Les Bahaméens seuls et sans défense face aux catastrophes naturelles

La saison des ouragans a commencé, ses premières victimes : les Bahamas. Les îles Abacos et une partie du sud des États-Unis ont été fortement touchés par l’ouragan Dorian. Aujourd’hui encore l’archipel des Caraïbes est dévasté et les Bahaméens ne peuvent malheureusement pas compter sur leurs voisins pour les aider.

1300 personnes n’ont toujours pas été retrouvés après le passage de l’ouragan Dorian il y a une dizaine de jours.
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« Ce n’est pas un ouragan de catégorie 5, mais de catégorie enfer »

Début septembre l’ouragan Dorian a été déclaré comme un ouragan de catégorie 5, c’est-à-dire le plus intense qui existe. Les tempêtes de ce type sont rares mais avec le réchauffement climatique et face à l’inaction des différents gouvernements, on en voit de plus en plus comme en 2016 avec l’ouragan Matthew et Irma en 2017. Antonio Guterres, secrétaire général des Nations Unis, s’est rendu à Abaco ce week-end à la suite du déferlement causé par Dorian, pour témoigner de sa « profonde solidarité » avec les victimes. Arrivé sur place, il a posté sur Twitter : « Ce n’est pas un ouragan de catégorie 5, mais de catégorie enfer ». Il a ensuite appelé à la communauté internationale « d’accroître son soutien à la population des Bahamas et à son gouvernement ». Témoins des conséquences destructives de ces rafales, on semble néanmoins passifs quant à l’aide à apporter aux survivants.

52 morts, 1300 personnes non-localisées, 70 000 habitants en détresse, 5500 sinistrés évacués, 90% des maisons de Marsh Harbor complètement détruites : c’est le bilan officiel selon le premier ministre des Bahamas, Hubert Minnis. Certains habitants vivent même sans eau, électricité ou réseau depuis plus d’une semaine. Pourtant l’aide urgente attendue n’est pas au rendez-vous, que ce soit de la part du gouvernement local ou de la communauté internationale. Trump a déclaré la semaine dernière, qu’il n’allait pas accorder la protection temporaire au bahaméens, une forme d’aide humanitaire qui permet aux victimes de vivre et de travailler aux États-Unis sur une courte période, jusqu’à ce que le retour dans leur pays ne présente plus un danger. Un statut que l’ancien président Obama a accordé aux dizaines de milliers d’Haïtiens après le tremblement de terre en 2010.

Le 8 septembre dernier, les bahaméens ont été évacués d’un ferry en direction de la Floride car « ils n’avaient pas de visa », selon un journaliste étasunien sur place. Les douanes ont annoncé que la sécurité des habitants était leur priorité mais ceux sans visa doivent d’abord postuler auprès d’eux, en plus d’avoir un passeport et un certificat de la police pour monter sur les ferrys. Trump a précisé que les bahaméens peuvent toujours venir dans le pays tant que leurs « papiers sont totalement en règle » mais qu’il fallait faire attention parce que les Bahamas ont « des gens très mauvais aussi », assimilant les bahaméens à des criminels.

Une mobilisation très faible

Selon plusieurs ONG comme la Croix-Rouge, le Secours Populaire ou Unicef, les dons récoltés pour les sinistrés aux Bahamas sont largement insuffisants. On ne sait pas exactement combien d’argent a été mobilisé mais le Secours Populaire a confié sur franceinfo avoir reçu beaucoup moins d’argent que lors du tsunami en Indonésie en 2017. « Les dons sont très faibles : vendredi 6 septembre nous étions à 2 000 euros, comparativement avec une catastrophe qui s’était passée en Indonésie, nous étions au bout de 5 jours à 73 000 euros », révèle Corinne Makowski, secrétaire générale du Secours Populaire. Il y a eu une abondance de dons de vêtements et de médicaments mais les organisations demandent surtout de l’aide financière plus qu’autre chose. Cet argent servira à reconstruire l’île et à rétablir l’électricité. Le consul général Théo Neilly, a déclaré à l’AFP que les dégâts montent à 7 milliards de dollars.

La mobilisation pour aider les habitants des îles est tellement faible que les stars prennent les choses en main. L’ancien basketteur Michael Jordan a annoncé mardi dernier qu’il allait faire don d’un million de dollars aux organisations humanitaires pour les Bahamas, où lui-même possède une maison. Tout comme Lenny Kravitz, musicien d’origine bahamienne, qui incite ses fans sur les réseaux sociaux à donner aux ONG.

Preuve de la « crise climatique »

Le Centre national des ouragans américains (NHC) a annoncé samedi 14 septembre que les Bahamas devront se préparer pour l’arrivée d’une nouvelle tempête. Les îles de New Providence, Abaco et Grand Bahama à peine remis de Dorian, vont devoir affronter Humberto, sachant que cela va affecter la distribution de l’aide humanitaire qui leur sont envoyés à cause des fortes pluies, inondations et rafales de vent prévus. Guterres, secrétaire général de l’ONU, revient sur l’impact du changement climatique dans son discours à Abaco : « Dans notre nouvelle ère de crise climatique, les ouragans et les tempêtes sont suralimentés […] ils ont lieu avec une intensité et une fréquence plus importantes – un résultat direct du réchauffement des océans ». En 2015 déjà, l’ONU a estimé qu’en 2050, 250 millions de personnes seront forcés de fuir leur pays en raison du réchauffement climatique. Mais aujourd’hui encore, le statut de réfugié climatique n’est pas reconnu. Cette crise aux Bahamas est l’exemple parfait du sort fatal de ces futurs demandeurs d’asile et notre incapacité (ou indifférence) à les accueillir face à cette problématique.

Kimberley Lestieux