septembre 20

Inquiétudes pour les banques centrales autour de la nouvelle crypto-monnaie : la Libra

Lors d’un discours à l’OCDE, Bruno Le Maire s’est montré défavorable au développement de la Libra. La nouvelle monnaie a été initiée par 28 grandes entreprises et ONG sur le sol européen. Le lancement est prévu pour mai 2020. Précisions sur un nouveau phénomène financier.






© Pixabay
Libra, la nouvelle crypto-monnaie doit être lancée courant 2020 partout dans le monde, même si certains pays s’y opposent, comme la France. 

Développée par Facebook, Libra plaît autant qu’elle n’interroge. Pourtant, le ministre de l’Économie et des Finances français est catégorique : la crypto-monnaie ne sera autorisée ni en France, ni en Europe. Il a même évoqué lors d’un discours à l’Organisation de Coopération et Développement Économique (OCDE) jeudi dernier que « la souveraineté monétaire des Etats [était] en jeu ». 

Facebook, ou le réseau social aux deux milliards d’utilisateurs veut encore frapper fort d’ici mai 2020 grâce à de puissants partenariats. Ceux-ci comprennent de nombreux services de paiement en ligne comme MasterCard, Visa ou même Paypal pour proposer un mode de paiement alternatif aux circuits bancaires classiques. Chaque entreprise a dû verser près de 10 millions de dollars de financement. 

L’idée étant de pouvoir payer en ligne, mais cette fois-ci via les applications Facebook et WhatsApp et de manière sécurisée. Ajoutons à cela une simplification des transactions financières entre deux pays en un temps record. De sorte que les monnaies nationales pourraient bien être mises à mal par cette nouveauté des plus concurrentielles.

« Aider ceux qui sont le moins bien desservis »

Paypal, la plateforme en ligne de paiement bancaire, devrait faire partie du consortium de gestion de Libra. La directrice des relations investisseurs de Paypal, Gabrielle Rabinovitch, est favorable au projet pour lequel son entreprise a fourni des millions de dollars : « Les objectifs et ambitions de Libra correspondent bien à l’ambition générale de PayPal d’aider ceux qui sont le moins bien desservis et de démocratiser l’accès au capital ». Elle reste cependant lucide et prudente : « Le chemin est long avant que ce ne soit une réelle alternative de substitution (aux systèmes existants) au niveau mondial ». Pour le moment, la crypto-monnaie, bien qu’annoncée publiquement, ne semble être qu’un prototype. 

Dans son discours, Bruno Le Maire évoque « une lutte contre le financement du terrorisme » qui serait mise à mal par la possibilité d’un paiement en ligne qui échapperait à toute traçabilité étatique. 

Lors d’une interview donnée au magazine mensuel français Capital, le directeur général de l’association Libra, Bertrand Perez, répond à Bruno Le Maire sur la possibilité d’une perte de souveraineté et affirme qu’ « il n’y a rien de concret. Au moment où l’on se parle, aucune “pièce” n’a été créée […]. Nous sommes dans une phase de discussion […] pour définir clairement les règles du jeu ». Le chemin s’annonce donc effectivement long avant de voir le projet finalisé.  

Au printemps prochain se tiendra à Paris le « Blockchain Week Summit 2020 », l’occasion pour la crypto-monnaie de se montrer sous une version plus aboutie. 

Parrado Romane