes, puis deux à Paris. Ils fleurissent les uns après les autres. Le plus grand souhait des dirigeants seraient d’en ouvrir beaucoup d’autres en France et « pourquoi pas à l’étranger ». Les bénéfices des ventes sont directement réinvestis dans ces projets.

Le but de Yann et Lydwine : « redonner confiance et dignité à des personnes porteuses de handicap mental ou cognitif en leur offrant un travail en milieu ordinaire ».

Une organisation pensée par rapport aux handicaps

L’environnement de travail et les postes sont pensés en fonction des situations de chacun. Un logiciel de caisse intuitif ; des Legos colorés pour suivre les commandes ; des managers présents en permanence ; des fours programmables, des emplois du temps restreints.

Les encadrants aussi appelés « auxiliaires de joie » forment les « stagiaires » au poste de leur choix, dans un cadre chaleureux. « Certains équipiers sont en cuisine, d’autres au service ou encore à la caisse, selon leur domaine de compétence. » Les « équipiers » s’engagent à travailler au rythme qui leur convient

Ils débutent par une phase de « mise à disposition ». « L’équipage » de Café Joyeux explique  : « Ceci leur permet de venir chez nous en stage, et si jamais ce n’est pas concluant, de retourner facilement au sein de leur structure initiale. C’est une forme de “sécurité” supplémentaire que nous souhaitons offrir à nos salariés. La grande majorité de nos équipiers sont toutefois restés avec nous et ont signé un CDI. » Emmanuel, lui, se dit « très heureux » d’y travailler et rêve de passer derrière les fourneaux.

Charlotte Quéruel