septembre 17

Étiquettes

Quid de la rentrée littéraire

524 nouveaux romans en librairie, et 5 chiffres pour comprendre un engouement littéraire français.

La rentrée littéraire 2019 est la plus petite enregistrée depuis 20 ans. (Photo : Enora Hillaireau)

Elle est là. Discrète au début de l’été, de plus en plus insidieuse au fil des vacances, elle s’est transformée en un raz-de-marée ravageur à la fin août. Impossible de lui échapper. La rentrée littéraire 2019 est arrivée. Comme chaque année au moment de la rentrée, les rayons des librairies se remplissent. Table rase est faite pour laisser place à une myriade de nouveautés. Mais de cette rentrée littéraire pourtant rituelle, nous ne savons presque rien ; à part qu’il y en a une cette année, comme c’était le cas l’année dernière et surement l’année prochaine. Quelle mouche a piqué les éditeurs de publier tous à la même période des centaines de nouveaux romans ? Décision stratégique, économique, scolaire, plus de succès garanti pour l’auteur ? Depuis quand existe LA rentrée littéraire ? À quoi sert-elle au juste ?

19 : Un petit tour à bord d’une machine à remonter dans le temps pour retourner au XIXe siècle et les débuts de la rentrée littéraire. De manière indirecte, elle doit sa naissance aux frères Goncourt, pionniers de la littérature naturaliste française. En 1892, vingt-deux ans après Jules, son frère Edmond de Goncourt décède, laissant une requête très précise dans son testament : « la création d’un prix annuel de 5 000 francs destinés à un ouvrage littéraire » français paru dans l’année. C’est la naissance du Prix Goncourt. Le premier fut décerné en 1903. Quel rapport avec la rentrée littéraire ? Tout, en fait. Ce prix offre aux auteurs argent, reconnaissance et publicité. De quoi créer l’engouement chez les écrivains, et chez leurs éditeurs. Fleurissent alors sur la scène littéraire française différents prix : Femina en 1904, Renaudot en 1926, Interallié en 1930, Médicis en 1958. Ces nouveaux venus décident de suivre l’exemple de leur grand frère Goncourt, et sont attribués autour de l’automne. Un prix de cette renommée étant une véritable aubaine pécunier, les éditeurs se préparent dès août pour sortir les romans les plus susceptibles d’être élus. C’est le début de la course aux prix… et de la rentrée littéraire par la même occasion !

524 : Cette année, la rentrée littéraire donne naissance à 524 ouvrages, dont 336 français et 188 étrangers. Cette légion débarque petit à petit, entre le 14 août et la fin novembre. Malgré la quantité que cela représente, cette sélection est la plus petite jamais enregistrée depuis 20 ans, d’après le dossier du magazine professionnel Livre Hebdo. C’est la deuxième année consécutive que le nombre de parution baisse. Autre pente amorcée : les premiers romans. Cette année en compte 82, contre 94 en 2018. Le tout cumulé, la baisse de production de livres s’élève à 7,6 %. Cette tendance répond à une critique de plus en plus récurrente : une production trop massive de romans. Vincent Montagne, le président du Syndicat National de l’Edition (SNE), a d’ailleurs reconnu que la rentrée littéraire 2018 « n’a pas su pleinement rencontrer les attentes des lecteurs ».

48 millions : L’année dernière, la rentrée littéraire a engendré 48 millions d’euros de chiffre d’affaires. Légère ombre au tableau de ce nombre reluisant : c’est 32 % de moins que la recette de 2012 d’après l’institut d’études de marché « GfK ». Les éditeurs en pâtissent également : le déclin de leur chiffre d’affaires est estimé à 4,38 % en 2018. En cause, la baisse du nombre d’exemplaires vendus.  En 2018, cette chute était de 2,52 % par rapport à l’année précédente : les librairies sont passés de 430 ventes à 419. Cela s’explique par premièrement, la critique de la surproduction, et deuxièmement, un attrait pour la rentrée littéraire moins vivace. Georges-Marc Habib, gérant de la librairie l’Atelier, explique que « cette rentrée est plutôt axée sur les grands prix de l’automne, qui sont très importants pour l’édition et pour les ventes de livre de fin d’année. Peut-être que le lecteur est un peu laissé de côté ». Conséquence : en six ans, GfK estime que la rentrée littéraire a perdu environ un tiers de son chiffre d’affaires.

291 693 : Leurs enfants après eux, le dernier Goncourt écrit par Nicolas Mathieu s’est écoulé à hauteur de 291 693 exemplaires en 2018, d’après le magazine professionnel Livre Hebdo. Il se hisse à la onzième place du palmarès des livres les plus vendus en France cette année-là, n’étant paru que quatre mois avant la fin de ladite année. Il va sans dire que les prix littéraires font leur effet. Quatre jours après l’annonce du prix, ce sont 22 000 exemplaires qui se sont vendus comme des petits pains. En moyenne, le prix Goncourt s’écoule à 300 000 exemplaires. Véritable aubaine pour les auteurs, et les éditeurs. On se le rappelle, toute la rentrée découle des prix attribués en automne. Les listes de nominés à ces prestigieuses reconnaissances sont déjà bouclées ou se préparent dans les maisons d’éditions : prix Goncourt, Goncourt des lycéens, Femina, Médicis, prix du roman Fnac ou Maison de la Presse ; parmi tant d’autres.

3 : Le 3 octobre est LE grand jour de la rentrée pour les lecteurs se fiant aux prix littéraires : Encre sympathique, le nouveau roman de Patrick Modiano, paraîtra. L’auteur d’une trentaine de romans et Prix Nobel de littérature 2014 est attendu au tournant. Mais il est loin d’être le seul. Une petite liste non-exhaustive de ces auteurs ? C’est parti : Sorj Chalandon, Karine Tuil, Marie Darrieussecq, Jean-Paul Dubois pour les français ; Jonathan Coe, Siri Hustvedt, Edna O’brien et Joyce Carol Oates pour la catégorie littérature étrangère. La rentrée littéraire est synonyme de rendez-vous d’écrivains qui sortent un livre tous les ans à la même période. Que serait une rentrée sans le dernier Amélie Nothomb ? Soif signera son année 2019. Un effet cyclique réconfortant pour certains lecteurs dévoués. Comme la bûche de Noël qui n’arrive qu’une fois l’an.

Enora Hillaireau