[Les Invisibles] Les Personnes à mobilités réduites face à l’accessibilité en ville

Ce mois-ci, la rédaction des Invisibles s’est intéressée aux personnes à mobilité réduite. Entre les problèmes d’accessibilité dans les transports, la difficile insertion sur le marché de l’emploi ou encore la lutte contre les préjugés liés à leur condition, les problématiques ne manquent pas pour ces invisibles de la société. Rencontre avec des acteurs du monde du Handicap.

APF France Handicap, une association qui se bat pour plus d’accessibilité

Le soleil brille au firmament sur le fort carré d’Antibes. C’est en ce samedi 23 mars que l’Association APF France Handicap a donné rendez-vous aux personnes à mobilité réduites des Alpes-Maritimes. Activités sportives, danses et petits jeux en tout genre sont au programme de ce bel après-midi. « On essaye de leur faire passer une bonne journée » indique Leslie Gaspard, représentante de l’association au niveau départemental. Installé sous un chapiteau, la discussion s’engage…

APF est avant tout une association d’aide aux handicapés sur le même modèle que bien d’autres . Plusieurs missions naturelles incombent à l’organisation. On retrouve notamment des actions de militantisme, du lobbyisme exercé sur le monde politique ou encore des animations comme celles à l’ordre du jour. Mais pas seulement. « On fait aussi du service d’aide à la personne, de l’accompagnement à l’insertion dans la société et de l’aide pour les tâches administratives, détaille Leslie. C’est plus spécifique à notre association mais tout aussi essentiel ». A l’image de Leslie Gaspard, un bon nombre de bénévoles d’APF France sont aussi en situation de handicap. Parler d’expérience est souvent un atout pour répondre aux demandes des bureaux d’architectes ou des mairies : « Notre association est très sollicitée pour l’accessibilité. On s’assure que chaque nouveau projet de construction est adapté pour une personne en situation de handicap » assure la représentante de l’association. Outre l’accessibilité, l’aménagement de certaines pièces d’un logement ne sont pas à négliger : « Les salles de bains posent beaucoup de problème. C’est difficile de s’y déplacer et on s’y blesse beaucoup, notamment avec des chutes ». A l’heure actuelle, l’accessibilité et l’aménagement de locaux pour personnes en situation de handicap sont bien les deux clés de voûte du combat de l’association.

APF France ne cesse de faire pression sur les personnalités politiques locales pour faire avancer les choses, mais ce n’est pas toujours simple : « Notre relation avec les politiques du département n’est pas forcément évidente. Ils essayent de faire acte de présence notamment lors des réunions. Chaque procédure est longue » déplore Leslie Gaspard. APF France subit aussi de plein fouet les évolutions du monde associatif : « Nous sommes actuellement dans une phase un peu délicate de transition. Nous renouvelons nos équipes ». L’association a récemment élargi son champ d’action. Il y a encore peu de temps, elle ne s’occupait que des handicapés moteurs mais maintenant, les handicapés mentaux sont aussi les bienvenus. « On essaye de s’ouvrir car si les associations pour handicapés ne le font pas, ce ne sont certainement pas les valides qui s’en occuperont » conclue Leslie Gaspard.

La ville de Cannes à l’épreuve du Handicap

Face aux revendications toujours plus importantes du milieu associatif, les politiques essayent d’apporter des solutions adaptées. A en croire Marie-Christine Repetto-Lemaître, adjointe aux affaires sociales à la mairie de Cannes, les personnes à mobilités réduites ne sont pas oubliées par la ville : « La municipalité a toujours mis le handicap en avant ».

Le budget du social est le seul qui n’a pas été baissé par la ville de Cannes en 2018 (Crédit photo : Adapei am)

Les difficultés budgétaires rencontrées par la municipalité ces derniers mois, n’ont pas semblé impacter les personnes à mobilités réduites : « Malgré la baisse de 70 millions d’euros des dotations de l’Etat sur ce mandat, le seul budget qui n’a pas été touché est celui du social, dont bénéficient directement les handicapés ». Une élue du conseil municipal est d’ailleurs en fauteuil roulant, ce qui permet à la mairie de s’appuyer sur son expérience personnelle.

