L’univers Hyphen Hyphen, un succès live et studio

En concert à l’Espace Léo Ferré, Adam, Santa, Line et Zoé ont mis toute leur énergie pour donner vie à leur univers. (Photo : HD PHOTOGRAPHIE)

“Hyphen Hyphen” : ce groupe niçois est sous le feu des projecteurs depuis les « Victoire de la musique » 2016, où ils ont remporté le prix du “groupe ou artiste révélation scène”. En tournée depuis juillet, ils font honneur à leur réputation en enflammant la scène française.

Santa (au chant), Adam (à la guitare), Line (à la basse) et Zac (à la batterie) se sont rencontrés au lycée. Ils créent en 2011 le groupe Hyphen (“lien” en grec et “trait d’union” en anglais), qui devient Hyphen Hyphen par la suite, car le premier nom était déjà pris. En 2017, Zac quitte le groupe, et est remplacé depuis par Zoé Hochberg.

Après deux EP¹ sortis en 2011 et 2012 qui ont fait grandir leur popularité, c’est surtout sur scène que le groupe niçois se fait remarquer. Performances électriques et jeux avec les spectateurs, tout est réuni pour que le public soit conquis. Et ça marche. On retrouve Hyphen Hyphen sur les scènes des plus grands festivals : Solidays, le Printemps de Bourges, Rock en Seine, les Eurockéennes de Belfort etc. Leur premier album, Times, sort le 18 septembre 2015, et contient notamment un des succès du groupe :  “Just Need Your Love”. Hyphen Hyphen remporte les Victoires de la musique en 2016 dans la catégorie “groupe ou artiste révélation scène”, récompensant leurs efforts.

Le second album d’Hyphen Hyphen, sobrement intitulé HH, est sorti le 25 mai 2018. Le principal titre, “Like Boys”, cumule déjà plus de quatre millions de vues sur YouTube. C’est un titre féministe, survitaminé et éclectique – à l’image du groupe – qui mêle pop, R&B, et couplets féroces. Le clip met en scène un groupe d’hommes importunant Santa au beau milieu de la nuit. La chanteuse ne se laisse pas intimider, et fait intervenir son groupe, bien décidée à réagir. Tous les titres de l’album sont des illustrations des combats d’Hyphen Hyphen. Santa explique dans une interview au Parisien que “Mama Sorry est l’histoire d’une discussion compliquée entre une mère et sa fille (qui peut aussi être interprétée comme un coming-out). “Last Callparle quant à elle de rupture, ce moment où haine et amour s’entremêlent. “Be High With Me” évoque le suicide, mais sur un rythme électro. Un paradoxe délibérément choisi par le groupe, “comme pour faire danser les gens sur la mort. C’est une manière de relativiser, de rester en vie”.

Hyphen Hyphen ne cache pas ses ambitions. Les membres du groupe veulent s’exporter au-delà des frontières françaises. C’est pour cela que leur single “Lonely Baby” a été repris avec Kiiara, une chanteuse pop américaine. Le clip compte aujourd’hui près de 800 000 vues sur YouTube. La popularité d’Hyphen Hyphen n’est plus à démontrer. Il termine sa tournée française le 14 juin au Zénith de Paris, avant de faire le tour des festivals cet été.

“Nous sommes Hyphen Hyphen. Et on va danser ensemble”  

Hyphen Hyphen, c’est 1h30 de concert débridé. À l’Espace Léo Ferré, tout commence dans le noir, les deux projecteurs au sol vacillent à peine, et tout ce que la salle entend c’est le rythme d’un coeur. Les lumières blanches palpitent de plus en plus vite, le coeur bat plus fort, une respiration saccadée s’ajoute alors que le public s’anime. Et puis un murmure : “Take my hand. Don’t run. Be cool. Breathe. Take my hand » ². Comme un appel à lâcher prise et suivre le groupe dans sa spirale d’énergie.

Les musiques s’enchaînent. Pour chaque nouveau morceau, une scénographie différente. L’éclairage entier de la salle de concert change, passant aussi simplement d’un blanc basique à du vert et du rose, qu’à du rouge éclatant. Le temps d’une chanson, le public est plongé dans une lumière bleue avant d’être ébloui par des flashs crus qui ne rendent les danses du groupe que plus effrénées encore.

Mis à part une pause de quelques secondes entre les morceaux pour laisser le temps au groupe de reprendre son souffle et boire une gorgée d’eau, le rythme ne s’arrête jamais. Ce n’est pas qu’une chanson qui est jouée sur scène : c’est une chanson, plus une danse, plus une course, plus des sauts, plus des mouvements de têtes. En une demie heure à un tel régime, les coiffures sont déjà défaites. Les cheveux commencent à se coller aux fronts de Santa, Line, Adam et Zoé, mais ils continuent comme si la fatigue n’avait pas prise sur eux. Leur énergie est communicative. Dès les premières notes, la foule danse et chante en choeur. Mais cela n’est jamais assez pour le groupe, qui n’hésite pas à jouer avec son public. Santa fait crier, de plus en plus fort, ou bien s’accroupir la foule le temps d’un interlude musical. Ce sont alors quelques centaines de personnes qui sentent la musique s’emballer et ne demandent qu’à se lever, mais qui restent au sol sous le regard malicieux de la chanteuse. La batterie tonne, le groupe se lève comme un seul homme, et avec lui le public, plus animé que jamais. “Nous sommes Hyphen Hyphen. Et on va danser ensemble.” Ou bien sauter ? Sauter comme si on était seul au monde : c’est ce que demande Santa au micro. Après une tentative, vient un deuxième essai. “Sauter comme si personne ne regardait.” Un troisième tour. Le public est contaminé par l’énergie débordante du quatuor. Sa marque de fabrique. L’autre signature d’Hyphen Hyphen, aussi bien littéralement que métaphoriquement, ce sont deux traits noirs sur les joues. De marques pour se différencier des autres groupes pendant les concours de musiques, elles sont devenues de véritables “peintures de guerre”. Santa s’amuse à les dessiner sur les joues du public. Un baptême sur fond de batterie rock et synthé électro.

Un concert, c’est Hyphen Hyphen à son apogée : la voix est puissante, les instruments sont déchaînés, la scénographie est vivante, les jeux de lumières sont envoûtants. C’est un univers à 100 km/h qui laisse le public à bout de souffle.

Hugo Deniziot et Enora Hillaireau


¹ Extended Play : un format musical plus long qu’un single mais trop court pour être un album

² “Prend-moi la main. Ne t’enfuis pas. Sois tranquille. Respire. Prends-moi la main”, “Take my hand”, HH ; 2018