[Le Phoenix] « Mode rapide » vs « mode éthique » : consommer éthiquement avec créativité

Les enseignes H&M, Zara, Forever 21 ou encore Primark, sont des exemples de marques de mode rapide. (Photo : Twitter/Greenpeace)

La « mode rapide » est un terme utilisé pour qualifier les boutiques qui renouvellent très fréquemment leurs collections en rayons et les proposent à des prix avantageux. Mais ce nouveau modèle de production a des conséquences dévastatrices, tant humaines qu’environnementales : changer ses habitudes de consommation devient vital.


Printemps-été, automne-hiver : c’est la périodicité que suivaient la plupart des enseignes du textile pour sortir leurs collections, il y a encore quelques décennies. De deux collections par an, beaucoup sont passées aujourd’hui à pratiquement 52 collections par an, soit une nouvelle en rayon toutes les semaines ; ce nouveau modèle est qualifié de « mode rapide ». Le processus de production et de renouvellement s’est grandement accéléré, et celui de la consommation aussi : on achète aujourd’hui environ 400 % plus de vêtements qu’il y a vingt ans, car ils sont bien moins chers qu’avant. Le chiffre d’affaires global de l’industrie de la mode a presque doublé depuis 2002, passant d’un billion à 1,8 billion de dollars. Mais comme souvent, ces performances économiques ne sont pas sans contrepartie ; les prix alléchants de la mode rapide génèrent une course au profit qui a des conséquences désastreuses, tant sur le plan humain qu’environnemental, et dont les nombreuses facettes sont souvent ignorées du grand public.

Vous ne portez pas 68 % des habits de votre garde-robe. C’est ce qu’une étude de l’entreprise Movinga a révélé après avoir interrogé 2 000 Français.e.s. Dans l’ère du Black Friday et des promotions permanentes, la mode rapide est abordable ; mais une bonne affaire n’est pas forcément judicieuse. Quantité prime sur qualité, et les vêtements sont moins durables qu’ils ne l’étaient, et répondent parfois seulement à une tendance passagère disparue aussi vite qu’elle est apparue. On achète beaucoup plus, mais on garde deux fois moins longtemps qu’il y a quinze ans, selon l’ONG Greenpeace.

Un bilan très lourd

Produire toujours plus vite et offrir des prix toujours plus concurrentiels, c’est là l’objectif des grandes enseignes comme H&M et Zara. Pour ce faire, elles minimisent leurs dépenses en délocalisant leur production, là où la main d’œuvre est très peu coûteuse, les droits des travailleur.ses bancaux et les syndicats quasi inexistants. En 2013, le Rana Plaza, une usine de confection textile de huit étages, s’effondrait à Dacca au Bangladesh et faisait au moins 1 132 morts et 2 500 blessés. Le bâtiment était gravement fissuré, mais les patrons avaient ignoré l’ordre d’évacuation des autorités et les préoccupations de leurs employé.es. Cet accident d’infrastructure est le plus meurtrier de l’Histoire, et est représentatif de la précarité du milieu où le profit l’emporte sur la sécurité. Il a inspiré le mouvement mondial Fashion Revolution qui œuvre pour une réforme de l’industrie de la mode, et le film documentaire The True Cost, qui met au jour les effets néfastes et « le vrai coût » de la mode rapide.

La deuxième industrie la plus polluante au monde

Les effets de la mode rapide sur l’environnement ne sont pas non plus négligeables : l’industrie de la mode est la 2e plus polluante au monde, derrière l’industrie pétrolière. En plus de la quantité de déchets en perpétuelle augmentation, il existe des effets plus spécifiques au textile. Le documentaire The True Cost révèle notamment les effets dévastateurs et insoupçonnés de la culture de coton et du traitement du cuir, entre autres. L’utilisation toujours croissante de pesticides dans les champs de coton – dans le but d’un rendement plus grand et une production accélérée – cause de graves problèmes de santé dans les régions très agricoles, des handicaps mentaux et physiques aux cancers et maladies de la peau. Il en va de même pour les régions riches en tanneurs, où les eaux chargées de chrome VI (qui sert à traiter le cuir) sont rejetées dans la nature et finissent leur course dans les verres des gens. Les industries rejettent systématiquement toute responsabilité.

Le rag rug : donner une seconde vie à ses vêtements usés avec créativité

Le rag rug consiste à récupérer de vieux habits et tissus et à leur redonner une nouvelle vie en les tissant en objets de décoration. (Photo : raggedlife.com)

Par opposition, la solution alternative à la mode rapide est qualifiée de « mode lente », « mode éthique » ou encore « mode durable ». Les marques de mode éthique – comme la britannique People Tree, pionnière de la mode éthique – mettent un point d’honneur à produire leurs vêtements localement, ou à travailler en étroite collaboration avec leurs producteurs étrangers. La mode éthique, c’est aussi changer ses habitudes de consommation : acheter des pièces plus durables et moins souvent, se demander si l’on portera l’habit 30 fois avant de l’acheter, apprendre à réparer ses vêtements endommagés au lieu de les jeter, donner une nouvelle vie à ses habits lorsqu’ils ne vont plus en les donnant, les revendant, ou en les recyclant.

Il existe aussi des façons créatives de recycler de vieux habits ; le rag rug, ou « tapis de haillons », est un vieux savoir-faire anglais. Il s’agit de récupérer de vieux vêtements pour en faire des tapis, coussins, et autres items de décoration. L’artisanat, autrefois pratiqué par les familles anglaises les moins aisées, a été remis au goût du jour par Elspeth Jackson et sa société Ragged Life. D’abord amatrice, Elspeth Jackson quitte son travail en 2014 pour faire de son talent créatif son métier et transmettre son savoir-faire.Depuis, elle vend des objets de décoration tout prêts ou sur commande, des kits de rag rug, et donne des ateliers où elle enseigne le rag rug. L’artiste a également publié un livre et propose des vidéos en ligne, dans lesquels elle explique différentes méthodes pour apprendre à pratiquer soi-même la discipline. Rien ne se perd : tout se transforme.

Iman Taouil