Grégory Alessio, chef de service au Centre Communal d’Action Social, tient à rappeler que Cannes reste une ville accueillante pour les personnes en situation de handicap : « La majeure partie de la ville est accessible. Toutes les écoles et les crèches sont aux normes. ». Il étaye également les différents efforts réalisés par la ville et la société PalmBus pour rendre facile d’accès les transports en commun : « Il y a eu un plan de mise en accessibilité. Des plafonds bas et des élévateurs ont été installés pour pouvoir accueillir tous les passagers ». Pour l’accès à l’emploi des personnes à mobilités réduites, la ville de Cannes travaille en concert avec Handy Job 06. Cette association accompagne chaque année 2 800 personnes à l’emploi dans l’ensemble de la Côte-d’Azur « On est des facilitateurs d’emploi » martèle Grégory Alessio.

Le chef de service au C.C.A.S conclue en réaffirmant l’importance de l’accessibilité : « Il faut avoir un réflexe handicap. Un ingénieur, un architecte doit penser un projet dans son accessibilité. Si on le rend accessible en amont, cela permettra de faire des économies car on n’aura pas à doter ce projet à posteriori ». Au niveau de la législation, la loi 11 février 2005, oblige chaque établissement recevant du public à être accessible à tous, y compris aux personnes en situation de handicap, quel qu’il soit. La notion d’accessibilité signifie que chacun doit pouvoir entrer et sortir, mais aussi que les prestations fournies doivent être adaptées à tout public. En revanche, rien n’oblige les structures privées à se soumettre à de telles normes.

Béatrice Stark, entre volonté de changer l’image des handicapés et lutte contre le misérabilisme

Handicapée depuis sa naissance, Béatrice Stark, mère de deux enfants et sept fois grand-mère, a monté il y a trente ans l’association Handicap Aventure. Atteinte d’une arthrogrypose, maladie congénitale se manifestant essentiellement par une raideur au niveau de différentes articulations, elle n’en pouvait plus d’entendre « la pauvre petite dans un fauteuil roulant » lorsqu’on parlait d’elle.

Béatrice Stark participe souvent à des évènements pour son association (Crédit photo : Julien Raymond)

Cela lui a donné envie de mettre, selon ses propres mots, une « claque » à ces personnes, voulant leur montrer que les personnes à mobilité réduite ne doivent pas systématiquement faire ressentir de la pitié aux gens. L’association a donc comme objectif de rendre les personnes à mobilité réduite heureuses, montrer aux autres qu’elles ne sont pas forcément à plaindre et qu’elles peuvent exercer des activités semblables à celles des personnes valides. L’association niçoise offre aux PMR la possibilité de faire des activités comme des excursions, des promenades, mais aussi du char à voile. Mariée à une personne non handicapée, Béatrice Starck ne se sent pas oppressée et mène une vie heureuse.

Elle concède cependant que de nombreux efforts restent à faire par la municipalité niçoise pour améliorer l’accès aux personnes à mobilité réduite, notamment pour les trottoirs ou les entrées de magasins.

Handiplage, un dispositif cannois favorisant l’accessibilité aux plages

Mis en place en 2005, le dispositif “Handiplage” a obtenu le label national un an plus tard. L’idée est de favoriser l’accès à la plage aux personnes à mobilité réduite. Pour cela, une rampe, allant de l’arrêt de bus jusqu’à la mer, a été installée, permettant aux personnes qui souhaitent se baigner de le faire. Ouverte sur une période de trois mois en haute saison, “Handiplage” est réservée aux personnes atteintes à 80 % au moins d’un handicap, ce qui limite l’accès et favorise la tranquillité pour les personnes concernées. Par ailleurs, ce genre de dispositif pour les handicapés n’est pas le seul existant. D’autres offres existent et pas uniquement pour les personnes à mobilités réduites. On compte notamment un système appelé « audioplage » qui permet aux personnes malvoyantes ou non-voyantes de connaître leur position dans l’eau à l’aide de balises sonores. Une ligne guide d’aveugle est également installée. La ville de Cannes est percusseuse dans ce domaine à l’échelle nationale. Le C.C.A.S, qui est grandement impliqué dans ce projet, espère que d’autres villes en France prendront l’initiative de monter de tel projet, pour désengorger « Handiplage » parfois victime de son succès.

Julien Raymond

Colin Revault

Juliette Thomann