[Le Phoenix] La musique en réponse à l’horreur des attentats

« Utile » de Julien Clerc, « Les feux d’artifice » de Calogero… Ce sont des chansons qui ont été interprétées lors d’hommages suite à l’attentat de Nice, qui avait fait 86 victimes le 14 juillet 2016. Beaucoup de chanteurs rendent ainsi hommage aux disparus à travers la chanson.

Lors de la soirée d’hommage aux victimes de l’attentat de Nice, Calogero n’a pas pu finir sa chanson « Les feux d’artifice« , submergé par l’émotion. © Capture d’écran France 3

  Les attentats sont de terribles événements pour tout le monde. Certains perdent des proches, d’autres se retrouvent blessés physiquement et mentalement pour toute la vie, mais surtout, ces attaques ont touché tout le monde, y compris dans le monde artistique. Les chanteurs expriment leur douleur et leur compassion à travers des chansons souvent émouvantes. Devant les victimes, les familles des disparus, le Président et des ministres du gouvernement, Julien Clerc avait interprété « Utile » le 15 octobre 2016 lors de l’hommage national aux victimes de l’attentat de Nice. « Comme une langue ancienne qu’on voudrait massacrer, je veux être utile à vivre et à rêver », a-t-il alors chanté devant l’assemblée silencieuse, la voix coupée par l’émotion. Les paroles de ce titre écrit en 1992 par Étienne Roda-Gil avait déjà été reprise par Julien Clerc le 11 janvier 2015 lors de la soirée d’hommage organisée après l’attentat à Charlie Hebdo.  

Un an après l’attentat de Nice, un nouvel hommage était organisé. Après la minute de silence à 22h34, heure du débat de l’attaque, Calogero est monté sur scène pour interpréter « Les feux d’artifice », un titre écrit en 2014 par lui-même et Christophe Cirillo. Les paroles de cette chanson ont pris une résonnance particulière après les événements du 14 juillet 2016 : « On allait aux feux d’artifice, Voir ces étoiles de pas longtemps, Qui naissent, qui brillent et puis qui glissent, En retombant vers l’océan ». Faisant le parallèle entre la vie d’enfant et celle des adultes, l’artiste n’a d’ailleurs pas pu terminer son interprétation, submergé par l’émotion alors qu’il commençait son dernier couplet, qui traite de la vie et de la mort : « Nous sommes comme les feux d’artifice, Vu qu’on est là pour pas longtemps, Faisons en sorte, tant qu’on existe, De briller dans les yeux des gens ». Face à l’émotion du chanteur, le public l’a longuement applaudi.

L’écriture, aussi importante que l’interprétation

  Les chansons hommage présentent toutes un point commun, c’est celui de la force de l’écriture. « L’homme et l’âme » de Vianney en est un parfait exemple. Alors qu’il composait cette chanson en hommage aux victimes du Bataclan, le 26 juillet 2016, le chanteur apprit l’assassinat du Père Hamel et d’autres innocents à Saint-Etienne du Rouvray. Un événement qui a marqué l’artiste et l’écriture de cette composition. « Ils s’appelaient Maxime, Jessica, Martin, Pauvres âmes ». Des noms de victimes d’attentat du Bataclan et du double-meurtre de Magnanville. Dans cette chanson, Vianney aborde aussi le paradoxe de l’âme humaine : « Et si l’âme est chère à l’homme, Souvent l’homme chérit la lame, Là où l’homme a mis la lame, L’âme a mis les voiles ». Un thème qui tient à cœur au chanteur, il avait avoué lors d’une interview à BFM TV son « incompréhension du statut d’homme face à ces actes-là. Par rapport à son âme ». Une chanson forte, poignante, que l’artiste avait chanté lors de son concert au Bataclan.

  Damien Saez, l’auteur de Jeune et con, avait lui aussi publié une chanson hommage aux victimes du 13 novembre 2015, intitulée « Les enfants paradis », et une autre pour les victimes de l’attentat de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, appelée « Tous les gamins du monde ». La première est une ballade sobre, sans refrain et poétique, le tout accompagné d’un piano. « Ils étaient de Paris, ils étaient de province, Ils étaient cœur de pluie qui font mon cœur qui grince, Ils étaient plein de vie, avaient l’œil du printemps, Ils étaient cœur qui rit quand le ciel est pleurant », chante-t-il avant de dédier cette chanson aux victimes : « À l’innocent qu’on tue, oui tombé sous les balles ». Le second titre est accompagné d’une guitare et est une ode à la liberté. Il chante « À l’encre de nos yeux, au combat sous l’enclume, Menacés mais libres contre tout, que rien jamais ne mettre ma France à genoux », tandis que le rythme s’accélère et que des chœurs rejoignent l’interprète pour livrer un appel à la paix : « Nous sommes tous les enfants du même pays ». Nombre d’artistes de la scène française ont ainsi écrit pour rendre hommage à ces victimes, comme un message uni pour montrer que la vie, au travers de sa musique est plus forte que l’horreur.

Hugo Deniziot